
PISTES :
1. What Is Love (7:38)
2. Needles In My Brain (5:20)
3. Liar (6:56)
4. Pain (5:13)
5. Seven Days (6:07)
6. Coming Down (6:04)
7. Don't Tell Me (5:29)
8. Hope To See Another Day (11:55)
FORMATION :
Mirek Gil
(guitares)
Tomek Rozycki
(chant, guitare)
Adam Milosz
(claviers)
Przemek Zawadzki
(basse)
Vlodi Tafel
(batterie)
Satomi
(violon)
Robert Sieradzki
(paroles, chant)
BELIEVE
"Hope To See Another Day"
Pologne - 2006
Galileo - 55:12
Bien que sa production solitaire ne soit guère pléthorique, la plupart des lecteurs de Big Bang connaissent sans doute déjà le guitariste Mirek Gil, ne serait-ce que parce qu’il fut, aux côtés du batteur Wojtek Szadowski (actuellement maître d’œuvre du projet Satellite), l’un des principaux instigateurs du groupe polonais Collage. Auteur en 1998 d’un album solo de très bonne facture intitulé Alone, sous le nom de Mr Gil, en collaboration avec le chanteur Olaf Lapcynski et quelques transfuges de Collage, Mirek Gil n’avait depuis guère donné de ses nouvelles (si l’on excepte son très confidentiel projet baptisé Ananke, démarré en 2000 avec la chanteuse polonaise Gosia, et apparenté à une sorte de variété de luxe, à en juger aux extraits disponibles sur son site web). Avec une telle discrétion, tout autre artiste serait depuis longtemps tombé aux oubliettes, mais c’est sans compter sur l’aura et le formidable capital de sympathie dont jouit encore Collage, renforcés par le succès d’estime rencontré ces dernières années par Satellite (groupe auquel Mirek Gil est venu prêter main forte sur son remarqué premier opus, A Street Between Sunrise And Sunset, en 2003, et dont on retrouve le bassiste, Przemek Zawadzki, sur le présent album – une petite famille encore assez soudée, en somme).
Tout cela pour dire que nous avons eu raison de rester vigilant, car Hope To See Another Day s’avère une excellente surprise, qui vient par la même occasion enrichir d’un sérieux poulain le déjà renommé catalogue de Galileo. Accompagné, sous le nouveau patronyme de Believe, par un petit comité d’instrumentistes, dont une violoniste conférant aux compositions une couleur mélancolique toute particulière, du chanteur Tomek Rozycki, ainsi que d’un parolier anglophone a priori compétent (Robert Sieradzki), Mirek Gil nous offre une très brillante suite au bien nommé Alone, dans une veine relativement approchante, mais marquée par une évolution notable en terme de sonorités. En effet, là où Mr Gil nous proposait une agréable collection de chansons néo-progressives aux atours un brin contemplatifs, Believe pimente son propos grâce à un accompagnement de guitare nettement plus mordant, lorgnant, sans jamais non plus franchir carrément la limite du genre, vers une sorte de prog-metal atmosphérique hautement mélodique.
Pour faire un parallèle avec des références connues, Hope To See Another Day s’apparente en quelque sorte à un mélange entre Collage (pour les effluves néo-progressives encore perceptibles) et Riverside, avec un accent particulier porté sur l’accessibilité, au détriment il est vrai de développements instrumentaux réellement conséquents. Hormis quelques soli de guitare aériens, sans fioritures particulières mais dégageant une émotion immédiate, les compositions semblent flotter langoureusement, étayées par une constante profondeur harmonique et un climat éthéré propice à la nostalgie. Leur durée même, oscillant en moyenne entre 5 et 7 minutes, est assez révélatrice de l’ambition du projet : proposer d’envoûtantes prog-songs, franches et directes, plutôt sages dans l’ensemble, mais d’une imparable efficacité mélodique. Seul le titre éponyme, d’une durée de 12 minutes, tranche par une nette progression avec division en sous-parties, ce qui n’en fait pas pour autant la plus intéressante des pièces, ma préférence allant au chaloupé «What Is Love», au lancinant «Liar» ou encore à «Needles In My Brain», belle ballade triste qui fait d’ailleurs l’objet d’un single destiné au marché polonais.
Globalement, Believe dégage une plus forte personnalité que Mr Gil, d’une part parce qu’il s’inscrit un peu plus dans l’air du temps (ce côté heavy nonchalant), et d’autre part grâce à une sonorité moins typée que la plupart des groupes officiant dans un genre similaire. Les contrepoints de violon, en particulier, apportent une réelle délicatesse à ce rock languide, et une originalité suffisante pour le démarquer des clichés habituellement associés au genre. Evidemment, le propos reste simple (basique, dirons certains), puisque la division couplets/refrains n’est que rarement transcendée. Mais tout de même, du rock atmosphérique de cette qualité, on en redemande.
Olivier CRUCHAUDET
(chronique parue dans Big Bang n°62 - Été 2006)

