BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Side One pochette

PISTES :

1. Ampersand (4:23)
2. Writing On The Wall (3:53)
3. Matchless Man (2:32)
4. Madness (6:54)
5. Walk Around The World (4:58)
6. Beat Box Guitar (5:08)
7. Under The Radar (1:39)
8. Elephants (2:15)
9. Pause (1:20)

FORMATION :

Adrian Belew

(chant, guitare, divers instruments)

INVITÉS

Danny Carey
(batterie, tabla)

Les Claypool
(basse)

Peter Hyrka
(violon)

Gary Lee Tussing
(violoncelle)

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Side Two pochette

PISTES :

1. Dead Dog On Asphalt (4:05)
2. I Wish I Knew (3:19)
3. Face To Face (3:03)
4. Asleep (5:23)
5. Sex Nerve (3:06)
6. Then What (3:02)
7. Quicksand (3:19)
8. I Know Now (1:26)
9. Happiness (1:53)
10. Sunlight (4:32)

FORMATION :

Adrian Belew

(chant, guitare, divers instruments)

INVITÉS

Erick Cole
(guitare acoustique, theremin)

Gary Tussing
(violoncelle)

Peter Hyrka
(violon)

Leah Belew
(chuchotements)

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Side Three pochette

PISTES :

1. Troubles (3:13)
2. Incompetence Difference (5:01)
3. Water Turns To Wine (3:46)
4. Crunk (1:17)
5. Drive (3:27)
6. Cinemusic (1:37)
7. Whatever (3:17)
8. Men In Helicopters v4.0 (3:07)
9. Beat Box Car (4:30)
10. Truth Is (1:34)
11. The Red Bell Rides A Boomerang Across The Blue Constellation (4:34)
12. & (3:17)

FORMATION :

Adrian Belew

(chant, guitare, divers instruments)

INVITÉS

Les Claypool
(basse [7,8])

Danny Carey
(batterie [7,8])

Robert Fripp
(guitare [3])

Mel Collins
(saxophone [9], flûte [10])

The Prophet Omega
(voix [1])

Martha Belew
(message téléphonique [2])

ADRIAN BELEW

"Side One"

États-Unis - 2004 - Sanctuary - 33:06

"Side Two"

2005 - Sanctuary - 33:12

"Side Three"

2006 - Sanctuary - 38:45

 

 

Après la parution de l'excellent The Power to Believe, la tournée qui suivit puis le changement de line-up au sein de King Crimson avec le remplacement de Trey Gunn par Tony Levin, Adrian Belew s'était lancé dans une entreprise en solo ambitieuse : sortir trois disques distincts, chacun avec une personnalité propre. Nous laisserons à une éventuelle rétrospective future la carrière de cet artiste impressionnant, passé par David Bowie, Frank Zappa et Talking Heads avant de s'identifier au destin du groupe de Robert Fripp depuis bientôt trente ans. Dans le cadre de ce petit article, le premier dans Big Bang sur le versant solo d'Adrian Belew (auteur de quatorze albums solo avant 2004 !), nous nous contenterons de répondre à la problématique suivante : avec ces trois derniers opus, a-t-il réussi à exprimer une personnalité propre, ou est-il désormais tellement imprégné de l'univers du roi cramoisi qu'il n'en propose qu'une nouvelle déclinaison ?

Bien qu'expérience solo, la réalisation de ces Sides a entraîné la collaboration de divers musiciens. Les deux plus surprenants et talentueux sont certainement le bassiste de Primus, Les Claypool, et le batteur de Tool, Danny Carey, une section rythmique qui égale tout à fait celle de King Crimson; ces deux invités ne sont toutefois présents que sur cinq des trente et un titres totaux. Les autres participants font des incursions généralement plus brèves, et parmi eux, on trouve Robert Fripp, Mel Collins, ou la narration de Ian Wallace, ancien batteur de King Crimson récemment décédé... Pour le reste, Adrian Belew assume une large palette instrumentale, mais également picturale, puisque pochettes et livrets sont tirés de ses propres peintures. Notons toutefois qu'au vu de la durée limitée de chacun des trois disques, il aurait sans doute été plus judicieux (et économique pour l'acheteur !) de réunir l'ensemble en un double album. Mais ce n'est finalement qu'un détail, dans la mesure où le contenu est pleinement réjouissant.

