BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Jade (5:26)
2. Le Petit Prince (2:18)
3. Mistral (5:30)
4. Belle Du Jour (1:03)
5. Vent Du Midi (9:58)
6. Evros (9:12)
7. Firefly (12:55)
8. Piste bonus : Labyrinth (7:15)

FORMATION :

Mitsutaka Kaki

(claviers)

Taiqui Tomiie

(batterie)

Toshihiro Tanaka

(guitares)

Masahiro Torigaki

(basse)

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PISTES :

1. Delphi (7:28)
2. Fragments Of Biotope Suite-Firefly (13:54)
3. No Guarded City (6:14)
4. Overture - La Nuova Citta Di Atlantis (9:56)
5. La Villete (3:18)
6. Villa Dei Misteri (7:03)

FORMATION :

Mitsutaka Kaki

(claviers)

Taiqui Tomiie

(batterie)

Toshihiro Tanaka

(guitares, claviers, basse)

Yuji Ono

(basse)

BELLAPHON

"Firefly"

Japon - 1987 - Muséa - 54:19

"Delphi"

1982-86 - Belle Antique - 47:52

 

 

Originaire de la région de Kyoto, Bellaphon voit le jour officiellement en février 1982, date à laquelle Mitsutaka Kaki (claviers), Taiqui Tomiie (batterie), auparavant membre de l'éphémère Starless (à ne pas confondre avec l'auteur de Song Of Silence et Wish), et Toshihiro Tanaka (guitare), ex-Hazard, décident d'unir leurs compétences.

Rapidement, le groupe fait ses débuts sur scène (les bassistes vont et viennent) et enregistre en 1983 une première démo. A l'automne 1984, Bellaphon participe à une soirée progressive au Candy Hall d'Osaka en compagnie de Starless (le connu, cette fois-ci...) et Pageant. Puis en mai 1985, il donne son premier concert à Tokyo dans le cadre de la 'Progressives' Battle 1985'.

L'année suivante, un rapprochement est opéré entre Bellaphon et Ain Soph qui intègre Kaki comme second claviériste (on le retrouve effectivement sur Special Live Vol 3 - Quicksand d'Ain Soph). C'est à ce moment que Bellaphon réalise un flexi-disc, Labyrinth (dont on retrouve l'unique titre en guise de bonus sur la réédition de Firefly), sur l'obscur label Monolith.

Firefly est enregistré début 1987. Toujours sans bassiste titulaire, le trio fait appel à Masahiro Torigaki d'Ain Soph. A présent, du fait de leurs trois membres communs, c'est, le prélude à une fusion des deux groupes. Mais Tanaka ne se satisfait pas de perdre ainsi son autonomie créatrice, et déclare forfait en 1988. Bellaphon a donc vécu...

Depuis, Tanaka et Kaki (qui quitta Ain Soph en 1990) ont disparu de la circulation. Bellaphon, groupe essentiel de l'âge d'or du progressif nippon, n'aura ainsi vécu que le temps d'un album... La réédition de Firefly apparaît donc comme un événement capital de cette année 1996, événement dont on mesurera davantage la portée au fil du temps...

Firefly (1987)

Débuter la chronique de Firefly éveille de douloureux tourments. Quelle difficulté en effet que de mettre à plat les sentiments éprouvés pour ce fabuleux album... Et impossible d'éluder le problème en effectuant un dithyrambe qui s'avérerait rapidement aussi peu crédible que fondé. Expliquons-nous : l'appréhension positive ou négative du présent album résulte en fait immanquablement de la façon dont on juge a priori l'œuvre de Camel, plus exactement celle qui concerne la période 1973-1984... Tout semble ici en effet vouloir nous rappeler les fastes de la bande à Latimer, au point que certains ne manqueront pas de voir une forme d'indécence dans cette constante proximité. C'est ce constat initial qui se doit de guider notre jugement et de le rendre plus nuancé. Car, ainsi prévenus, les amateurs de rock progressif ne verront plus en Firefly un plagiat éhonté mais bel et bien une œuvre majeure du courant symphonique...

