
PISTES :
1. Bienvenida Al Interior (7:54)
2. Nocturno Urbano (10:09)
3. Noventa Y Nueve (11:46)
4. Doble Arcoiris (6:34)
5. Bajo El Domo De Cristal (8:18)
6. Kinnara (10:10)
FORMATION :
Sergio Heredia
(batterie)
Mauricio Arcis
(basse)
Patricio Vera-Pinto
(guitare, chant)
Juan Pablo Gaete
(claviers)
ASTRALIS
"Bienvenida Al Interior"
Chili - 2006
Mylodon - 54:51
Si l'Amérique du Sud continue à produire un certain nombre de groupes de qualité, on ne peut nier qu'ils sont moins souvent au cœur de l'actualité, preuve de la difficulté grandissante pour beaucoup de s'extraire de la masse des sorties progressives. Se distinguer, c'est donc tout le mal que l'on peut souhaiter à ce nouveau groupe Chilien, emmené par le guitariste-chanteur Patricio Vera-Pinto, compositeur exclusif des six morceaux de Bienvenida Al Interior.
Ce dernier est sans conteste la principale force motrice d'Astralis, sa guitare domine les débats, ce dont on ne se plaindra pas tant son jeu aérien, jamais démonstratif, fait merveille, en particulier à travers ses solos pétris de lyrisme qui ponctuent l'album. Mais il excelle également au poste de chanteur, avec une voix expressive se mariant avec bonheur aux chaudes sonorités de la langue espagnole, et des parties de chant qui s'intègrent parfaitement, sans format prédéfini (pas de schéma couplet/refrain). Bref il est plaisant de ne pas se plaindre dans un secteur qui porte souvent facilement à la critique dans notre milieu.
En allant vite, la musique proposée s'apparente à un néo-progressif symphonique, évoquant tout autant Genesis que Pendragon ou Pink Floyd. A ce titre, on peut dire sans trop exagérer que l'originalité n'est pas la qualité première d'Astralis (ne pas oublier cependant qu'il s'agit d'un premier album) mais fort heureusement il possède d'autres atouts dans sa manche.
La durées souvent étendues des titres (la plupart tournent autour de 8-10 minutes) permet ainsi de soigner les contrastes; l'alternance entre ambiances mélancoliques et éthérées, et passages dynamiques et lumineux, le plus souvent au sein du même morceau, constitue la dynamique principale sous-tendant l'ensemble de l'album. «Noventa Y Nueve», illustre parfaitement cette dualité : de l'introduction pétaradante (avec un Moog sautillant en première ligne à la «Incommunicado») au déchirant solo de guitare conclusif, les changements de ton sont nombreux, appuyés par des transitions soignées. Avec en prime un chant émouvant et de belles envolées de claviers, on tient certainement là le sommet de l'album.
Si le groupe montre qu'il peut muscler le ton à l'occasion, comme sur la partie centrale du morceau titre qui frise le hard-prog, c'est certainement de l'autre côté du spectre sonore qu'il se montre le plus séduisant. Vera-Pinto et ses collègues sont indéniablement doués pour la mise en place d'ambiances claires obscures, toujours prenantes malgré un côté parfois quasi-contemplatif. Dans ce registre, citons le lent «Nocturno Urbano», à l'atmosphère pluvieuse (bruitages à l'appui) et pesante, traversée de fulgurances guitaristiques (encore et toujours...), aboutissant sur un final libérateur majestueux.
Deux mots sur le reste du groupe, qu'on aurait tort d'oublier : les claviers assurent naturellement l'assise symphonique des morceaux, tout en s'octroyant quelques échappées solistes marquées du sceau du bon goût bien que souvent typées «néo». La section rythmique ne fait certes preuve d'aucun génie particulier, mais demeure parfaitement en place, et remplit donc son rôle premier à la perfection. Notons enfin que les quatre musiciens sont admirablement servis par une superbe production, claire et dénuée d'effets superflus.
Voila donc un album qui réussit à emporter l'adhésion dans un registre pourtant ultra balisé, grâce à la constance de son inspiration et la cohérence de son propos. Un disque qui respire l'honnêteté, et arrive à susciter l'émotion sans forcer, même s'il est évident qu'il n'explore pas de nouveaux territoires musicaux... Il faudra certes un peu plus à Astralis pour réellement tirer son épingle du jeu, mais gageons que cet essai prometteur sera transformé, dans un avenir que l'on espère pas trop lointain...
Clément CURAUDEAU
(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)

