BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Il Giocoscuro (22:50)
2. Sul Margine Del Bosco La Morte Librava La Sua Falce (8:07)
3. Notte Da Urlare (3:24)
4. Lunipieno (1:15)
5. Golem (10:00)

FORMATION :

Sandro Immacolato

(batterie)

Roberto Piccolo

(basse)

Patrick Menegaldo

(claviers, Hammond)

Toni D’Urso

(chant, guitare)

ABIOGENESI

"Il Giocoscuro"

Italie - 1997

Black Widow - 45:36

 

 

Les yeux bandés, qui pourrait croire que cette seconde galette des Italiens d'Abiogenesi est une nouveauté, et non une de ces exhumations tardives de trésors cachés dans les caves d'obscures formations des années 70 ? Personne, sans aucun doute ! A l'instar de son prédécesseur, intitulé simplement Abiogenesi, Il Giocoscuro exhale un délicieux parfum passéiste, parfois traversé d'effluves «vampiriques» (label Black Wîdow oblige...), de longues plages d'orgue et de guitare rugueuse.

Le leader d'Abiogenesi, le guitariste et chanteur Toni D'Urso avait vraisemblablement vingt ans en 1972, et profite du regain actuel d'intérêt pour ce style pour enfin satisfaire son ambition artistique ! De l'instrumentation (il est entouré d'une section rythmique et d'un claviériste uniquement équipé d'un orgue et de synthétiseurs analogiques) à la production (datée elle aussi, et donc potentiellement rebutante pour les adeptes du son 'nickel-chrome'), pas l'ombre d'une concession aux normes en vigueur dans les années 90 ici ! Voilà un parti-pris radical qui met d'entrée de jeu de côté tout débat sur l'actualisation du rock progressif : car d'actualisation, il n'est point question dans Il Giocoscuro, de quoi conforter dans leur position ceux qui vilipendent le passéisme du genre !

Pour les autres, ces cinq compositions (de l'intermède à la basse de 1:15 à la longue suite qui ouvre l'album, de 22:50) seront un vrai régal, tout comme l'étaient celles du précédent opus, offrant principalement de longs thèmes mélodiques poussés à bout par des solos d'orgue ou de guitare semblant ne jamais devoir se terminer... La voix un peu rauque de Toni D'Urso (assez rare, même si seul un titre est entièrement instrumental), qui chante en italien, est tout aussi connotée «seventies»... On ne se situe pas ici du côté de l'âge d'or du progressif transalpin, celui qui créait, inventait et défrichait, mais plutôt dans une sorte de recréation méticuleuse d'un esprit musical disparu. Rien n'est fait pour brusquer l'auditeur (toutes les compositions sont ainsi plus homogènes que sur Abiogenesi), et l'écoute de cet album nous fait délicieusement revivre ou imaginer (c'est selon votre âge !) un passé révolu...

Personnellement, je ne m'en lasse pas !

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°21 - Juillet-Août 1997)