Bien que la musique (dénuée totalement de chant) soit globalement homogène, il est aisé d'identifier la personnalité des deux compositeurs qui, sur le 33 tours d'origine, s'étaient octroyé chacun une face : les cinq premiers morceaux (de 1:03 à 9:58 aux titres en français !) pour le claviériste Mitsutaka Kaki et les deux derniers (9:12 et 12:55, la dénomination est anglaise cette fois-ci) pour le guitariste Toshihiro Tanaka. L'identification ne se fait ainsi pas tant dans les duels que ne manquent pas de se livrer les deux instrumentistes (assez équitables si l'on excepte 2 courts morceaux dévoués aux seuls claviers), mais dans la couleur stylistique insufflée. Si Kaki n'hésitent pas à user de motifs 'jazzy' (ses liens avec Ain Soph expliquent peut-être cela...) pour orner ses développements symphoniques, Tanaka est à l'évidence imprégné très largement du style lyrique cher à Latimer.

La plus grande réussite de Bellaphon est d'avoir réussi à édifier des contrastes forts, que l'on retrouve tout au long des compositions. Parties enjouées et interludes sereins s'enchaînent ainsi en de délicieuses interactions avant de se clore par de sublimes et passionnées envolées. Ce schéma n'est certes pas immuable, mais caractérise assez bien la façon dont Firefly est bâti. Le but de Bellaphon semble en effet, cette démarche étant bien sûr exacerbée sur les plus longues compositions, de nourrir l'émotion de l'auditeur par paliers successifs. Et si le résultat est aussi probant, nul doute que nous le devions à une inspiration constamment renouvelée et à un souci mélodique de tous les instants.

Deux morceaux sortent du lot, car parvenant à cristalliser parfaitement la personnalité des deux compositeurs et à exprimer la quintessence de Bellaphon en tant que groupe mariant ces deux tempéraments. "Vent Du Midi" (9:58) cultive ainsi le côté délicatement jazzy évoqué tout à l'heure, que le souffle épique d'une guitare aérienne vient contrebalancer. Superbe... Quant à "Firefly" (12:55), il s'agit tout bonnement d'une merveille ! Introduit par une séquence spatiale à frissonner de plaisir - digne du meilleur Eloy, celui de Silent Cries And Mighty Echoes (1979) -, le morceau intensifie progressivement ses développements pour aboutir à un solo de guitare aussi définitivement beau que celui du "Ice" de Camel (il s'agit ici d'un prolongement et en aucun cas d'une copie).

Depuis le début de cet article, nous vous vantons les mérites de Tanaka en le confrontant (donc en les comparant) à ceux de Andy Latimer. Il semble donc opportun de signifier que, d'un point de vue technique, leur jeu n'est pas vraiment similaire; le son de Tanaka (qui a tendance à jouer beaucoup plus de notes sans les laisser, comme son glorieux devancier, s'étirer longuement) est moins lisse, donc moins pur. Cependant, le désir de chercher les limites du sublime est bien le même, et c'est certainement cela qui rapproche ces deux brillants guitaristes dans l'esprit de l'auditeur.

La question de savoir si Bellaphon n'est qu'un 'sous-Camel' demeure néanmoins toujours posée. Les japonais ont longtemps été les maîtres de la contrefaçon (ils ont même bâti leur empire économique sur cette notion), pourquoi ne le seraient-ils pas après tout également dans le domaine des arts ? Peut-être, toujours est-il qu'il faut être réfractaire à tout ce qui vient de ce pays pour ne pas comprendre que derrière certaines velléités (imitation ou mimétisme) assez bizarres pour nous occidentaux se cachent de très grands talents. Par exemple, n'est-il pas exagéré, comme on peut souvent l'entendre dans notre milieu, de considérer Pageant (malgré des liens évidents) comme un vulgaire plagiat du grand Genesis, ou Bi Kyo Ran comme celui de King Crimson ?!?...

