
PISTES :
1. Room 316 (1:33)
2. Friends Forever (2:56)
3. Coming Of Age (4:58)
4. Incident At Haldemans Lake (11:43)
a) Blades Of Denial
b) Nex Per Res
c) Breath Of Life
5. Reflections Part I (3:21)
6. I Promise You (2:57)
7. Consummation Opus (4:24)
8. Truth And Tragedy (2:57)
9. Shattered Dreams (13:29)
10. Viper (5:36)
11. Betrayed By Love (7:16)
12. Turning Point (4:48)
13. Revelation (13:06)
FORMATION :
DC Cooper
(chant)
Gary Wehrkamp
(guitare, claviers)
Nick D'Virgillio
(batterie)
Kurt Barabas
(basse)
INVITÉS
Chris Alla
Joe Stone
(guitare)
Jim Roberti
(guitare acoustique)
Shawn Gordon
(claviers)
Trishla O'Keefe
Michael Sadler
Rick Fisher
(chœurs)
EXTRAITS AUDIO :
AMARAN'S PLIGHT
"Voice In The Light"
États-Unis - 2007
Progrock Records - 78:54
Si le premier album de Frost* avait été une des meilleures surprises de l'été 2006, nul doute que l'œuvre inaugurale du projet Amaran's Plight ne suscite le même enthousiasme, dans un registre différent, toutefois. Ce supergroupe, dont nous avions précédemment évoqué la constitution, réunit le chanteur D.C. Cooper (ancien vocaliste de Royal Hunt, et vedette du dernier volet de l'opéra rock Genius, chroniqué dans ce même numéro), le batteur de Spock's Beard Nick D'Virgilio, Kurt Barabas, bassiste du prometteur Under the Sun (quelque peu silencieux depuis son album de 2000), et un des leaders de Shadow Gallery, Gary Wehrkamp, en charge à la fois des guitares et des claviers. C'est d'ailleurs lui le principal cerveau de l'entreprise, puisqu'il a composé l'intégralité de la musique et participé à l'écriture des textes, avec D.C. Cooper et John Crawford, auteur du roman ayant inspiré le disque (voir l'interview ci après).
Album concept retraçant avec beaucoup de réalisme et d'émotion la tragédie vécue par une famille étatsunienne, non sans arrière plan chrétien, Voice In The Light s'articule entre neuf titres relativement courts et quatre plus développés, allant de sept à treize minutes. L'ensemble apparaît en tout cas extrêmement cohérent et homogène, et si on songerait presque à un nouvel album de Shadow Gallery, les influences sont en fait un peu plus étendues (celle de Pink Floyd, incontestablement), sans compter que la personnalité des artistes invités ici apporte une plus value consistante. De Shadow Gallery, on retrouve un sens mélodique exacerbé et racé, des harmonies vocales amples et moelleuses («Betrayed by Love», un modèle du genre), sans oublier des parties de guitare (acoustique aussi bien qu'électrique) et de claviers typées. Ajoutons à cela une batterie pleine de groove qu'on ne peut cesser de complimenter; une basse bien présente au mixage, qui se permet quelques incartades tout en souplesse; et une voix aussi chaude que très étendue dans sa tessiture (le grave «Truth and Tragedy» côtoie les poussées aiguës d'un «Turning Point»). On obtient ainsi un disque prenant de bout en bout. Les chansons affichent des mélodies élaborées, qui demandent un peu de temps pour être totalement apprivoisées, mais restent ensuite longtemps dans la tête.