Plutôt que de vous décrire chacun leur tour les trois volets, nous allons privilégier une lecture transversale, car en dépit de dominantes différentes, il existe des fils conducteurs bien marqués entre eux. Certes, Side One est plus rock, Side Two davantage porté sur l'électro et l'acoustique, tandis que Side Three se révèle être plus éclectique, mêlant chutes des deux précédents, et même échos sonores parfois très marqués. Mais l'ombre de King Crimson fait plus que planer sur cette trilogie, elle imprègne profondément bon nombre de ses morceaux. Les chansons, d'abord, en dehors d'un chant désormais très connoté, possèdent une rythmique et une atmosphère sautillantes, entraînantes et denses, à l'image de l'irrésistible enchaînement "Ampersand"/"Writing on the Wall". "Walk Around the World" reprend d'ailleurs directement les fameuses harmonies de guitare inaugurées sur Discipline, tandis que le plaisant "Incompetence Indifference" voit se succéder des jeux sur les voix proches de ceux d'un "Prozakc Blues"; le plus contrasté "Asleep" se rattache également à cette mouvance, avec sa guitare en roue libre et ses quelques arrangements de violon. Même certaines ballades évoquent furieusement celles d'un Beat ou d'un Thrak, en particulier "Matchless Man", avec ses volutes de basse et de guitare. La guitare électrique, justement, est le fil rouge des trois albums : on savait Adrian Belew excellent guitariste, on l'entend ici en véritable maître de l'instrument, successivement et simultanément strident, lancinant, oppressant, dissonant, frissonnant, séduisant, écrasant, pénétrant, dérangeant, envahissant, pesant, délirant, tendu, à travers des soli extrêmement nombreux. C'est toujours ce même instrument qui domine les instrumentaux les plus magnétiques ("Dead Dog on Asphalt" en faisant également partie, malgré ses quelques mots chantés), parfois jusqu'à la saturation : "Madness" n'est ainsi qu'un long solo de près de sept minutes, où la seule variation notable réside dans le tempo et la venue d'un violon pour le dernier tiers, qui réveille les mânes d'un Red...

Mais des compositions font preuve de plus d'originalité, prouvant qu'Adrian Belew, bien que s'étant totalement immergé dans l'univers musical d'un groupe dont il est désormais consubstantiel, est capable de surprendre encore. "Beat Box Guitar" (avec son pendant "Beat Box Car", magnifié par un solo de saxophone signé Mel Collins) et son thème répétitif distille ainsi quelques effluves assez rétro, à la fois jazzy et rock'n roll des années 50; le titre fut d'ailleurs nominé aux Grammy Awards. On retrouve une rythmique jazzy sur "Troubles", où la narration alterne avec une guitare contorsionniste, tandis que "Sunlight", planant, possède une dimension estivale et légère. Quant au doux "Drive", musicalement, on peut déceler une certaine proximité avec les albums les plus récents et modernes de Jeff Beck. "Men in Helicopter v4.0", par contre, est une chanson dans la lignée des Beatles, avec quelques arrangements de cordes. Toujours dans ce format chanson, "I Wish I Knew" ne convainc pas totalement, les effluves acoustiques étant accompagnés par des boucles rythmiques trop redondantes. Dans le genre, "Face to Face" et ses accents légèrement orientaux ou le "lynchien" "Sex Nerve" sont plus séduisants, tout comme "Quicksand", à la guitare dentelée, avec en arrière plan ce qui ressemble fort aux frippertronics.

Plusieurs courts morceaux de deux minutes ou moins, en moyenne, parsèment également les trois opus (environ trois chacun), brèves complaintes acoustiques à arrière-plan troublant, petites comptines légèrement inquiétantes ou instrumentaux étranges à la limite du bruitisme. On pourrait d'ailleurs y rattacher l'ennuyeux "The Red Bull Rides a Boomerang Across the Blue Constellation" (sic !), succession de sonorités répétitives qui sont tout sauf captivantes. Au final, de cet ensemble qui témoigne de l'incontestable talent d'Adrian Belew, on conseillera surtout Side One et Side Two, le troisième se révélant trop inégal et avec une inspiration en retrait. 

Jean-Guillaume LANUQUE

(chroniques et entretien parus dans Big Bang n°65 - Avril 2007)