Néanmoins, ce qui distingue clairement Pageant et Bi Kyo Ran (pour poursuivre l'exemple précédent) de Bellaphon, c'est le talent immense de ce dernier qui lui permet de rivaliser avec son modèle. La Mosaïque De La Rêverie a beau être une œuvre magnifique, qui pourra réellement la trouver supérieure à un Selling England By The Pound (de même pour Bi Kyo Ran et King Crimson) ?

Par contre, il nous semble que le Camel qui officia entre 1973 et 1984 (nous mettons de côté la période récente qui vit naître deux petites merveilles très différentes de ce que nous connaissions jusqu'alors de leur auteur) n'engendra à aucun moment un album aussi brillant que Firefly. Ce sentiment résulte certainement du fait que le groupe de Latimer ne sut jamais (à l'exception de The Snow Goose peut-être) ériger une œuvre forte de bout en bout de son propos musical. Cela nous conduit ainsi, dans un petit élan provocateur, à affirmer que Firefly est très certainement la meilleure réalisation de... Camel (première période bien sûr)...

Delphi (1982-86)

En guise de conclusion à cet article (forcément trop court compte tenu de la faible discographie de Bellaphon), il nous semble on ne peut plus approprié de vous parler du titre bonus offert gracieusement avec Firefly et du CD Delphi paru il y a quelques mois.

Concernant tout d'abord "Labyrinth" (7:15), le morceau supplémentaire que nous fait découvrir la réédition, il convient de préciser qu'il s'agit bien plus qu'un simple 'bouche-trou' (comme on nous le propose souvent pour rendre obsolète la version vinyle originelle). Cette composition, instrumentale bien sûr, s'inscrit qualitativement dans la continuité de celles de Firefly. L'enregistrement demeure cependant nettement plus moyen, bridant quelque peu l'enveloppe symphonique des développements musicaux. Ce 'présent' demeure cependant une indéniable cerise sur le gâteau, selon l'expression consacrée...

Quant à Delphi, en dépit de son aspect archéologique, ce CD présente une majorité de titres inédits, dont la qualité sonore est très variable. La plupart des six compositions (7:27, 13:53, 6:14, 9:56, 3:17 et 7:03) sont ainsi tout à fait agréables à l'oreille, une seule en fait ("Overture") semblant répondre à peine au minimum acceptable. Il nous faut bien sûr vous préciser que cet album est constitué de différentes prestations en concert (s'étalant de 1982 à 1986), d'où les limites sonores évoquées. Deux compositions sont à mettre en exergue, l'une pour l'inspiration dont elle se fait le témoin, et l'autre car elle offre une version primitive (datant de 1984) de la suite "Firefly". "Delphi" (7:27) est en effet une superbe pièce symphonique usant avec brio d'envolées classisantes : ce titre, enregistré lui aussi en 1984, est tellement réussi que l'on se demande bien pourquoi il ne fut pas inclus à l'unique album de Bellaphon. Quant à "Fragments Of Biotope Suite - Firefly" (13:53), il expose les fondements de ce que nous connaissons de la version définitive, mais sans en offrir la puissance émotionnelle et l'aboutissement structurel. Il s'agit donc bien d'une espèce de brouillon (les séquences sont étirées à l'excès...) amélioré, annonçant sans les concrétiser les fastes d'un chef-d'œuvre avéré...

Vous l'aurez aisément compris, Delphi ne parvient pas à générer le même enthousiasme que celui suscité par Firefly. Ce dernier reste donc un bonheur auditif unique, que les archéologues progressifs, dans un élan historique apparemment louable, ont désiré compléter. L'apport s'avère malheureusement (et logiquement) plus quantitatif que qualitatif... Comme Delphi est à recommander à ceux pour qui Firefly est indispensable, ce CD risque donc néanmoins de connaître un certain succès...

Olivier PELLETANT et Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°17 - Automne 1996)