BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Fire Forever (5:59)
2. Arcanas Tenebrae/Dominate (4:11)
3. Terror Jungle (5:15)
4. Children Of The Dead Lake (6:04)
5. R’Lyeh The Dead (8:25)
6. The Darkitecht (6:19)
7. Kissing The Crow (2:28)
8. Fame (4:02)
9. Undying (Bonus Japon) (4:35)

FORMATION :

Gus Monsanto

(chant)

Stéphan Forté

(guitares, piano)

Franck Hermany

(basse)

Eric Lebailly

(batterie)

Kevin Codfert

(claviers)

EXTRAITS AUDIO :

ADAGIO

"Dominate"

France - 2006

XIII Bis Records - 42:45

 

 

Après un premier album en forme de tour de chauffe, Sanctus Ignis, puis Underworld, un second opus qui imposait nettement Adagio parmi les ténors du hard-prog à la française (voir les numéros 39 et 51 de Big Bang), le groupe mené par le guitariste Stéphan Forté accouche de son troisième bébé. Dominate, s'il confirme néanmoins les espoirs que l'on pouvait légitimement placer dans Adagio, possède également un caractère plus sombre et surtout plus agressif que ses deux grands frères. La voix du remplaçant de David Readman, le brésilien Gus Monsanto, renforce cette impression, car derrière son potentiel mélodique, on perçoit un grain de violence bien marqué.

Quoi qu'il en soit, ce côté plus death metal est parfaitement assumé par Stéphan Forté, ce qui nous vaut une rythmique particulièrement puissante et des interventions plus fréquentes de voix black assurées par le guitariste lui-même, interventions qui passent un peu plus facilement aux oreilles des progmaniacs grâce à un accompagnement instrumental toujours soigné. En effet, si l'on met à part le très speed «Fire Forever», taillé en forme d'hymne entraînant à la Stratovarius mais relativement prévisible, et la reprise du disco «Fame» à la sauce metal, un exercice intéressant mais qui reste avant tout second degré, les six compositions affichent de séduisants atours, en particulier la plus ambitieuse dans sa structure, «R'Lyeh The Dead», basé sur la mythologie créée par Lovecraft. S'étendant sur une durée conséquente, elle offre en effet une très belle introduction orchestrale, aux riches arrangements habilement intégrés à la base plus heavy, des parties vocales death mais avec un contrepoint féminin pour les chœurs et un refrain plus mélodieux, ainsi que de gouleyantes parties solistes de guitare et de claviers.

Kevin Codfert brille en effet une nouvelle fois de mille feux, aux synthétiseurs mais surtout au piano, qu'il joue avec une sensibilité palpable, comme sur l'introduction de «The Darktecht». un autre moment fort de Dominate avec son excellente séquence instrumentale. Les autres morceaux possèdent tous suffisamment de qualités pour mériter le détour, des lignes vocales du titre éponyme au symphonisme de «Terror Jungle», rehaussé par des notes de guitare plus originales que la normale et un travail plus poussé sur la batterie, sans oublier les soli virtuoses de Stéphan Forté. Il convient également de citer «Children Of The Dead Lake», à l'ouverture solennelle et au refrain élégant, malgré une rythmique trop binaire, et une partition de piano au classicisme marqué et brillant. Enfin, «Kissing The Crow» surprend par sa sobriété : il s'agit en effet d'une ballade assez émouvante, sur laquelle Gus Monsanto est seulement accompagné par le piano de Kevin Codfert et de légers arrangements de cordes. Dominate est donc un album qui, pour la critique progressive, est à placer un cran en dessous de Underworld, mais qui reste pour autant fidèle à une vision du hard-prog à la Symphony X...

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°62 - Été 2006)