BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

CD 1 :

1. A Love Story (12:47)
2. Sun Is The Devil (2:08)
3. Mudhill (5:39)
4. The Gooberville Ballroom Dancer (6:57)
5. Igloo On Two (6:31)
6. Tall Tales (9:25)
7. The Basic Blues (5:18)
8. The Summit (7:10)

CD 2 :

1. The Sane Day (6:06)
2. Blue Moon (4:37)
3. Do You Remember Fun Mom (1:25)
4. Return To Mudhill (4:46)
5. Waiting Room (4:37)
6. Mystique Of The Beauty Queen (7:02)
7. Love Revisited (2:50)
8. Ask Someone Who Knows (7:54)
9. Now (6:38)
10. The Reason Of Constructing And Or Building A Pyramid (9:32)

FORMATION :

Rikard Sjöblom

(chant, guitare [piste de gauche], claviers, synthétiseurs, percussions)

David Zackrisson

(guitare [piste de droite], synthétiseurs, chant)

Robert Hansen

(basse, guitare, chant)

Magnus Östgren

(batterie)

INVITÉS

Rasmus Diamant
(flûte [CD1 - 2])

Christer Jäderlund
(chant [CD2 - 10])

Lisa Marklund
(chant [CD2 - 10])

BEARDFISH

"The Sane Day"

Suède - 2005

Autoprod. - 56:15/55:54

 

 

Qui a déjà entendu parler de Beardfish ? A coup sûr pas grand monde. Pourtant ce groupe suédois existe depuis 2000 et a même publié un premier album en 2003, Fran En Plats Du Ej Kan Se, passé il est vrai totalement inaperçu. Les choses devraient changer (on est en droit de l'espérer) avec la parution de The Sane Day, œuvre pour le moins ambitieuse.

Pour commencer, il s'agit d'un double album dont la durée atteint presque 2 heures. On sait à quel point ce genre d'exercice est périlleux et ne donne pas droit à l'erreur. Il se doit d'être inspiré d'un bout à l'autre (ou presque, allez, ne soyons pas trop exigeants) afin de trouver grâce aux yeux du mélomane. Ce dernier, fort de ses expériences passées (dans la majorité des cas il est arrivé à la conclusion que deux disques réduits à un seul aurait sans doute accru sa satisfaction) et ne souhaitant pas forcément investir plus que de raison, qui plus est dans une production signée par un inconnu, compte sur les critiques pour orienter son choix. Tâche, ô combien délicate, qui nous incombe. Et d'autant plus délicate que Beardfish a décidé, mais c'est finalement tout à son honneur, de nous la compliquer.

Il est en effet très difficile de décrire la teneur musicale de The Sane Day tant la variété de styles est grande et la palette d'influences large. De nombreux noms viennent à l'esprit sans qu'aucun ne constitue une évidence. C'est là tout le talent de ces jeunes Suédois qui ont su concevoir une œuvre originale et personnelle. Zappa, Led Zeppelin, Deep Purple, King Crimson, Gentle Giant, Camel, Focus, Genesis, Soft Machine, Trettioariga Kriget, Flasket Brinner... On pourrait en citer d'autres, cela ne donnerait qu'une vague idée de la diversité et de la particularité de ce qui vient titiller nos tympans. Si l'inspiration est avant tout seventies, les compositions ne sont pas figées dans le passé et s'imprègnent de l'air du temps. Les instruments utilisés ont les sonorités chaleureuses d'antan mais l'interprétation et la production, impeccables, donnent un résultat frais et inédit.

Le choix du double album se justifie de part le fait que les musiciens n'ont pu se mettre d'accord sur les compositions à retenir et se sont donc retrouvés avec beaucoup plus de matériau qu'il est possible d'en graver sur un simple CD. Et là, pas de label aux desseins mercantiles pour imposer sa loi. L'art avant toute chose. Ambitieux sur la forme, The Sane Day l'est encore plus sur le fond tant il s'avère difficile à appréhender et à assimiler de par sa richesse et ses incessantes métamorphoses. Tour à tour symphonique, rock, pop, heavy, psyché ou jazzy, il n'est pourtant pas décousu ni incohérent. Il arbore une unité sonore caractérisée par une guitare électrique, un orgue Hammond, un piano, des synthés et un chant théâtral. Ce dernier, globalement satisfaisant, trouve malheureusement ses limites dans le registre des aigus où il devient forcé et n'évite pas un certain maniérisme. De là à dire que l'album aurait été réjouissant, et pas seulement plaisant, en ne contenant que 60 minutes instrumentales...

Bref, Beardfish, s'il ne réalise pas le sans faute, surprend par sa capacité créatrice et son adaptabilité, parvenant à un bel équilibre entre accessibilité et audace. Ce poisson à barbe aux saveurs multiples n'est assurément pas barbant.

Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)