BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Aragon - The Angels Tear

PISTES :

1. Growing Up In Cuckoo Land (3:36)
2. Discovery (1:58)
3. The Room Of Brilliant Light (3:38)
4. In The Name Of God (9:17)
5. Copper Bob And The Pirates At The Gates Of Redemption (2:24)
6. The Angels Tear (12:57)
7. Voyeur (3:49)
8. The Silent Field (5:36)

FORMATION :

John Poloyannis

(guitare, basse, claviers, percussions)

Les Dougan

(chant, batterie, percussions)

Tom Behrsing

(claviers)

Evelyn Dougan
Stephanie Dougan

(chœurs [4])

ARAGON

"The Angels Tear"

Australie - 2004

LaBrad'Or - 43:13

 

 

Quinze ans après ses débuts discographiques, Aragon pose aujourd'hui le sixième jalon de sa carrière. Depuis le décevant Mr. Angel, ce ne sont pas seulement six années qui ont été effacées, mais également la certitude que le groupe australien a perdu une large part de sa renommée. Au point que les plus jeunes d'entre nous, ou ceux qui ont (re)découvert le courant progressif récemment, risquent de se demander pourquoi on parle avec autant de déférence (et de prudence) de ce groupe australien. «Comment s'appelle t-il déjà !?...», oseront néanmoins les plus méfiants, ou les plus malicieux...

Pourtant, avec The Angels Tear, Aragon a changé son fusil d'épaule, à défaut d'avoir changé de fusil... Les velléités 'pop' de Mr. Angel sont en effet ici toujours présentes, mais avant tout comme un élément formel parmi d'autres, et non plus comme une finalité. Nous sommes ainsi emportés dans et par une sorte d'ample ballade atmosphérique aux fortes réminiscences 'seventies'... The Angels Tear s'impose en fait comme une œuvre charismatique, agissant sans esbroufe mais avec une minutie digne de certains albums d'Anthony Phillips. A la manière du guitariste anglais, Aragon offre ici une musique évidente, mais qui s'avère indéniablement moderne quant à sa volonté de représenter son époque.

Bien évidemment, Les Dougan demeure l'homme fort de la formation océanienne (que ne ferait-on pas pour éviter les répétitions !), son chant émouvant structurant principalement les 8 compositions (de 2 à 13 minutes) de The Angels Tear. Mais, l'envoûtant vocaliste ne se contente pas ici de placer sa voix sur des mélodies convenues ou des morceaux 'calibrés'. On peut certes penser parfois au meilleur Simple Minds, mais Aragon a visiblement décidé de ne pas suivre la voie qu'on lui croyait toute tracée. La dimension atmosphérique de The Angels Tear invite ainsi souvent à lui trouver des allures plus surprenantes, comme si Aragon avait beaucoup écouté Talk Talk et son mentor, Mark Hollis. Certes, l'enrobage est ici plus rock et moderne, mais les univers artistiques de ces deux formations sont clairement très proches.

The Angels Tear semble ainsi avoir réussi l'impensable : se débarrasser de la mièvrerie et du conformisme 'pop' de son prédécesseur, et les remplacer par une substance musicale tout à la fois charnue et atmosphérique. Pop, symphonisme et progressif 'neo-seventies' (impossible à comprendre ? Impossible à expliquer !) se confondent donc ici en un maelström jouissif, dont John Poloyannis (et ses superbes solos de guitares !), Tom Behrsing (aux arrangement de claviers particulièrement soignés) et donc Les Dougan sont les minutieux et probants artisans... Avec cet album, Aragon ne retrouvera certainement pas sa notoriété perdue, mais devrait sans nul doute voir sa crédibilité artistique retrouver l'allant de ses vertes années !

Olivier PELLETANT & Yves MALFOY

(chronique parue dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)