BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Narrow-Caster pochette

PISTES :

1. Apophenia (4:45)
2. It Works (5:05)
3. Narrow-Caster (3:09)
4. Live With This Forever (5:09)
5. Cautionary Tale (5:05)
6. The Proverbial Banana Peel (3:09)
7. Young Once (5:14)
8. Scenery (5:49)
9. Free For All (4:35)
10. The Last Gasp (4:57)

FORMATION :

George Dobbs

(chant, claviers)

Robert James Pashman

(basse, claviers, chant)

Pat Kliesch

(guitares, chant)

Rob Durham

(batterie, percussions)

EXTRAITS AUDIO :

3RDEGREE

"Narrow-Caster"

États-Unis - 2008

Autoprod. - 47:00

 

 

Formation originaire de New York, 3RDegree est en activité depuis 1990, date de parution d’un premier single («Come my Way»), que l’on retrouve sur son premier album, le sympathique The World in Which we Live (1993), lequel comprend également une reprise du magnifique «Kindness» de Todd Rundgren. En 1996, avec l’album Human Interest Story, on a toujours autant de mal  à classer 3RDegree au rayon prog (quelle que soit la boite en carton), à moins de considérer Utopia (l’ancien groupe de Todd Rundgren, justement) comme tel, ce qui serait peut être un peu trop aventureux - le flamboyant album Ra (1976) ou l’excellent «The Seven Rays» (live 1975) mis à part.

Comme son prédécesseur, Human Interest Story passe complètement inaperçu dans nos contrées à sa sortie en 1996. Je ne sais même pas s’il a été distribué en France. Pourtant, avec des compositions loin d’être négligeables, comme le clairement progressif «13 Mistakes» (7:00), l’album mérite vraiment le détour et l’appellation ‘crossover prog’, pour peu qu’on accepte l’idée improbable d’entendre une sorte de réunion entre Gentle Giant et Crowded House (remember «Don’t Dream, it’s Over» en 1986). A propos de Gentle Giant et de Todd Rundgren, deux noms qu’il faudra avoir à l’esprit tout au long de cette chronique, je ne sais pas si vous avez remarqué la communauté d’esprit entre eux ? Moi non plus, je vous rassure. Jusqu’au jour où j’ai découvert le surprenant «Pulse» sur l’album Healing (1980) du sorcier Todd. Essayez, vous risquez d’être surpris.

Bref, devant le faible succès rencontré par leur musique, 3RDegree se sépare. Qu’arrive t’il à ses principaux membres entre 1997 et 2005 ? Si vous le savez, merci d’écrire au magazine qui transmettra. Fin 2005, le groupe se reforme, compose de nouvelles chansons, les associent à d’autres plus anciennes, et recrute un nouveau chanteur qui tient aussi les claviers (jusque là, c’était le chanteur bassiste qui prenait en charge ce poste).

Après un break discographique de près d’une décennie, Narrow-Caster est donc le premier album de 3RDegree à bénéficier d’une distribution digne de ce nom (Cosmos Music, etc.) de ce côté-ci de notre belle planète. Les premiers échos étaient relativement élogieux mais comme il nous en faut parfois un peu plus pour nous faire tendre l’oreille (et les euros), autant dire qu’on n’en attendait a priori pas grand chose. Et puis, good news, certains se mettent à nous citer Echolyn comme principale référence, à nous chiens affamés. Alors, réflexe de Pavlov oblige, on est bien obligé de saliver. On se met à évoquer les fastes de la bande à Brett Kull. On imagine, au pire, un nouveau Ritual dopé au soli de Moog et au refrain accrocheur, au mieux quelque chose qui aurait des chances de nous faire enfin décrocher de l’addiction au génial Suffocating the Bloom (1992), le meilleur album d’Echolyn.

Il est un fait que Narrow-Caster démarre en fanfare avec «Apophenia» (4:45) et tout ce qu’il faut en accélération de particules rythmiques comme nées d’une collision cyclotronique entre Zappa et les quelques Utopia potables cités plus haut. «It Works» (5:05) fonctionne (sic) bien également  et prolonge l’espoir sous une forme nettement plus soft jazz, autrement dit le versant Chris Buzby d’Echolyn (cf. Finneus Gauge). Espoir carrément torpillé dès le troisième morceau. En manque d’Echolyn ? Passez votre chemin. Vous cherchez un bon groupe de prog’ américain, original, inattendu, sans complexe, proche de la facilité mélodique des refrains pop américains mais sachant également trousser une reprise de Gentle Giant («Feel the Paint») comme des grands ? Alors vous pouvez rester pour la suite.

Donc, dès le troisième morceau, ça dérive quelque peu vers une pop soul WASP (Hall and Oates, voyez le genre) mais arrangée dans un style prog (Mellotron and co) et qui n’hésiterait pas à faire parler de temps en temps un bon vieil orgue Hammond. Avec quand même quelques pointes vitaminées qui nous orientent alors du côté de Saga ou de Act. Le tout noyé d’harmonies vocales complexes plus proches de celles d’E.L.O ou de Spock’s Beard (donc des Beatles) que du grand YES (donc de CSNY). Alors, verdict ? Narrow-Caster, album dispensable ? Que nenni ! En ces temps de morosite aigue, compliquée de déprimite en phase avancée, Narrow-Caster est un traitement appréciable et même salvateur, un des rares espoirs de retrouver notre envie d’embrasser tout le monde, banquiers compris. Des doutes ? Allez directement à la case «Cautionary Tales» (5:05) qui rayonne comme la vitrine d’un magasin à Noël. Pour finir de nous convaincre, 3RDegree conclut en allant chercher un orchestre de cordes pour un «The Last Gasp» (5:00) que je qualifierais avec simplicité et franchise de somptueusement symphonique.

Vous avez remarqué, on est arrivé bien loin d’Echolyn. Si vous vous languissez de voir ces derniers revenir sur le devant de la scène, et si l’album solo de Brett Kull ne vous a pas comblé (trop folk rock pour être à votre goût), vous risquez de faire la fine bouche sur les 3/4 de Narrow-Caster. Mais si vous n’avez pas en ce moment l’esprit bloqué sur Echolyn, vous n’aurez aucun mal à admettre que 3RDegree fait bien partie des récentes surprises les plus attachantes en provenance d’outre atlantique.

Alain SUCCA

(chronique parue dans Big Bang n°72 - Mai 2009)