BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Amplifier pochette

PISTES :

1. Motorhead (6:15)
2. Airborne (8:29)
3. Panzer (7:03)
4. Old Movies (5:50)
5. Post Acid Youth (6:04)
6. Half Life (3:49)
7. Drawing No. 1 (2:09)
8. Neon (4:17)
9. On/Off (6:34)
10. Consultancy (4:59)
11. Drawing No. 2 (2:49)
12. One great Summer (5:56)
13. UFO's (7:29)

FORMATION :

Sel Balamir

(guitares, chant)

Neil Mahony

(basse)

Matt Brobin

(batterie)

INVITÉS

Matt Steele
(piano électrique [4], piano inversé [9])

Claire Lemmon
(chœurs [8])

Mike Vennart
Steve Durose
(chœurs [3,13])

AMPLIFIER

"Amplifier"

Royaume-Uni - 2004/2005

SPV - 63:03 / 18:47

 

 

Tout comme The Mars Volta, présenté dans notre précédent numéro, Amplifier fait partie de cette nouvelle scène baptisée «alt. prog», mais si une étiquette permet de situer vaguement un style, ce n'est pas pour autant que tous les groupes qu'elle rassemble jouent la même musique. Camel et King Crimson sont des groupes progressifs, mais ils ont musicalement peu de choses en commun, n'est-ce pas ? On arrêtera donc très vite les tentatives de comparaison.

Ainsi Amplifier est un trio anglais né à Manchester au tout début des années 2000, formé de Matt Brobin à la batterie, Neil Mahony à la basse et Sel Balamir au chant et à la guitare. Cette formule très concentrée (tout juste peut-on entendre quelques nappes de claviers en plus) peut sembler austère pour nous autres adeptes de richesse instrumentale plus démesurée, mais le groupe parvient très vite à faire oublier cette relative sécheresse sonore grâce à des compositions aux développements conséquents et très travaillés. A priori, Amplifier est d'ailleurs plus facile d'accès que The Mars Volta. Les morceaux sont plus volontiers rocks, construits au départ comme des chansons traditionnelles, et le chant est d'une douceur et chaleur (rappelant Matthew Still, le chanteur du groupe américain Timothy Pure) qui contraste avec l'univers assez tellurique de la musique. Mais bien vite, et compte tenu de la durée de chaque titre (dix de 4:18 à 8:30 mais 6-7 minutes en moyenne), on s'aperçoit que cette facilité apparente cache une volonté de briser des carcans trop étroits : le progressif ressurgit de plus belle ! Amplifier construit ses morceaux autour de thèmes mélodiques souvent très forts et prenants, tant dans la musique que le chant, avant de s'échapper subitement vers des développements instrumentaux inattendus, en rupture avec ce qui les précède. Les trois musiciens ne sont pas des manchots, et tandis que la section rythmique explose à tout va (Led Zeppelin a encore laissé des traces), le guitariste use et abuse de multiples effets qui vont parfois loin dans la dissonance. Mais tout cela est exécuté avec un esprit si «vital» (bien trop rare avouons-le chez tant d'autres groupes) qu'on ne peut être qu'intensément touché par une telle force musicale. Même si cela doit se traduire par un sentiment d'étouffement sur la durée...

Il n'empêche qu'une fois encore, la surprise vient d'un groupe qui décide de se réapproprier le terme «progressif» sans limitation d'aucune sorte. A notre époque, cela fait décidément plaisir à entendre. Et gageons que le succès de tels groupes devrait permettre à tant d'autres formations que nous aimons de se faire une plus grande place au soleil. Tiens, c'est justement de saison !

Note : l'unique album d'Amplifier ressort aujourd'hui sur un nouveau label (après une première sortie en 2004), avec un mini-CD en bonus, sur lequel on trouve deux clips vidéo et quatre morceaux inédits, dont un de plus de 7 minutes tout bonnement excellent, preuve que le groupe a un bel avenir devant lui.

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°58 - Été 2005)