BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Live At Coronet pochette

PISTES :

1. Wataridori
2. Distance
3. Global Network
4. Temters Of Providence
5. Piano Solo - Yuki Mau
6. Guitar Solo
7. Bird Eyes View
8. Adolescencia
9. Waterfall
10. Rogus
11. Benikoh
12. Tune For Recorder
13. Marching Grass On The Hill
14. Ryu-Hyo
15. Kageroh

FORMATION :

Yoh Ohyama

(guitare)

Yoshihiro Kawagoe

(piano)

Kaori Tsutsui

(clarinette)

Miki Fujimoto

(violon)

ASTURIAS

"Live At Coronet" (DVD)

Japon - 2006

Autoprod. - 74mn

 

 

A l'occasion de sa venue en Europe pour quelques concerts dans sa formation acoustique actuelle, le groupe japonais proposait à la vente un DVD «fabrication maison» (comprenez qu'il s'agit d'un pressage sur DVD-R). Une très rare occasion de découvrir en images un groupe japonais issu du milieu progressif, même si la musique jouée ici est plus classisante que rock !

Pour ceux qui ne les connaîtraient pas, Asturias, mené par le guitariste et compositeur Yoh Ohyama, a produit trois albums électriques entre 1988 et 1993 (Circle In The Forest, Brilliant Streams, Cryptogam Illusion, ce dernier assurant déjà une transition entre électricité rock et acoustique classisante), fortement inspirés par les travaux de Mike Oldfield (surtout pour les deux premiers en fait). Puis le groupe a disparu de la circulation pendant plus de dix ans, avant de resurgir en 2004 avec un mini-album entièrement acoustique, Bird-Eyes View, qui reprenait trois titres de leur répertoire, totalement réarrangés, plus deux pièces inédites. Et alors qu'un album rock et électrique était pressenti, il semblerait que la prochaine parution du groupe soit de nouveau une œuvre acoustique (c'est Yoh Ohyama qui l'a annoncé - prévue pour la fin de l'année). En attendant, les amateurs et les curieux pourront s'attarder sur ce DVD inattendu. Si l'objet est autoproduit et de fabrication artisanale (ce qui fragilise le support et engendre quelques pixellisations et scratchs sonores intempestifs), le concert, enregistré le 14 août 2005 a Okazaki, est filmé de manière professionnelle, dans un auditorium dénué de tout décor et sans artifice de lumière. Il y a bien quelques zooms un brin saccadés lors des plans élargis, mais le montage, les plans variés sur les musiciens, ainsi que le déplacement d'une des caméras en façade de la scène rend particulièrement agréable le visionnage. Au niveau technique, le son est en stéréo et l'image est au format 4:3. L'habillage est réduit à sa plus simple expression, tant pour l'objet lui-même (une jaquette avec photo de scène et titres des morceaux), que dans le contenu (pas de menu mais le concert est chapitré, rendant chaque morceau accessible individuellement - aucun bonus). Le public est religieusement attentif et discret, ce qui contraste avec l'accueil reçu par le groupe lors du festival ProgSud ! Mais il faut bien avouer que les musiciens sont peu expansifs, totalement concentrés sur leurs instrument et partitions. On est dans un univers bien éloigné du rock, même progressif... Si émotion il doit y avoir, elle ne peut venir que de la musique, pas des musiciens ! Quinze pièces sont interprétées : les cinq du mini-album (lui-même reprenant trois morceaux des anciens albums), une autre de Cryptogam Illusion, deux courts solos de piano et guitare ainsi qu'une petite récréation pour flûte à bec (accompagnée du violon et de la guitare), enfin six morceaux inédits complètent le programme. On reconnaît bien le style de composition de Ohyama, avec ses séquences de piano sautillantes, ses belles mélodies, son ton enjoué et presque festif. Certains morceaux rompent heureusement cette tendance, comme le doux «Benikoh» ou le magnifique «Ryu-Hyo» (extrait de Circle In The Forest). L'Interprétation est de grande qualité, avec la guitare le plus souvent en accompagnement, comme le piano, laissant les charmantes violoniste et clarinettiste développer les parties solistes. Evidemment, il y a une dimension «humaine» qui manque un peu à la longue, tant la sobriété de mise contraste avec ce qu'on a plutôt l'habitude de traiter par ailleurs. C'est sans doute la limite de ce DVD, dont la durée est heureusement adaptée, l'ennui pouvant s'installer...

Voici en tout cas un DVD inhabituel et inattendu qui intéressera autant les amateurs de raretés nippones que ceux de belle musique à coloration classique. En rêvant un jour a un retour au rock et a l'électricité pour Asturias.

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°62 - Été 2006)