
PISTES :
1. Chanting Waves (2:17)
2. Over The Waters (7:29)
3. Veil Of Gossamer (4:56)
4. The Seen And The Unseen (2:17)
5. The Everlasting Hills (19:47) :
Part 1 (5:37) - Part 2 (2:34) - Part 3 (3:55) - Part 4 (2:54) - Part 5 (4:47)
6. Seahouses (3:06)
7. Until The Tide Turns (4:30)
8. The Homeward Race (5:26)
9. Star-Filled Skies (14:49):
Part 1 (3:40) - Part 2 (2:40) - Part 3 (3:47) - Part 4 (4:42)
FORMATION :
Dave Bainbridge
(guitares électriques et acoustiques, piano, claviers, bouzouki, mandoline, harpe, balafon, percussions)
Joanne Hogg
(chant)
Rachel Jones
(chant)
Mae McKenna
(chant)
Chris Hale
(chant)
Troy Donockley
(cornemuse, flageolets)
Frank van Essen
(batterie)
Tim Harries
(basse)
Pete Fairclough
(gongs, cymbales, carillons)
Peter Whitfield
(violons)
William Scofield
(violoncelle)
Nick Beggs
(basse)
DAVE BAINBRIDGE
"Veil Of Gossamer"
Royaume-Uni - 2004
Open Sky - 64:29
Après son partenaire de Iona, Troy Donockley, c'est au tour de Dave Bainbridge de se lancer dans une aventure en solitaire. Démontrant combien ses aptitudes de multi-instrumentiste n'ont d'égales que son talent de compositeur, le guitariste du groupe anglo-irlandais nous offre avec Veil of Gossamer (littéralement, «Voile tissé de fils de la Vierge») une merveille de progressif celtique et symphonique. On y retrouve tout ce qui rend les albums de Iona si attachants (alternances d'envolées lyriques et de moments intimistes, influences celtiques discrètes, mais prégnantes, virtuosité instrumentale de tous les instants, le tout imprégné d'une grande spiritualité...), mais les développements instrumentaux y sont plus nombreux, le chant revêtant le plus souvent la forme de vocalises.
Au départ, Dave Bainbridge - qui joue ici de... 15 instruments, des guitares et claviers au bouzouki, en passant par la harpe, la mandoline et le «balafon» - souhaitait réaliser un album solo à part entière, à la Mike Oldfield, mais pour élargir sa palette, il a finalement fait appel à une douzaine de musiciens additionnels, dont quatre membres (actuels ou passés) de Iona : T. Donockley (cornemuses), Frank Van Essen (batterie et violon), Nick Beggs (basse), et bien sûr, Joanne Hogg, au chant, épaulée ici par Rachel Jones (ex-Karnataka) et la chanteuse irlandaise Mae McKenna - trois voix féminines qui donnent un aperçu de ce que pourrait être le chœur des anges du Paradis...
Un peu à la manière de Neal Morse avec Testimony (mais peut-être avec plus de retenue), Dave Bainbridge propose ici un concept-album où il ne fait pas mystère de ses convictions chrétiennes, mais que l'auditeur agnostique se rassure, il n'y trouvera ni prosélytisme, ni prêchi-prêcha. Après l'avoir emmené au ciel, Dave Bainbridge le ramènera sur Terre sans rien lui demander de plus. Veil of Gossamer, explique son auteur, «explore le voile ténu qui sépare cette vie de la suivante, et les interconnexions entre les royaumes céleste et terrestre.» L'une des principales pièces, l'epic «Star-Filled Skies», est fondée sur un épisode de la vie du saint irlandais Cuthbert (7è siècle de notre ère), qui vit, alors qu'il n'était qu'un jeune berger gardant les moutons par une nuit étoilée sur les côtes de Northumbrie, dans le Nord-Ouest de l'Angleterre, une aurore boréale s'élever au-dessus de l'île de Lindisfarne; il devait apprendre le lendemain qu'exactement au même moment, l'âme du prieur du monastère de Bamburgh, sur l'île, le futur St Aidan, avait quitté ce monde.
Concept-album, Veil of Gossamer l'est aussi par sa structure musicale subtilement agencée. Il commence et se termine comme Harbour of Tears de Camel par une complainte en gaélique chantée par la même Mae McKenna, dont le thème reviendra par la suite, non pas comme un fil de la Vierge, mais comme un fil d'Ariane, tout au long de l'opus. Mais là où le «Port des Larmes» s'engluait vite dans une certaine monotonie, Veil of Gossamer fait feu de tout bois, déployant une gamme de coloris extrêmement variée. Pièces acoustiques («The Seen and The Unseen» et «Seahouses») alternant avec morceaux progressifs rapides regorgeant d'énergie («Over the Waters» et «The Homeward Race», avec leurs soli de guitare latimériens, soutenus par le jeu de batterie prodigieux de F. van Essen) servent d'écrin à deux suites en 5 et 4 mouvements respectivement, «The Everlasting Hills», et «Star-Filled Skies», déjà mentionné. L'auditeur ne sait parfois plus où donner de la tête, tant la texture musicale est riche, et tant les changements de tempo et d'atmosphères sont nombreux et surprenants.
«The Everlasting Hills» est à ce titre emblématique de tout l'album. Un long solo introductif d'un lyrisme déchirant laisse place à une mélodie chantée - à nouveau - en gaélique par Mae McKenna. Un dialogue entre guitare acoustique, violoncelle et percussions, sur fond de vocalises éthérées, s'achève par une flamboyante envolée à l'orgue d'église renvoyant à «Awaken» de Yes. Puis un solo de piano impressionniste (car Dave Bainbridge excelle autant aux claviers qu'à la guitare !) débouche sur une conclusion triomphale au rythme effréné. Achevant le morceau, des nappes de claviers atmosphériques vous laissent perdus sur la lande de Northumbrie...
Deux morceaux, pour finir, occupent une place un peu à part : d'abord le morceau-titre, sorte de pièce de musique de chambre pastorale gagnant en intensité, et en électricité, au fil des minutes; et «Until the Tide Turns», autre joyau progressif, avec sa montée en puissance finale, unique morceau chanté de bout en bout et en anglais (par J. Hogg), qui aurait eu parfaitement sa place dans le prochain album de Iona. En attendant la parution de ce dernier, que l'on espère aussi capiteux et magique, Veil of Gossamer vous fera idéalement patienter.
Philippe BABO
(chronique parue dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)

