BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Pray For Rain pochette

PISTES :

1. Pray For Rain (13:09)
2. Magnificent Desolation (4:22)
3. Lelune (5:07)
4. Again (1:49)
5. The One (6:30)
6. Hills Of Time (5:46)
7. Secret Realm (4:30)
8. Oceans To Cross (4:18)
9. Forest Cathedral (10:38)

FORMATION :

David Bodnar

(chant)

Ken Jaquess

(basse)

Karl Johnson

(guitare)

Hank Wicke

(batterie)

Tekhnobudd X

(claviers)

INVITÉS

Bob Craft
(batterie [3,4,7,8])

Allan Holdsworth
(solo de guitare [8])

ATLANTIS

"Pray For Rain"

États-Unis - 2003

Progrock Records - 56:09

 

 

La persévérance reste aujourd'hui pour bon nombre de «petites» formations une qualité indispensable pour arriver à se faire entendre au milieu de la pléthore de sorties progressives, comme le prouve ici Atlantis. Car après un album éponyme sorti en 1997 et passé totalement inaperçu, le groupe, à la base un trio composé de Ken Jacquess (basse/chant), Technobudd - de son vrai nom Jorge Vasquez - (claviers) et Matt Hedrick (batterie), ne s'est pas découragé et s'est adjoint les services d'un guitariste et d'un chanteur à plein temps, tout en changeant de batteur, bien qu'un remplaçant définitif n'ait semble-t-il pas encore été fixé, puisque deux musiciens officient à ce poste sur Pray For Rain.

Une formation qui nous propose donc aujourd'hui un album de néo-progressif symphonique enthousiasmant, à défaut d'être vraiment original. On pensera ainsi au fil des écoutes à d'autres groupes américains comme Iluvatar ou les Rocket Scientists, mais aussi à certains ténors anglais, tels que Jadis ou IQ (c'est assez évident pour ce dernier sur un morceau comme «Lelune»), sans que toutes ces références ne viennent pour autant gâcher l'écoute. Les claviers de Technobudd sont souvent à la base des morceaux, avec d'amples textures orchestrales (qui savent pour autant ne pas se faire envahissantes) mais aussi des parties de synthé plus typiquement néo-prog. Le guitariste Karl Johnson est cependant bien présent, passant des envolées lyriques aux riffs rageurs avec une égale réussite. La section rythmique offre un soutien impeccable, avec une basse bien ronde qui évoque Chris Squire et une batterie très efficace, même s'il n'est pas vraiment évident de différencier les parties respectives des deux batteurs présents. Quand au chant de David Bodnar, il s'avère tout à fait convaincant, offrant une prestation homogène et équilibrée, évoquant parfois un Damian Wilson (dans un registre plus grave).

La construction de l'album est assez particulière, les deux plus longs morceaux (13 et 10 minutes) encadrant les sept restants, aux durées plus réduites (5 minutes en moyenne). Un schéma qui se révèle somme toute logique au vu de la qualité de ces deux pièces plus ambitieuses, en particulier ce «Cathedral Forest» qui conclut les débats en beauté, avec ses longues parties instrumentales (le chant est minoritaire et confiné au milieu du morceau) et son final grandiose. Les 13 minutes du morceau-titre introductif, bien que peut-être moins mémorables dans l'absolu (la faute à certaines transitions un peu ratées), offrent tout de même une belle variété d'ambiances, les parties acoustiques et atmosphériques, accompagnées de bruitages évocateurs (pluie, tonnerre, ...), contrastant avec la puissance des séquences plus dynamiques, parmi lesquelles figure notamment un excellent duo clavier/guitare en fin de parcours. Pour le reste, on a droit à des morceaux plus rock, relativement simples («Magnificent Desolation», «The One»), une sorte de ballade, «Hills Of Time», quasi 'Beattlesienne' dans ses accords de piano et ses chœurs aériens, ainsi qu'un intense, bien que trop court (moins de 2 minutes), instrumental rempli de cassures de rythmes, le dénommé «Again». «Oceans To Cross» quand à lui possède la particularité d'accueillir un invité des plus prestigieux, à savoir Allan Holdsworth, le temps d'un solo de guitare jazz-rock dont il a le secret. Le seul morceau vraiment dispensable finalement est ce «Secret Realm», un poil trop répétitif au vu de la faiblesse de ses mélodies.

En fin de compte, le constat est donc plus que positif : Atlantis ne possède certes pas (encore ?) une folle personnalité et son propos ne révolutionnera pas le monde progressif, mais avec ce Pray For Rain, il présente une œuvre à l'inspiration quasi-constante et suffisamment variée pour ne pas lasser l'auditeur sur sa longueur. Avec une mise en son tout à fait correcte, on a donc là un bel album de néo-progressif, dont on espère seulement que son successeur ne se fera pas trop attendre...

Clément CURAUDEAU

(chronique parue dans Big Bang n°55 - Octobre 2004)