BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Welcome To The Cage (4:14)
2. Crying For Help V (2:33)
3. Empire Of A Thousand Days (9:34)
4. Crying For Help VI (2:53)
5. Medusa (4:28)
6. Crying For Help VII (3:04)
7. Fool's Gold (9:37)
8. Crying For Help VIII (5:12)
9. Sirens (13:42)

FORMATION :

Paul Wrightson

(chant)

Keith More

(guitare)

Clive Nolan

(claviers, chœurs)

John Jowitt

(basse)

Mick Pointer

(batterie)

ARENA

"Pride"

Royaume-Uni - 1996

Verglas Music / SPV - 55:24

 

 

Amateurs de 'néo-prog' comme on n'en fait plus beaucoup, tous à vos postes ! Ainsi donc, Arena n'était pas un groupe monté de toutes pièces uniquement pour faire de l'argent l'espace d'un album... Songs From The Lions Cage a très bien marché, le groupe a pu faire de nombreux concerts et, malgré deux changements de personnel importants (John Jowitt a remplacé Cliff Orsi à la basse, et l'excellent Paul Wrightson a volé le micro à John Carson... sans que personne ou presque ne s'en rende compte tant leurs voix paraissent semblables au premier abord !), voici qu'il sort un second album très attendu. D'un autre côté, l'adage populaire dit bien que «l'argent appelle l'argent»... Pride peut donc tout aussi bien être le fruit de préoccupations artistiques que mercantiles (voire, et même certainement, les deux...).  Inutile en fait d'être manichéen et naïf, qu'Arena cherche à vivre de sa musique et qu'il croit fermement en cette dernière, relève d'une évidence à laquelle nous ne pouvons que nous soumettre...

Si Songs From The Lions Cage pouvait directement s'affilier à Marillion (ne serait-ce que par certaines intonations forcées du chanteur de l'époque), c'est beaucoup moins le cas aujourd'hui. On sera tenté dans un premier temps de se féliciter d'une telle évolution (cette référence là est trop éculée pour être un atout auprès du public), mais cette démarcation est toute relative. Pride nous rappelle en effet à présent un peu trop... IQ. On imagine tout de même les musiciens d'Arena avoir autre chose à nous offrir !

Toujours constitué de longues pièces épiques (trois, de 9:34, 9:37 et 13:42), de «hits» potentiels («Medusa» et «Welcome To The Cage...») et du fil rouge «Crying For Help» propice à la mise en valeur d'un musicien particulier (à noter le performance a-cappella de Wrightson, superbe en live mais désuète sur CD), ce nouvel album se révèle donc tout autant empêtré dans ses références. La forme identique entre les deux CD concourt de plus à donner une impression de déjà vu...

L'attention se focalise évidemment sur les plus longs titres (et à l'avenir, il serait bien que les titres de cette ambition dépassent plus largement en durée la moitié de l'album !) qui sont tous très réussis. On a ici affaire à du néo-progressif de grande qualité, très mélodique, pêchu et très bien ficelé dans sa progression. «Sirens» et son passage à la guitare «floydien», «Empire Of A Thousand Days» et son orgue religieux et son mellotron (!), et «Fool's Gold» et son thème récurrent à la guitare et sa pulsation rythmique très entraînante : trois excellents morceaux qui se détachent nettement de l'album et qui laissent le reste un ton en-dessous.

Arena semble donc bien parti pour durer. Par contre, il ne peut s'imposer objectivement comme le chef de file de ce sous-genre du progressif, même si IQ continue de ne publier un album que tous les trois ou quatre ans... De toute façon, Pendragon est le plus à même aujourd'hui de revendiquer ce titre, car il est le seul actuellement à avoir défini une démarche musicale cohérente, ambitieuse et somme toute efficace. Arena fait donc un peu figure d'élève immature, tentant (parfois avec succès) de contourner cette carence en affichant un puissant et authentique enthousiasme. Gageons que Clive Nolan (véritable leader du groupe, Mick Pointer faisant vraiment - notamment lors des concerts où ses erreurs sont légion - figure de simple caution) saura recentrer ses nombreux projets autour d'Arena et baliser un peu mieux le parcours musical de celui-ci...

Arena est une formation talentueuse, possédant de plus un fort potentiel commercial. Qu'il ne brûle donc pas les étapes, en faisant parler son tempérament de feu au détriment d'une réflexion plus poussée sur la nature de sa musique (donc de son ambition)...

Christian AUPETIT et Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°18 - Hiver 1996/97)