
PISTES :
1. I : Viaduct (6:00)
2. Struggle For Life I (5:23)
3. Enigma (1:15)
4. Struggle For Life II (3:15)
5. II : Suburban Night (3:19)
6. Cool Night (3:48)
7. Night-Red (3:24)
8. Cool Night Reprise (2:17)
9. III : Arrival Of Manticore I (2:28)
10. Aqua (2:01)
11. Intermezzo (2:39)
12. Burlesque (3:04)
13. IV : Finale (4:26)
14. Shinin’ (11:37)
FORMATION :
Gabor Legradi
(chant)
Peter Pejtsik
(violoncelle, basse)
Zoltan Lengyel
(piano, claviers, chœurs)
Balazs Winkler
(trompette, synthétiseur, piano)
Tamas Görgényi
(direction artistique)
Gabor Egervári
(paroles, narration)
Ferenc Torma
(guitare, synthétiseur)
Zsolt Madai
(batterie, percussions)
AFTER CRYING
"Bootleg Symphony"
Hongrie - 2001
Periferic Records - 54:56
Voilà un album qui, bien qu'enregistré en public, disons-le d'emblée, devrait satisfaire et faire agréablement patienter tous ceux qui attendent impatiemment le successeur de 6. Évidemment, les grincheux se feront fort de remarquer qu'après Struggle For Life (qui, déjà, présentait le groupe sur scène) et deux compilations, le groupe hongrois aurait pu faire l'économie (et nous faire faire des économies) d'une nouvelle production ne présentant que des pièces déjà connues.
Rassurons-les : aucune redite ou lassitude n'est à craindre ! Car après avoir récemment exploré sa facette la plus électrique, After Crying revient à ses premières amours : un progressif à dominante classique bien sûr, mais surtout presque totalement acoustique puisque les interventions des guitares et des claviers ne sont utilisées qu'avec parcimonie pour dynamiser un propos qui, sans cela, aurait pu tomber dans une certaine linéarité.
Principalement axé sur les compositions les plus récentes, voilà un témoignage qui démontre, s'il le fallait encore, la qualité de ces musiciens dont les œuvres peuvent supporter une interprétation purement rock ou être ré-instrumentées pour prendre une forme totalement nouvelle. Étonnant et fascinant à la fois de constater que bien rares sont les musiciens actuels capables de ré-orchestrer aussi intelligemment et brillamment leurs œuvres, au point que l'on peut parfois croire avoir affaire à des compositions inédites. Incroyable, non ? J'oubliais, le groupe est accompagné pour l'occasion d'un orchestre symphonique qui donne à l'ensemble une ampleur et une emphase qui sied parfaitement aux compositions... After Crying, comme Isildurs Bane d'ailleurs, aurait-il trouvé la recette miracle et inédite d'un mariage réussi entre rock et classique ? On peut le penser et l'affirmer à l'écoute de cette réussite qui jamais ne tombe dans les travers et lourdeurs du genre. Rappelons-nous certaines expériences pour le moins mitigées des années 70, où l'orchestre apparaissait davantage comme un accompagnateur de luxe que comme un réel élément constituant du propos musical.
Le problème étant sans doute que les musiciens venaient de deux mondes bien différents, voire antagonistes, et ne parlaient pas le même langage, sans oublier que les adaptations se devaient de passer par l'intermédiaire d'un orchestrateur pas toujours bien inspiré. L'avantage indéniable d'After Crying est évidemment de maîtriser parfaitement l'écriture et d'être constitué de musiciens qui, en parallèle à leurs activités progressives, exercent dans des formations 'classiques'.
Certains objecteront que Zappa avait déjà réussi ce mariage a priori impossible. Rien n'est moins sûr, car malgré tout son talent, le bonhomme avait l'inconvénient, non pas d'aimer les musiques dites 'modernes', mais de ne pas avoir de réelle et profonde culture classique européenne. Malgré tous ses efforts, sa musique restait empreinte de ses racines américaines, plus proches de Gershwin que de Mozart.
Ce Bootleg Symphony, qui aurait pu n'être qu'un album secondaire, une simple expérience orchestrale, se révèle être, grâce au soin qu'After Crying a apporté à sa réalisation, l'œuvre peut-être la plus consensuelle, fédératrice de sa discographie. Car si l'on ne doute pas de l'intérêt que lui porteront les amateurs du groupe, son accessibilité peut lui apporter de nouveaux auditeurs qui, jusqu'ici, auraient pu être rebutés par la richesse de son propos musical. Finalement, ce qui est rassurant, c'est qu'accessibilité ne rime pas forcément avec facilité ou concessions commerciales. Et là où tant de musiciens semblent avoir capitulé devant les impératifs du moment, prétendant donner au public «ce qu'il a envie d'entendre», d'autres s'orientent vers un chemin plus complexe, où l'auditeur doit tout de même faire l'effort d'ouvrir ses horizons. J'invite ainsi tous ceux qui auront la bonne idée d'acquérir l'objet à le faire découvrir à leur entourage qui pourra y trouver un intérêt... et une nouvelle preuve que le progressif n'est pas mort en 1977.
Olivier PAUTONNIER
(chronique parue dans Big Bang n°40 - Juillet 2001)

