BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Feel Melt Release Escape pochette

PISTES :

1. End Of Days (5:18)
2. Coward (5:08)
3. Voyage Of No Brain Discovery (5:21)
4. Path Of Sorrow (4:30)
5. Penny Is A Slut Machine (5:19)
6. Feel. Melt. Release. Escape. (6:02)
7. 0 (5:16)
8. The Anti-Depressive Delivery (7:17)
9. Bones & Money (15:22)

FORMATION :

Pete Beck

(chant)

Christian Broholt

(guitares)

Tom Welhaven Wahl

(basse)

Terje Krabol

(batterie, percussions)

Haakon-Marius Pettersen

(claviers)

ANTI DEPRESSIVE DELIVERY

"Feel. Melt. Release. Escape."

Norvège - 2004

Laser's Edge - 59:33

 

 

Voilà un label qui sait choisir ces poulains. Peu ou pas de faute de goût. White Willow, Somnambulist, Landberk, A Tryggering Myth et j'en passe pour les anciens. Riverside pour la dernière signature. Avouez qu'on peut faire pire ! Il est fort probable que dans un avenir proche vous entendiez tout autant parler d'Anti Drepressive Delivery, ADD pour les intimes et la facilité d'écriture. Comment dire ? La baffe de cette fin d'année pour moi, la surprise du chef, la cerise sur un gâteau progressif qui, ces derniers temps, devient selon les avis copieux ou indigeste. L'année a en effet été chargée en sorties plus ou moins réussies, ronflantes ou transparentes. Je vous laisse deviner lesquelles.

Ce qui ne risque pas d'arriver à ces norvégiens supérieurement armés face à une concurrence qui se repose bien confortablement sur ses acquis. Leur deux premières démos ont été davantage appréciées dans le milieu du metal extrême que dans le marigot progressif qui nous concerne. Preuve que les barbares adeptes de riffs démoniaques ont parfois bon goût. J'en connais. Ben tiens, moi par exemple. Puisque l'on se frotte au monde métallique, il convient de préciser que la remarquable production est l'œuvre de Travis Smith, connu pour avoir été «l'homme de mains» de groupes tels que Death, Diamond King et le très respectable Opeth. Si la simple évocation de Pain Of Salvation (surtout) ou d'Änglagård (un peu moins) fait frétiller vos moustaches, calmez-vous et lisez ce qui va suivre tranquillement. Libre à vous ensuite d'assaillir de coups de fils ou de courriels votre VPCiste préféré. Donc, nous évoquions dans le propos offert par ADD et ce Feel. Melt. Release. Escape. l'influence de deux des formations les plus en vue de la décennie écoulée. De l'un il a hérité la puissance domestiquée, le sens du riff contrôlé, du break intelligent et la fraîcheur du discours. Attention, je ne parle bien évidemment pas de la chose nommée Be. Je fais plutôt référence au Pain Of Salvation de Remedy Lane ou plus particulièrement de The Perfect Element, un monument de metal progressif dont on se souviendra longtemps assurément. Un Pain Of Salvation qui aurait oublié de se gratter le nombril en pensant «qu'est-ce que je suis bon» pour n'en retenir que sa substantielle et mirifique inspiration. De l'autre, Änglagård donc, il a su tirer la dimension symphonique complexe, l'atmosphère torturée et délicieusement sombre.

Mais le véritable élément significatif et jouissif de Feel. Melt. Release. Escape., c'est l'utilisation subtile et judicieuse du Mellotron, un instrument jusqu'ici peu utilisé dans le metal progressif. Je veux dire employé avec autant de présence que d'à-propos. Pas étonnant donc de se retrouver sur quelques passages dans l'univers familier de groupes comme King Crimson ou Genesis. Ils sont eux mêmes les références évidentes des deux formations Scandinaves.

Car ADD n'est pas qu'un groupe de metal prog, ou pas seulement. Ses compositions se parent de toutes les nuances que le progressif «oldie» et moderne sait exposer dans un assemblage parfaitement homogène. Est-il opportun de préciser que les protagonistes de cet impensable opus sont tous d'excellents musiciens ? Ils savent s'oublier eux-mêmes au profit du collectif et pour un résultat d'une très impressionnante cohésion. Illustration de cette incontestable maîtrise, les neuf titres dont la durée varie de 4 à 15 minutes. Et parmi eux, la suite «Bones & Money» qui clôt d'une part l'album de magistrale manière et achève d'autre part de nous convaincre que décidément ce quintet inaugure là un style qui, à défaut d'être révolutionnaire, se révèle toutefois original et très personnel.

Vous êtes certainement du nombre de ceux qui ces derniers mois ont été chavirés (ou pas) par quelques sorties intéressantes. Nul doute que Anti Depressive Delivery vous réserve bien d'autres instants de plaisir intense mais pour des raisons et avec des arguments différents. En résumé et pour faire court, voici un album indispensable, pas moins !

Dominique BERTONCINI

(chronique parue dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)