BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Myo Maya (0:50)
2. New Eire Land (14:44)
3. Angels Embrace (7:03)
4. Cloudsinging (5:43)
5. Prayersong (4:47)
6. Naturemusic (11:44)
7. Midnight Cello (4:01)

FORMATION :

Jon Anderson

(chant)

Deborah Anderson

(chant)

Steve Katz

(claviers)

Keith Heffner

(claviers)

Jade Anderson

(chant)

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PISTES :

1. The Book Opens (4:59)
2. Quick Words (Talk-Talk) (2:54)
3. Shall We Play The Game (3:45)
4. Semati Siyonpme (3:16)
5. Good Day Morning (2:02)
6. Leap Into The Inconceivable (3:53)
7. Song Of Home (1:11)
8. Building Bridges (5:55)
9. Sound And Color (4:01)
10. Longwalker Speaks (2:48)
11. Maazo Maazo (1:23)
12. Enter Ye the Mystery School (7:54)
13. Ave Verum (3:08)

FORMATION :

Jon Anderson

(chant)

Keith Richard Heffner

(orchestration, claviers)

Luis Perez

(percussion)

Eduardo del Signore

(basse)

Freddy Ramos

(guitare)

Otmaro Ruiz

(claviers)

Charles Bisharat

(violon)

Patricia Hood

(Harpe)

Paul Haney

(saxophone)

Deborah Anderson

(chant)

Maria E. Del Rey

(chant)

Daniel Navarro

(chant)

David Eric Lowen

(chant)

Longwalker

(voix)

Salo Loyo

(claviers)

JON ANDERSON

"Angels Embrace"

Royaume-Uni - 1995 - Higher Octave Music - 48:22

"Toltec"

1996 - High Street Records / BMG - 47:23

 

 

Regain de créativité ces derniers mois pour la "voix d'or" du rock progressif : de multiples albums solos (dont les deux derniers sont chroniqués ici), et surtout le retour inattendu d'un Yes ambitieux et libéré des nombreuses contraintes plus ou moins commerciales qui l'entravaient depuis plusieurs années.

Chronologiquement, Angels Embrace est sorti quelques semaines avant Toltec, et pourtant ce dernier a été composé et enregistré en 1993. A cette époque, il s'intitulait The Power Of Silence, mais bien qu'annoncé dans certains magazines rock, ne fut jamais publié. Eh oui, cet album tant espéré, tout auréolé d'une réputation des plus flatteuses (on le comparait à Olias Of Sunhillow, en mieux !), est enfin disponible !! Nous verrons un peu plus loin si celle-ci était fondée...

Mais d'abord quelques mots sur Angels Embrace : cet album à la présentation toute dorée (tiens, tiens !) et très largement instrumental, peut sans aucun doute s'assimiler au courant 'new-age', versant qualité. L'inspiration a pour thème central la nature, et Jon Anderson le dédie, comme à l'accoutumée à tous ses proches. L'instrumentation est minimaliste (synthés, rares percussions, voix), plongeant l'auditeur dans un bain sonore reposant à souhait. Les sept compositions sont d'ailleurs enchaînées et les thèmes musicaux (on pourrait même dire LE thème musical), très proches les uns des autres, si ce n'est lors des incursions vocales sur trois titres (avec la participation fugitive de ses filles Deborah - également présente sur Toltec - et Jade). Musicalement, on ne peut s'empêcher de songer à son travail avec Vangelis, même si plus subtilement, l'album rappelle plutôt les Reverberations de Robert John Godfrey : longues nappes de synthétiseurs (le final sublime de "New Eire Land" en particulier), petites notes cristallines en arrière-plan, bruitages "naturels". Un CD donc pas si anodin que ça, et en tout cas idéal pour le repos de l'esprit.

Dans un esprit assez similaire (retour aux sources et à la nature), Toltec se présente comme un concept-album composé de trois parties (Part I: 14:54 en 4 morceaux, Part II : 19:50 en 6 morceaux et Part III : 12:25 en 3 morceaux), illustrant le peuple des indiens Toltèques. Ceux-ci ayant disparu il y a des siècles de l'Amérique Centrale où ils s'étaient fixés, auraient traversé l'Espace et le Temps, et nous attendraient dans cette 4ème dimension, représentant alors nos ancêtres les plus anciens, prêts à nous accueillir lors de notre inévitable arrivée... Sans entrer plus loin dans les détails, cette démarche spirituelle est bien typique de son auteur, à ceci près que la dimension humaine a pris plus nettement le pas sur l'imaginaire 'heroic-fantasy', maturité oblige.

Compositeur de cette œuvre (à l'exception de deux titres co-écrits avec des musiciens participants, et du final "Ave Verum" de Mozart), Jon Anderson n'en est que l'interprète vocal. La musique est jouée par une dizaine d'instrumentistes (des claviers aux percussions, en passant par le saxophone, le violon, la harpe et les guitares), et quatre chanteurs et chanteuses lui prêtent leur concours. La richesse instrumentale et vocale est à la hauteur de l'ambition de l'album. Et l'on ne peut effectivement pas nier une relation entre Olias Of Sunhillow et Toltec. Musicalement, ce sont les claviers et les percussions qui dominent, et il paraît difficile de marquer des références : ce n'est pas du rock, ni de la world-music, comme on pourrait le croire. Disons simplement que le son de Toltec est évidemment plus moderne (cela peut être irritant parfois pour certains timbres percussifs), mais que la démarche musicale est du même ordre. Outre des parties vocales superbes (le refrain de "Quick Words" par exemple), on retiendra aussi certaines phrases musicales non moins sublimes (l'admirable et (trop) court duo harpe-voix féminine de "Song Of Home"), atmosphériques (l'intro de "The Book Opens", avec la voix d'un vieil indien en fil conducteur), ou plus énergiques (l'étonnante basse slappée (!) de "Leap Into The Unconceivable").

Un album qui, de par sa recherche sonore, n'en finit pas de se dévoiler et que de multiples écoutes bonifie. Sans parler de chef-d'œuvre, on ne peut que se réjouir de voir Jon Anderson en si grande forme musicale et augurer de bons présages pour l'avenir, sur notre bonne vieille Terre !

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°15 - Printemps 1996)