
PISTES :
1. NWC (4:30)
2. Invisible Legion (9:37)
3. Face To Face (2:34)
4. Welcome On Board (3:51)
5. Paradise Lost (2:54)
6. Remote Control (9:04)
7. Technopolis (7:54)
8. Globevillage At Night (1:30)
9. Bone Squad (2:58)
10. Wanna Be A Member? (4:27)
11. Secret Service (15:24)
12. Farewell (2:50)
13. Life Must Go On (4:29)
FORMATION :
Zoltan Bátky
(chant)
Peter Pejtsik
(violoncelle, basse)
Zoltan Lengyel
(piano, claviers, chœurs)
Balazs Winkler
(trompette, synthétiseur, piano)
Tamas Görgényi
(direction artistique)
Gabor Egervári
(paroles, narration)
Ferenc Torma
(guitare, synthétiseur)
Zsolt Madai
(batterie, percussions)
INVITÉS
Judit Andrejszki(chant)
Kristof Fogolyan(flûte)
Pal Makovecz(trombonne)
Monika Szabo(flûte)
Laszlo Borsody(trompette)
Vilmos Horvath(basson)
György Reé(clarinette)
Zsofia Winkler(viole)
AFTER CRYING
"Show"
Hongrie - 2003
Periferic Records - 73:02
Sans vouloir refaire la biographie du groupe (voir dossier), il me parait tout de même opportun de rappeler quelques faits pour bien saisir l'enjeu de ce nouvel album. Ignoré dans les premiers temps (le premier album date de 1990), After Crying fut découvert par la critique progressive avec De Profundis en 1996, et considéré depuis comme l'un des plus gros potentiels du mouvement progressif. L'album qui suivit, De Profundis, à la fin de 1997, avait eut non seulement le mérite de confirmer les immenses compétences des Hongrois, mais aussi de proposer un contenu plus abouti que jamais, alliant la multiplicité des vecteurs d'inspiration à une cohésion d'ensemble qui jusqu'alors faisait un peu défaut. Pourtant, s'il fut largement apprécié, il fut oublié dans le classement de 1998 (il était aussi trop tard pour le prendre en compte en 1997)... Bref, ce n'était tout simplement pas encore l'heure de la consécration.
Depuis, le groupe a définitivement assis sa réputation scénique. L'album live avec grand orchestre Bootleg Symphony incarnant au moins autant que 6 l'ampleur phénoménale de ses aptitudes. Cela dit, les albums en concert pas plus que les compilations ne sauraient durablement compenser l'absence de nouvelles compositions; près de six ans sans album studio c'est vraiment beaucoup. L'attente enfle démesurément au point de pressentir un chef d'œuvre ou bien elle retombe et le doute s'installe. Il me semble que les deux options sont en marche conjointement ces derniers temps au sein du public progressif. On ignore, à ce jour, ce qui a prolongé la pause. On sait seulement que fut envisagée la sortie d'un triple album et que ce sont les ennuis financiers du label qui ont remis en cause le projet. Finalement, ce renoncement est peut-être salutaire. Le risque était grand, en effet, de voir les Hongrois retomber dans l'éparpillement. Rien à regretter donc, puisque que Show, le nouvel album, fait quand même 73 minutes, mais aussi parce qu'il s'avère d'une densité et d'une consistance exceptionnelle. Après plus d'une dizaine d'écoutes, on garde l'impression de le découvrir tant les recoins sont nombreux, tant les facettes exposées sont innombrables, tant certaines parties se livrent comme pour en laisser d'autres résister plus longtemps. L'évolution observée avec 6 se prolonge avec une logique radicale. Le groupe, déjà gonflé sur l'album précédent par le renfort orchestral d'une flopée d'invités, atteint aujourd'hui une puissance colossale tout en réduisant les collaborations extérieures. C'est en fait le nombre des titulaires qui croit singulièrement, passant de cinq à huit et renforçant ainsi la cohésion de la formation.
Aucun licenciement n'est à déplorer, mais on constate tout de même un peu de reclassement. L'ex chanteur, Tamas Görgényi, est désormais préposé aux programmations, rythmes, airs (ou accords ?) et textes, pour faire place à Zoltan Batky qui se révèle un chanteur aussi compétent que diversifié dans ses approches. Autres nouveaux de poids : Le batteur Zsolt Madai qui contribue au regain d'énergie, et le claviériste Zoltan Lengyel qui confirme l'importance croissante des synthétiseurs dans la musique d'After Crying. Certaines interventions sont à ce titre assez époustouflantes.
Comme pour le personnel, les Hongrois ne jettent rien des ingrédients qui ont fait leur réputation :
- La dimension classique, bien sûr, toujours bien présente avec quelques citations (Dvorak et Ravel) et un hommage à Bartok;
- Pejtsik et son jeu si particulier de violoncelle, qui trouve un écho idéal dans celui de la guitare de Torma;
- Les éléments hérités des anciennes gloires du progressif avec des parties emersoniennes, un peu en retrait toutefois, et crimsoniennes, notamment sur «Secret Service» (15:24), la citation d'«Easy Money», et l'évocation au final de ce morceau de «Starless»;
- L'intervention de l'ange, Judit Andrejszki (c'est comme ça que le groupe conçoit son chant);
- La trompette étincelante de Winkler;
- Les parties plus jazzy qui virent même parfois au funky, notamment lors de vigoureuses interventions cuivrées, qui ont peut-être tendance à alourdir un peu le propos;
- La variété atmosphérique extrême allant d'une puissance colossale à l'intimisme le plus doux...
A ces ingrédients mieux combinés que jamais, il faut ajouter le souci quasi constant de réfléchir notre époque. Cela passe par la dimension musicale qui ne rechigne pas à user des programmations, ou, comme sur «Wanna Be A Member ?» (4:31), à évoquer le rap en l'entremêlant de solos de moog (cela dit, il ne faut pas s'en effrayer. Tout cela est fait avec le meilleur goût). Mais en fait, il semble que le propos dicte un peu cette orientation. A l'image d'un Dark Side Of The Moon, dont il a aussi en commun le soin de la finition, l'intégration de voix off, et le souci d'unité conceptuelle, Show nous parle de révolution dramatique que l'espèce humaine inflige à notre planète. Le discours est certes pessimiste mais il est malheureusement réaliste. Ce n'est pas nouveau, chez After Crying, les idées ont une valeur particulièrement importante (on peut appartenir au groupe uniquement pour en apporter).
Aujourd'hui, il élève son talent à la hauteur de sa conscience, et nous délivre incontestablement son meilleur album, une œuvre définitive qui, concrètement, l'élève à mon sens au rang de la meilleure formation progressive actuelle. Rien de moins.
Laurent MÉTAYER
(chronique parue dans Big Bang n°50 - Août 2003)

