BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Ancient Veil (7:09)
2. Flying (3:11)
3. Feast Of The Puppets (2:08)
4. Creature Of The Lake (4:17)
5. Gleam (4:15)
6. Walking Around (1:25)
7. The Dance Of Elves (1:52)
8. You'll Became Rain Pt. II (2:08)
9. Can You Feel Me? (4:05)
10. Dance Around My Slow Tim (5:25)
11. Night Thoughts (7:13)
12. Landscape And Two (4:36)
13. New (2:45)
14. Talking Frame (8:27)

FORMATION :

Alessandro Serri

(chant, guitares)

Edmondo Romano

(saxophones ténor et soprano, flûtes à bec)

AVEC

Massimo Tarozzi
(batterie)

Gianni Serino
(basse)

Antonella Trovato
(hautbois)

Marco Fadda
(batterie, percussions, tambourin)

The Willow Quartet

THE ANCIENT VEIL

"The Ancient Veil"

Italie - 1995

Mellow Records - 60:40

 

 

Il y a 4 ans, la parution du premier (et unique à ce jour) album de Eris Pluvia suscita une vague d'enthousiasme au sein du microcosme progressif. Cela, grâce certes à la qualité de la musique proposée, mais également à une promotion dopée (un peu trop d'ailleurs, mais il s'agit là d'une autre histoire...). A l'époque, beaucoup de gens crurent au succès prochain de cette formation talentueuse, mais l'implacable nature humaine, sous la forme de sombres rivalités, eut malheureusement le dernier mot de l'histoire.

Revenons quelque peu en arrière pour mieux cerner les tenants et aboutissants de cette affaire. Alessandro Serri (chant, guitares et flûte) et Edmondo Romano (saxophones et flûtes), qui sont les deux musiciens se cachant derrière The Ancient Veil, sont également les fondateurs (en 1985) de Eris Pluvia. Ils ont donc logiquement participé au premier album de ce dernier, Rings Of Earthly Light. Mais, dès la sortie de celui-ci chez Muséa en 1992, Alessandro quitta le groupe (il fut donc absent du concert donné à Paris le 10 octobre de la même année). Fin 1993, ce fut au tour de Edmondo de faire ses valises pour rejoindre son vieux compagnon de route. Leur nouvelle association prit alors le nom de The Ancient Veil.

C'est le moment de céder la parole à Alessandro : "Edmondo et moi n'avons amais cessé de jouer ensemble, même après mon départ de Eris Pluvia. Or, quand Edmondo est parti également, nos anciens collègues nous ont volé le nom du groupe, ce qui fait qu'aujourd'hui nous n'avons plus aucun droit sur lui. Tout cela est très incorrect car, comme vous l'avez mentionné plus haut, nous avons fondé Eris Pluvia en 1985, alors que ceux qui possèdent aujourd'hui la jouissance de son nom ne l'ont intégré qu'en 1988/89. Heureusement, malgré notre déception, nous accordons davantage d'importance à la musique qu'au nom de groupe qui va la porter; c'est pourquoi nous avons promptement décidé de nous faire désigner par The Ancient Veil. Je demeure malgré tout contrit d'avoir perdu des gens que je considérais comme des amis...".

Maintenant que vous êtes au courant de ces éléments d'information, vous serez moins surpris d'apprendre que certains CD de The Ancient Veil étaient frappés d'un 'sticker' précisant qu'il s'agissait là, malgré les apparences, du "second album de Eris Pluvia"... Bien que peu à notre goût (malgré son bien fondé artistique), cette pirouette commerciale ne fera vraisemblablement de tort à personne, puisqu'il semble que le Eris Pluvia légal soit actuellement moribond... Mais de l'album de The Ancient Veil, qu'en est-il ?

Forcément, on retrouve en grande partie les éléments qui avaient fait la réussite de Rings Of Earthly Light, mais utilisés dans un contexte beaucoup moins symphonique. C'est en fait la composante acoustique qui dirige la quasi totalité des 14 compositions (de 1:25 à 8:27), pour faire vivre une musique dont la joliesse est le premier souci. Les mélodies sont tout à la fois délicates et subtiles, et sont mises en forme par une palette d'instruments à la formidable richesse (outre ceux cités plus haut, on peut entendre du hautbois, du violon, du violoncelle, de la clarinette, de l'alto, du tambourin, du triangle, et toutes sortes de choeurs...).

"C'est une grande satisfaction pour moi de pouvoir communiquer à nouveau à travers la musique, précise Alessandro. J'espère réussir à transmettre un peu de joie à ceux qui l'écouteront. Comme tu le précises, nous avons effectivement privilégié les instruments acoustiques pour conférer à l'album une dimension humaine et une chaleur de tous les instants. Les morceaux n'en demeurent pas moins différents les uns des autres, ce qui est logique finalement puisque près de 40 musiciens (que je remercie ici publiquement du fond du coeur) sont venus nous prêter main forte. Je tiens à préciser enfin que les compositions ne sont pas connectées entre elles, contrairement à celles de Rings Of Earthly Light...".

Bien qu'il soit globalement réussi (quelques temps morts, rares rassurez-vous, sont perceptibles ici et là), The Ancient Veil n'est pas à mettre entre toutes les mains, me semble-t-il. Sa constante douceur enflammera surtout les sens des mélomanes férus de dentelles mélancoliques et aimant baguenauder au coeur de végétations bucoliques. Alors, prêts à aller vous balader ?!?...

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°16 - Été 1996)