
PISTES :
1. Thorns Upon A Crown (6:51)
2. Giant Games (5:56)
3. Yesterday'S Friends (7:10)
4. The Well (6:18)
5. Intermission - Revelation Song (1:59)
6. Ageless Door (5:23)
7. Iscariot (7:22)
8. Sound Of The Apocalypse (13:01)
FORMATION :
Anthon Johansson
(basse, chœurs)
Mikael Israelsson
(batterie, chœurs)
Magnus Lindgren
(chant)
Joachim Karlsson
(guitares, flûte, chœurs)
Nicklas Ahlund
(orgue, piano, Mellotron, synthétiseur, chœurs)
BLACK BONZO
"Sound Of The Apocalypse"
Suède - 2007
B&B Records - 54:01
Amis mortels, oubliez vos peines, et tendez-vous la main une dernière fois, car la fin du monde est pour demain ! Enfin… disons que depuis que l’on sait que le climat se réchauffe, le thème est au moins devenu à la mode. Black Bonzo, pas pessimiste mais prévoyant, a en tout cas choisi de l’illustrer à sa façon, à travers au moins un titre de son deuxième album, le bien nommé Sound Of The Apocalypse, et une jolie pochette cataclysmique, véritable catalogue de désastres météorologiques en tout genre (car la fin du monde sera écologique, ou ne sera pas). Pas bête, dans le fond, car quelle plus belle façon d’attendre la fin des temps qu’en écoutant un bon petit album, surtout quand celui-ci s’avère être frais, pétillant, et empli d’une énergie follement communicative ?
On n’en attendait pas moins de Black Bonzo, formation suédoise révélée en 2004 avec un formidable premier album, Lady Of The Light (cf. Big Bang n°58), ressuscitant avec panache une sorte de proto-hard-prog mélodique et pêchu, gorgé d’orgue Hammond et de guitare sale, fortement évocateur d’Uriah Heep et consorts. Si vous avez raté cet épisode, je vous encourage vivement à aller faire un tour sur internet (et plus précisément sur YouTube, pour ne pas le nommer), où circulent quelques petits films illustrant à merveille la désinvolture chevelue de nos cinq gaillards, dont un clip délirant de «Lady Of The Light», à découvrir à tout prix. La réussite de cet opus était en tout cas considérable, et le groupe si convaincant dans son évocation ‘seventies’ millésimée que je l’avais peut-être un peu trop vite assimilé, dans la chronique que j’avais rédigé à l’époque, à une simple réunion de nostalgiques forcenés.
Pourtant, la démarche de Black Bonzo semble aller bien au-delà de la simple évocation rétrograde d’une époque révolue, car elle traduit le désir sincère de renouer avec l’urgence qui traversait cette musique à ses tout débuts, sorte de ferveur originelle, pour en proposer une continuation authentique, à défaut d’être actualisée (un peu à l’image des italiens de Wicked Minds). C’est tout du moins ce que suggère l’écoute de ce trépidant Sound Of The Apocalypse, qui aborde tout de même des sujets graves et contemporains, et prouve par là même que le groupe prend son projet au sérieux, comme si son brillant premier essai n’avait été qu’un tremplin vers des horizons plus libres et personnels. En effet, Sound Of The Apocalypse est indéniablement plus cohérent que son devancier, plus homogène en quelque sorte, sans baisse de régime, et offre même un visage davantage policé, grâce à une production sans bavure, fluide et épurée. Paradoxalement, cette mise en forme plus avenante, mais aussi légèrement plus lisse, engendre aussi un climat un peu plus distant, moins débridé, pour ainsi dire, que le défoulement décomplexé de Lady Of The Light.
Mais entendons nous bien, on est tout de même loin du recueil de chants grégoriens, et ce n’est pas peu dire que cela pétarade à tous les niveaux : rythmique, tout d’abord, grâce à un jeu de batterie nerveux et turbulent, mais aussi instrumental, avec toujours ces nappes d’orgue ou de mellotron visqueuses et ces riffs de guitare plombés, et enfin vocal. On ne le répétera jamais assez, mais avoir un bon chanteur dans ses rangs est un atout déterminant, qui peut parfois suffire à faire changer un groupe de division. Et de ce point de vue, Magnus Lindgren, préposé au poste, est tout simplement bluffant de justesse, cinglant chaque titre de sa voix puissante et veloutée, depuis les refrains chaloupés et imparables de «Thorns Upon A Crown» ou «Yesterdays Friends», aux telluriques «The Well» et «Ageless Door», en passant par le pittoresque «Revelation Song», courte transition folklorique au subtil parfum ‘Tullien’. Quant au titre éponyme, celui-ci clôt l’album du haut de ses treize minutes, sur un thème éthéré, tenace et étrangement envoûté, entre amertume désabusée et conjuration libératrice.
Pas grand chose, donc, à reprocher à cet opus sans temps mort (allez, en cherchant, bien, on citera tout de même le final en fade-out un peu abrupt de «Giant Games»), que je n’hésite pas à recommander chaudement à tous les amateurs de prog 70’s déluré, hardi et mouvementé. Sound Of The Apocalypse confirme en tout cas tout le bien que l’on pouvait penser de Black Bonzo à la suite de son premier coup d’éclat, et s’avère même, malgré son titre de funeste augure, parfaitement réjouissant. Alors dépêchons-nous d’en profiter avant qu’il ne soit trop ta… Grumph… Aaaaargh !
Olivier CRUCHAUDET
(chronique parue dans Big Bang n°67 - Automne 2007)