On y trouve aussi bien diverses ballades, tout en finesse, que des morceaux plus musclés, aux arrangements soignés. Deux invités sont à cet égard venus participer à l'entreprise, Michael Sadler (pour deux misérables lignes vocales seulement, malheureusement) et Trishia O'Keefe, une chanteuse pleine de caractère, qui rehausse en particulier le plus direct «I Promise You», tube radiophonique potentiel. Quant aux deux seuls instrumentaux, l'introductif «Room 316», bref mais intense, et le floydien «Consummation Opus», planant et touchant, ils sont en réalité complétés par de copieuses séquences au sein de bien des compositions : les envolées débridées de «Coming of Age» ou «Revelation», le final plus étiré du même, les duels de l'orientalisant «Shattered Dreams», ô combien riche en rebondissements... Sur ce plan, la guitare est incontestablement privilégiée, et si on ne peut bouder son plaisir au vu du lyrisme matiné de technique un peu plus démonstrative de Wehrkamp (très beaux soli sur «Incident At Haldeman's Lake»), on pourra regretter que les claviers n'aient pas une place plus équilibrée (le solo de «Truth and Tragedy» finit même par un fondu au noir). Le recrutement d'un titulaire propre à ce poste pourrait sans doute permettre d'y remédier. Une réalisation hard-prog symphonique de premier choix, dont on ne peut qu'espérer une suite !
Jean-Guillaume LANUQUE
Entretien avec Gary WEHRKAMP & Shawn GORDON :
Pouvez-vous
nous présenter
en quelques mots la
genèse du projet Amaran's Plight ? Il semble que tout soit
parti du livre de John crawford...
GW : Tout vient de John W. Crawford lui-même, pas nécessairement de son livre, mais plutôt de son idée de faire partie d'un album concept écrit par des musiciens de rock progressif qu'il respecte. Il m'a contacté pour produire cet album, et j'ai accepté de le rencontrer pour voir si c'était possible à faire. Je savais que je serais capable de composer la musique et de jouer sur cet album, mais nous voulions d'autres musiciens. Mon premier souci était de trouver un batteur génial et solide, ainsi qu'un chanteur exceptionnel. Dès que DC Cooper a fait partie du projet, j'ai su qu'il était possible de faire un super disque.
Pouvez-vous justement nous expliquer brièvement le concept qui sous tend l'architecture de Voice In The Light ?
GW : C'est le voyage délicat d'un homme qui abandonne l'amour, au nom de l'amour, pour répondre à l'appel d'un pouvoir supérieur. Cela lui permet d'apporter un réconfort et un soulagement important à plein de gens dans le futur, après sa mort prématurée.
Sur quels critères avez-vous recruté les trois musiciens qui composent Amaran's Plight avec vous ? De la même manière, comment s'est opéré le choix des invités, en particulier Michael Sadler ?
SG : DC et Gary ont été impliqués dès le début, avant mon arrivée, mais dès que j'ai fait partie du projet, il restait à régler la question de savoir qui jouerait de la batterie et qui tiendrait la basse. Gary, John et moi avons réfléchi un moment et fait le tour des gens qui pourraient jouer de la batterie, et c'est là que j'ai pensé à Nick D'Virgilio. Gary et moi le connaissions un peu tous les deux, je l'ai donc contacté, et son emploi du temps a parfaitement permis de l'intégrer au projet. Comme je suis un grand fan de Nick et qu'il habite dans le même coin que moi, j'ai décidé de l'accompagner au studio pendant qu'il posait ses parties de batterie.
En ce qui concerne Kurt, c'est un de mes amis. J'ai été amené à le connaître parce que je suis très fan de son groupe Under The Sun et de son incroyable travail à la basse sur leur album et lors de leurs shows. Je suis entré en contact avec lui il y a des années, et maintenant nous sommes amis proches. Je savais donc qu'il était fan de Nick et qu'il avait partagé la même scène que Spock's Beard il y a des années. Je l'ai donc invité en studio, en ne pensant pas vraiment à lui comme bassiste, mais plutôt comme un ami. Alors que nous étions assis là en studio, il m'a regardé et m'a dit : «Eh mec, tu dois me laisser jouer de la basse sur cet album !». J'ai été vraiment abasourdi, parce que j'avais besoin d'un bassiste et que je n'avais même pas pensé à lui. Je savais qu'il pouvait le faire, je lui ai donc dit oui immédiatement, et il a fait un travail incroyable; il est extrêmement enthousiaste à propos du résultat.
