
PISTES :
1. Out Of The Wilderness (8:02)
2. Crying For Help I (1:22)
3. Valley Of The Kings (10:10)
4. Crying For Help II (3:08)
5. Jericho (6:50)
6. Crying For Help III (4:24)
7. Midas Vision (4:36)
8. Crying For Help IV (5:05)
9. Solomon (14:37)
FORMATION :
John Carson
(chant, chœurs)
Keith More
(guitares)
Clive Nolan
(claviers, chœurs)
Cliff Orsi
(basse, chœurs)
Mick Pointer
(batterie)
Steve Rothery
(guitare [8])
Tracy Hitchings,
Tosh McMann,
Martin Albering,
Marc Van Dongen
(chœurs)
ARENA
"Songs From The Lions Cage"
Royaume-Uni - 1994
Verglas Music - 58:26
"Nous avons du nous séparer de Mick Pointer, car ses carences techniques étaient devenues incompatibles avec les projets du groupe". C'est ainsi, par ce discours des plus laconiques, que Fish justifiait en mai 1983 le départ du batteur (et, qui plus est, fondateur) de Marillion. Triste fin (et très certainement amère) pour ce musicien dont on n'eut ensuite aucune nouvelle pendant plus de dix ans...
Sa présente réapparition, dont on ne peut que se réjouir, prend en fait une tournure assez déplorable (car a priori malsaine), dans la mesure où, à travers Arena, on essaie insidieusement de nous vendre du Marillion. On s'aperçoit effectivement très vite qu'une succession d'indices (pour le moins voyants...) sont disséminés ici et là afin de nous faire suivre une piste (ou plutôt une autoroute à 4 voies) menant directement au roi du mouvement néo-progressif.
Sans vouloir minimiser le rôle que Pointer joua dans l'élaboration de Script For A Jester's Tear, les paroles de Fish sont néanmoins sans appel quant à son talent d'instrumentiste; quand on sait de plus que, durant la décennie écoulée, les rares occasion où Mick tint des baguettes entre ses mains, ce fut pour ingurgiter de la cuisine chinoise, on ne peut sincèrement manquer de s'interroger. Sommes-nous à ce point crédules qu'on ose nous aguicher de façon aussi grossière ?
Et ce n'est pas tout ! Sentant peut-être que l'appât "Pointer" puisse s'avérer trop peu efficace, les "promoteurs" du projet Arena n'ont pas hésité à faire appel au chanteur John Carson, et plus particulièrement à sa voix "fishienne" (euphémisme tant, sur "Midas Vision" par exemple, le mimétisme est total au point d'en devenir grotesque...). Enfin, ultime argument pour convaincre définitivement les plus sceptiques d'entre nous, Steve Rothery, invité de luxe, parachève la démonstration en nous offrant un solo dont la valeur est bien sûr avant tout symbolique (traduction : voilà une des formes qu'aurait pu prendre Marillion si Pointer ne l'avait pas quitté...).
En fait, on peut se demander si la seconde "star" d'Arena, Clive Nolan, n'est finalement pas le personnage central du projet. Car ce claviériste boulimique, après avoir donné vie à un succédané de Twelfth Night avec Casino, pourrait bien devenir le Dr. Frankenstein du prog et vouloir faire revivre, une à une, les vieilles gloires du passé... Cela expliquerait en tout cas pourquoi tout a été mis en œuvre pour "ressusciter" de manière fallacieuse et artificielle, le Marillion du début des années 80.
Il suffit à présent que la musique de Songs From The Lions Cage soit aussi insipide que la stratégie commerciale de son auteur pour que je puisse clore promptement cette chronique. Alors, sommes-nous condamnés à écouter une énième resucée fadasse des premières œuvres de Marillion ? A propos, je tiens à préciser ici que mon but n'est pas de dénoncer les groupes qui font passer leurs influences (même évidentes) à travers le filtre de leur personnalité, mais bien ceux qui, à défaut de talent, nourrissent leur musique de poncifs et de cela seulement.
Surprise ! Arena s'est totalement sorti du piège qu'il s'était lui-même tendu. Constitué de neuf plages, dont la plus courte dure 1:22 et la plus longue 14:37, Songs From The Lions Cage est, dans son genre, très réussi. Contrairement à ce que ses détracteurs pensent, le rock néo-progressif peut devenir très attrayant quand il s'accorde le temps nécessaire pour installer avec précision son propos musical, c'est-à-dire quand il s'extirpe de son format réducteur imposé souvent comme postulat par des espoirs de réussite commerciale.
Co-auteur (avec Pointer) de la totalité des compositions, Clive Nolan s'impose, à l'écoute de l'album, définitivement comme la pièce maîtresse d'Arena, dans la mesure où l'on reconnaît immédiatement sa personnalité stylistique. On est même tenté - avouons-le - de penser que le chantre du néo-prog anglais est tout simplement le seul compositeur d'Arena et que (toujours dans la logique exposée au début de cette chronique), le nom du batteur n'a été crédité à ce poste que pour des raisons mercantiles. Je vais peut-être un peu loin, mais le constat est trop flagrant pour taire mes éventuels doutes... Quoi qu'il en soit, Nolan, au cours de ses différents avatars, n'a jamais semblé aussi inspiré que présentement. Il propose en effet de larges démonstrations de son talent (pas toujours utilisé avec à-propos), notamment lors des deux titres les plus longs - "Valley Of THe Kings" (10:10) et "Solomon" (14:37) - où les développements instrumentaux ne sont nullement bridés (Cqfd ? Oui, ou presque !). Son association avec le guitariste Keith More, qui fait alterner bizarrement sonorités cristallines et cacophonie maladroite (son bref passage dans Asia expliquant peut-être cela...), est globalement assez pertinente, car suffisamment poussée. Et même si les morceaux les plus concis sont davantage conformistes dans leur écriture, les termes que j'utiliserais pour qualifier le rock néo-progressif d'Arena sont : "efficacité" et "professionnalisme".
Point de message onirique à rechercher dans Songs From The Lions Cage, mais bel et bien un pragmatisme musical dans l'élaboration duquel chacun des cinq musiciens (l'occasion m'est donnée de citer le bassiste Cliff Orsi, père du groupe Cleopatra's Needle et vieil ami de Clive Nolan) tient un rôle précis. Le chanteur est, à ce titre, une illustration parfaite de cette stratégie : en imitant (?) sans cesse les intonations vocales de chanteurs réputés du monde (néo) progressif (Fish bien sûr, mais aussi Gary Chandler ou Paul Menel...), il ne laisse à aucun moment l'opportunité aux auditeurs de saisir la réalité de son chant propre.
Notons pour finir l'excellente idée d'avoir inséré, entre les différents titres chantés, des pièces instrumentales qui, en guise d'habiles transitions, confèrent à l'album une unité qui, sans cela, n'aurait pas vraiment été flagrante.
Point de génie donc, mais un savoir-faire manifeste qui redonne au rock néo-progressif anglais quelques unes de ses lettres de noblesse. Attendons à présent la parution de l'éventuel second album d'Arena pour évacuer définitivement les caractéristiques 'marketing' évidentes de Songs From The Lions Cage et donner enfin une âme à ce groupe quelque peu artificiel...
Olivier PELLETANT
(chronique parue dans Big Bang n°10 - Mars-Avril 1995)

