BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Pepper's Ghost pochette

PISTES :

1. Bedlam Fayre (6:08)
2. Smoke and Mirrors (4:42)
3. The Shattered Room (9:45)
4. The Eyes Of Lara Moon (4:30)
5. Tantalus (6:51)
6. Purgatory Road (7:25)
7. Opera Fanatica (13:06)

FORMATION :

Clive Nolan

(claviers)

Mick Pointer

(batterie)

Rob Sowden

(chant)

John Mitchell

(guitares)

Ian Salmon

(basse)

ARENA

"Pepper's Ghost"

Royaume-Uni - 2005

Verglas - 52:34

 

 

Dans son genre, Arena avait placé la barre très haute avec son précédent album, Contagion. C'est donc avec un mélange d'espoir et d'appréhension que l'on découvre le sixième opus des anglais, Pepper's Ghost. Parviendront-ils à faire mieux ? Ou à se renouveler un peu ?

Le fait est que la première écoute laisse sur sa faim. Aïe ! Pepper's Ghost, sous-titré «7 Stories of Mystery and Imagination», propose logiquement sept titres (de 4:30 à 13:06) d'Arena pur jus, donc sans réelles innovations, tant structurelle que sonore. Le groupe demeure en terrain conquis, et dévoile même quelques faiblesses. Ainsi la frappe puissante mais trop souvent monolithique de Mick Pointer, accentuée par un mixage très en avant, dérange plus que d'habitude. Tout comme le manque de nouvelles textures pour les claviers de Clive Nolan, qui semble se contenter du minimum syndical (ah ce piano numérique...). On ne retrouve qu'en de trop rares occasions les prouesses entendues sur Contagion, dommage. Il faut dire que cette fois-ci, le Baron a pris en charge seul la production, et l'écriture des morceaux lui doit aussi beaucoup (le dernier morceau, le plus long, «Opera Fanatica», mais aussi le meilleur, ce qui peut sembler contradictoire avec les reproches évoqués plus haut, est dû à sa seule plume!). Peut-être a-t-il manqué de temps pour se consacrer à son rôle de musicien ? Heureusement, les autres demeurent irréprochables... ou presque. Rob Sowden est toujours un excellent chanteur (qui gagnerait peut-être à théâtraliser encore plus sa voix), Ian Salmon fait toujours gronder sa basse avec rondeur (il prend également en charge les quelques parties de guitare acoustique), tandis que John Mitchell illumine les compositions encore et encore par ses interventions de guitare électrique... même si aucun véritable moment de bravoure solitaire n'est à observer (mais peut-être lui aussi a-t-il l'esprit un peu ailleurs avec ses autres projets, The Urbane ou le super groupe Kino ?).

Au niveau des compositions, le constat est quasiment le même. A plusieurs reprises, le groupe joue la facilité et certains moments sonnent creux, laissant l'auditeur dans l'attente d'envolées dignes de ce nom. Un titre comme «The Eyes Of Lara Moon» en particulier, paraît cruellement vide. Heureusement, nombre de séquences, toutes dynamiques (car les respirations sont vraiment rares sur l'album), remettent les choses à flots (la partie centrale de «The Shattered Room», le final de «Purgatory Road» et l'intégralité d'«Opera Fanatica», LE morceau de l'album).

Des premières impressions en forme de bilan plutôt mitigé, même s'il faut se rappeler qu'on parle ici d'Arena, pas d'un jeune groupe débutant (auquel cas on pourrait crier au génie !!!). Qui aime bien châtie donc bien. Et puis, les écoutes se répétant, les défauts finissent par marquer le pas et les qualités par ressurgir. L'ambiance générale de l'album, digne de La Foire des Ténèbres (le fameux roman de Ray Bradbury), et l'évocation d'un 19ème siècle mystérieux et sombre cher à Clive Nolan sont très bien rendues. La pochette, représentant chaque musicien sous les traits d'un personnage de roman fantastique, est également superbe. Et au final, l'album se passe en boucle, même si le plaisir est un peu moins substantiel que pour Contagion, The Visitor ou le tout meilleur d'Immortal ? (pas de «Moviedrome» ici).

Pepper's Ghost ne devrait finalement pas vraiment décevoir les fans d'Arena, mais on est en droit d'attendre un sursaut créatif pour la suite. C'est bien le moins à demander à tous les grands groupes qui sont censés être les emblèmes des musiques progressives au sens le plus large. La concurrence est plus que rude à notre époque, et personne n'est à l'abri d'être rejeté. Le message est donc lancé : ne vous endormez pas sur vos lauriers !

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)