Michael Sadler est encore un autre musicien dont je suis fan depuis des années et avec lequel je suis devenu ami. Michael adore tout simplement chanter. Il a été invité à chanter sur beaucoup de nos productions, et un autre gros avantage est qu'il habite à quinze minutes du studio de Kurt. Donc, l'idée est venue que nous avions besoin d'une voix différente pour cette partie, et nous voulions que ce soit Nick. Mais comme il était en tournée, j'ai suggéré que Michael le remplace, et cette idée a plu à tout le monde. Michael aimait la musique et il est donc venu poser ses parties de chant. Je ne me lasse jamaisi de voir et d'entendre Michael chanter.
GW : Après que John et moi avons commencé à esquisser les possibilités du projet, DC a fait de même. Il s'est montré très attentif aux parties instrumentales dans le processus d'écriture, passant en revue tous les morceaux avec nous. Nous sommes devenus une équipe de trois. Comme Shawn vient de le dire, il nous a fourni les contacts avec la section rythmique, et je tiens vraiment à le remercier d'avoir apporté un tel talent au projet. Cela l'a hissé à un autre niveau.
Pour quelle raison ne pas avoir fait le choix de recruter un claviériste à part entière ? Ne pensez-vous pas que cela aurait pu apporter un plus au disque ?
GW : Eh bien, c'est venu de moi... je pense. Je suis autant claviériste que guitariste. Je change de casquette très rapidement.
A l'écoute de Voice In The Light, on pense fortement au style mis à l'honneur sur les albums de Shadow Gallery : avez-vous composé d'une façon différente ? Votre état d'esprit était-il foncièrement différent de vos habitudes pour travailler sur ce disque ?
GW : On ne peut pas s'empêcher de sonner comme soi même parfois. Je n'ai pas consciemment essayé de faire que la musique ou la production ressemble ou non à du Shadow Gallery et pourtant, à certains moments, cela y ressemble, et à d'autres, non.
A l'écoute du résultat, on est impressionné par la qualité des mélodies et le raffinement de la musique, qui évoque à plusieurs reprises le talent d'un Pink Floyd : quel est le secret d'une telle réussite ?
GW : Notre grande priorité est de composer des mélodies qui ne vous quittent pas. J'ai vu certains groupes écrire de la musique vraiment incroyable et ensuite ajouter une mélodie improvisée par-dessus, et je pense que cela gâche tout. La musique doit être ressentie jusqu'au fond du cœur à la fois par les musiciens, le chanteur et les auditeurs.
Amaran's Plight est-il un projet par nature éphémère, ou des développements ultérieurs sont-ils envisagés : tournée, nouveau disque ?
GW : Nous n'avons discuté de rien au-delà de l'enregistrement. Nous nous sommes dit que si le disque avait du succès, alors nous étudierions d'autres options, comme de faire un autre disque et donner des concerts, mais nous n'avons pris aucune décision arrêtée pour le moment, d'autant plus que beaucoup d'autres personnes sont concernées dans ces choix.
Pour reparler de votre groupe d'attache, quelle est l'actualité prochaine de Shadow Gallery, en dehors de la sortie annoncée d'un Bestof ?
GW : C'est le seul projet concret pour le moment. Nous espérons écrire et enregistrer bientôt. En tout cas, des idées n'arrêtent pas de nous venir.
Pour terminer, pouvez-vous nous dire quels sont vos derniers coups de cœur en musique, littérature et cinéma ?
GW : Le livre de Neil Peart, Ghostrider, ma collection de DVD de la saison 1 de la série télévisée Prison Break et quelques morceaux comme «King Solomon» du groupe Mr North.
Interview
réalisée par Anne GROSJEAN
et Jean-Guillaume LANUQUE
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°67 - Automne 2007)


