
PISTES :
1. Le couteau suisse (3:58)
2. Ricochets (5:55)
3. Histoires d’outre rêve (9:39)
4. J’aurais aimé ne pas t’aimer (4:17)
5. Le cœur à corps (5:34)
6. Les eaux du Gange (5:15)
7. Naufragé du Zodiaque (inclus ‘le
thème astral’) (9:12)
8. Entre foutre et foot (2:16)
9. Ombres chinoises (6:00)
10. Sous hypnose (4:58)
11. Passeport pour nulle part (Reflux d’aubes
tempérées) (4:54)
12. Quand est-ce qu’on viendra d’ailleurs ? (6:27)
13. Jazzouillis (3:46)
FORMATION :
Caroline Crozat
(chant, chœurs)
Christian Décamps
(chant, guitare acoustique, piano)
Tristan Décamps
(claviers, chant)
Hassan Hajdi
(guitare)
Benoit Cazzulini
(batterie, percussions, claviers [9])
Thierry Sidhoum
(basse)
INVITÉS
Guillaume Lebowski
(didjeridoo, trombonne [6,11])
Emilie Salata
(flûte [6,11])
Caroline Varlet
(accordéon [8])
ANGE
"?"
France - 2004
Autoprod. - 71:59
Depuis sa résurrection autour du patriarche Christian Décamps en 1997 pour l'album 3ème Etoile à Gauche, le nouvel Ange a réalisé deux disques de grande qualité, La voiture à Eau en 1999, puis Culinaire Lingus en 2001. Cette attente de quatre ans aura donc été plutôt longue pour les anciens ou nouveaux adeptes de ce groupe qui vole au-dessus des décennies, seulement ponctuée par de nombreux concerts et la sortie d'un opus solo, Murmures. Le groupe, au sein duquel le batteur Hervé Rouyer a été remplacé sans baisse de régime par Benoît Cazzulini, a finalement accouché d'un album qui, à défaut d'un titre définitif, s'avère posséder un contenu musical copieux. Treize titres sont en effet présents, dont la plupart témoignent d'un travail collectif, tout comme le partage du chant.
Pourtant, à l'écoute de l'ensemble, le jugement est mitigé. Certaines compositions souffrent en effet d'une certaine langueur (le mélancolique «Les Eaux du Gange» ou «Sous Hypnose», au final plus vif), d'arrangements quelque peu dénudés ou de thèmes vocaux moyennement convaincants (le répétitif «Quand Est-ce qu'On Viendra d'Ailleurs ?» ou le refrain aux textes trop convenus des «Ombres Chinoises»), tandis que d'autres frisent presque le hors sujet. Il en est ainsi pour «Le Couteau Suisse» et ses arrangements de claviers signés Tristan, plus adapté à une œuvre solo des Décamps père et fils, ou du grinçant «Entre Foutre et Foot» interprété par Caroline Crozat. Enfin, certains, malgré des arrangements agréables ou des textes piquants, manquent d'une prise de risque suffisante, comme «J'Aurais Aimé ne pas t'Aimer», avec comme un air de déjà entendu, ou «Ricochets» et son thème des femmes afghanes, porté par Tristan, qui appartient à la même famille que «Le Ballon de Billy», les accords de mellotron en plus.
Toutefois, de nombreux autres morceaux prouvent que le Ange actuel possède toujours une inspiration progressive et une aisance technique indéniable. «Histoires d'Outre Rêve», qui semble partir à la poursuite mélodique d'un songe céleste, avec son bouquet vocal, ses changements de tempos, ses envolées instrumentales et les soli de guitare toujours inspirés de Hassan Hajdi, tutoie ainsi le bonheur, et s'impose d'emblée comme un des grands morceaux de Ange. L'autre composition de neuf minutes, «Naufragé du Zodiaque», critique de l'astrologie, est moins convaincante, de par ses longueurs (évocatrices par moments de Tangerine Dream !) et sa moins grande richesse instrumentale (le «Thème Astral» qui le conclut aurait ainsi gagné à bénéficier d'une pulsation plus électrique). Mais en moins de cinq minutes, Ange sait aussi produire de petits bijoux d'esprit progressif, tel «Passeport pour Nulle Part (Reflux d'Aubes Tempérées)» et ses arrangements de flûte virevoltante, «Quand est-ce qu'On Viendra d'Ailleurs ?» ou «Jazzouillis». L'interlude jazzy sur «J'Aurais Aimé ne pas t'Aimer», les délicates «Ombres Chinoises» et ses rebondissements, ou le rétro «Le Cœur à Corps» et son refrain imparable à la basse bien appuyée sont aussi des réussites fort agréables, ce dernier illustrant la complicité parfaite entre les voix de Christian Décamps et Caroline Crozat.
Néanmoins, les faiblesses évoquées plus haut rendent ce nouvel album plus inégal, souffrant de quelques baisses de régime, et donc moins satisfaisant que ses deux prédécesseurs dans cette nouvelle trilogie angélique. Il satisfera néanmoins tous les mordus du groupe des Décamps et de ses paroles truffées de jeux de mots, tant il respire le professionnalisme et le plaisir de jouer ensemble.
Jean-Guillaume LANUQUE
(chronique parue dans Big Bang n°58 - Été 2005)

