BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Silence pochette

PISTES :

1. Truth Is Pain (4:09)
2. Puppeteers (4:13)
3. This Wonderful World (4:20)
4. Out Of Ideas (4:47)
5. Hope (4:29)
6. Into The Unknown (3:55)
7. No Longer Touching Ground (4:11)
8. Useless Argument (4:49)
9. The Voice Within (3:55)
10. Polish, Reduce, And Enlarge (3:55)
11. Call In Dead (2:51)
12. Consequences:
a. Silent Screams (1:58)
b. Introduction (0:51)
c. The Millionaire (2:10)
d. Joanna (3:09)
e. A Father's Love (2:32)
f. Memory To Fight (2:43)
g. The Diary (3:10)
h. A Wound That Won't Heal (4:32)
i. The Final Silence (1:36)

FORMATION :

Jerry Sahlin

(synthétiseurs, chant, vocoder)

Ola Andersson

(guitares électrique et acoustique,  chant)

Peter Asp

(basses, pédalier de basses)

Herman Saming

(chant)

Thomas Lejon

(batterie, percussions)

The Acting Orchestra :

Tomas Ebrelius
(violon)

Hanna Hajslund Hansen
(violon)

Catharina Holm
(violon alto)

John Löfgren
(violoncelle)

INVITÉS

Kenny Sahlin
(chant additionnel [2])

Martin Hedin
(client mécontent [11])

A.C.T.

"Silence"

Suède - 2006

InsideOut - 64:29

 

 

Ce quintet suédois s'était signalé à notre attention par un album fort intéressant (voir notre n°49) et la prise en charge de la première partie des tournées de Saga et de Fish. Silence est leur quatrième opus studio, le premier chez InsideOut, et dans le genre choisi, celui d'une pop prog soignée, c'est un petit bijou. Le disque s'articule en fait en deux ensembles. Les dix premiers morceaux tournent tous autour de quatre minutes, et déclinent avec un grand professionnalisme une musique très accessible, l'influence majeure étant clairement le grand Saga, celui des quatre premiers opus et des œuvres du retour depuis Full Circle : on retrouve en effet, outre des sonorités assez typées années 80, ces rythmiques sautillantes et ces passages instrumentaux bien secoués propres aux Canadiens, avec des soli de guitare ou de claviers analogiques aussi brefs qu'incisifs (le final de «Truth Is Pain», le doublé de «Hope» ou le passage plus planant sur «Out Of Ideas») et même quelques effets marqués sur les voix. Ce qui peut paraître d'autant plus surprenant que le batteur du groupe, Thomas Lejon, possède un potentiel technique impressionnant, qu'il affiche surtout au sein de son autre formation, Andromeda.

Le but de A.C.T. est en fait de proposer une musique plaisante et non pas démonstrative, sans pour autant être simpliste et binaire, avec une exigence réelle, et le pari est gagné haut la main, tant les mélodies sont bien troussées. Outre Saga, on pense aussi au projet Abydos du chanteur de Vanden Plas, Andy Kuntz, au timbre parfois assez proche de celui d'Herman Saming, d'ailleurs. Chaque titre est pourvu d'un potentiel de séduction assez remarquable, à l'aide de mélodies fortes ou d'arrangements diversifiés, cordes, claviers légèrement électro, piano, etc... Quant à la voix charismatique de Herman Saming, extrêmement vivante, elle est secondée par des chœurs travaillés et très présents, dont une choriste sur «Puppeteers», jusqu'à ressembler au Queen de «Bohemian Rhapsody» («Call In Dead»). On passe ainsi de compositions énergiques («Truth Is Pain», «Hope», «Useless Argument», à l'attaque très inspirée de Rush), faisant souvent preuve d'un dynamisme enjoué («Puppeteers», «Into The Unknown»), à des titres plus émouvants («This Wonderful World» et son refrain aérien), voire très proches de la pop anglaise («Out Of Ideas», «No Longer Touching Ground», «The Voice Within»).

La seconde partie de l'album se compose en fait d'une seule suite, «Consequences (The Long One)» découpée en neuf mouvements, pour un total d'un peu plus de vingt minutes. Et là, ceux qui pouvaient être plus que mitigés au vu des dix premiers morceaux, relativement calibrés, ne pourront que s'incliner devant le travail de composition réalisé. Sans aucune longueur, «Consequences» fait preuve d'une profonde émotion sous différentes formes musicales : exposition d'un thème touchant et arrivée en fanfare de l'instrumentation rock, très offensive, sur «Silent Screams», chanson acoustique pour l'«Introduction», puis électrique sur l'excellent et varié «The Millionaire», avant l'accrocheur «Joanna», qui se mue en un très beau passage de piano sur sa seconde moitié, aux accents hard-prog. «A Father's Love» revient à plus de douceur, tandis que le rythmé «Memory To Fight» et surtout le beau et symphonique «The Diary» décrochent la timbale mélodique, et «A Wound That Won't Heal» le titre de chanson aux chœurs les plus éclatants de la suite; sa deuxième partie, d'abord plus aérienne, puis prétexte à un emballement instrumental, ouvre enfin sur «The Final Silence», qui reprend le thème initial, avec solo de guitare à la clef.

Le résultat est si attachant qu'on peut le rapprocher de l'inspiration d'un Pain of Salvation. Par cette structure bicéphale pour leur disque, A.C.T. peut espérer plaire à la fois aux amateurs traditionnels de progressif et à ceux plus férus de pop radiophonique, ce qui ne serait que justice...

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)