
PISTES :
1. La Discesa Nel Cervello (5:10)
2. Tastiere Interiche (5:03)
3. Marcia In Sol Minore (1:01)
4. Donna Vittoria (4:53)
5. Optical Surf Beat (1:05)
6. Introduzione (10:52)
7. Primo Incontro (6:40)
8. Secondo Incontro (8:16)
9. Terzo Incontro / Epilogo (9:28)
10. Technoage (4:53)
11. Love In The Kitchen (3:42)
12. Hidden Track (1:45)
FORMATION :
Romolo Amichi
(basse)
Gianni Leone
(chant, claviers)
Ugo Vantini
(batterie)
IL BALLETTO DI BRONZO
"Trys"
Italie - 1999
Mellow Records - 71:32
Fans des 2 Be 3, méfiez-vous ! Ce disque peut rayer l'émail de vos dents si blanches... En revanche, fans du ELP le plus martial, préparez-vous au retour des guerriers de bronze après une trop longue absence. En effet, vingt-cinq ans après leur heure de gloire, Balletto Di Bronzo nous prouve qu'ils ont encore quelque chose à dire et qu'en eux brûle toujours ce feu sacré dont les résidus de sa combustion donnent de tranchants et dangereux cristaux.
Enregistrée en 1996, au festival de rock progressif de Rome, Trys nous permet de retrouver, entre autres choses, les pièces les plus marquantes de leur grand classique Ys, dont l'incandescence survoltée doit énormément à... Tarkus (paru un an avant - faites le calcul !), cette pierre précieuse intemporelle qui brille pour toujours d'une lueur claire dans notre paysage musical. Balletto Di Bronzo, en exaltant l'énergie du trio anglais et en en dévoilant sa violence, apparaissait alors comme un de ses plus brillant émule. Nous découvrions une musique préférant les contours arrêtés aux formes souples et molles. Une musique difficile qui ne se donne pas facilement, qui ne se présente pas à vous dans tout le charme de sa beauté mais qu'il faut conquérir par le combat pour mieux la dominer. Le son 'live' de Trys fait davantage ressortir, s'affirmer, ce caractère mâle, cette puissance de lutteur au prise avec des forces vives.
Le premier extrait de ce célèbre Ys est naturellement l'emphatique «Introduzione». Une vague sonore projetée dans les airs par la puissance de toutes les notes réunies, emportée finalement dans la tempête des orgues. Puis l'âpre «Primo Incontro», une déflagration abrasive, près de l'os, emmené par des claviers despotiques à la nervosité particulièrement communicative. Ensuite, l'agressif «Seconde Incontro», rugueux à la limite de la dissonance, amplifié par la brutalité d'une prise de son 'live', ne recule pas devant l'alliage de synthés ambiance indus avec une musique dodécaphonique martelée violemment au piano. C'est sensé évoquer l'obsession et le délire de la persécution. Nous lasse un peu sur la longueur si on n'y prend garde. Enfin, «Tertio Incontro», le dernier extrait de Ys, une pulsation sourde, tendue par un piano free-jazz, qui fait battre les artères. C'est là qu'apparaissent de diffuses affinités musicales avec le KC de In the Wake of Poseidon ou de Lizard.
Ceux qui connaissent déjà Ys trouveront pour motivation d'achat deux excellents morceaux issus des albums solo du claviériste Gianni Leone, leader et seul rescapé du groupe d'origine; et aux complètement inédits mais négligeables «Marcia in Sol» ou «Technoage», on préférera le partiellement inédit «Love in the Kitchen», superbe chanson au romantisme solennel, éditée en CD promo lors d'un forum culturel en 1997, ou encore «Dona Vittoria», troublante chevauchée maléfique, ultime single légué par le groupe en 1973 en cadeau d'adieu après sa séparation.
Ceux qui n'ont jamais écouté Balletto Di Bronzo n'auront pas besoin d'être poussé bien fort pour sombrer corps et âme dans cet abime... à condition que leurs préférences penchent davantage vers le Tarkus d'ELP que vers le 'best-of' d'Hervé Vilard.
La musique célébrée dans Trys, caractérisée par la netteté, l'éclat et l'intensité des impressions qu'elles déclenche ne peut puiser sa force que dans des thèmes violents comme la domination ou la folie, et non dans de tièdes crépuscules qui génèrent de troublantes mélancolies poétiques. Une telle musique n'incline pas à la rêverie, n'évoque pas la douceur du jour. En cela, on peut dire qu'elle n'est pas lyrique, elle semble même se défendre, se raidir contre les atteintes du lyrisme. C'est suffisamment rare dans le rock prog italien pour susciter le plus grand intérêt.
Alain SUCCA
(chronique parue dans Big Bang n°32 - Octobre 1999)

