BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Blackfield pochette

PISTES :

1. Open Mind (3:50)
2. Blackfield (4:07)
3. Glow (4:00)
4. Scars (3:57)
5. Lullaby (3:29)
6. Pain (3:47)
7. Summer (4:12)
8. Cloudy Now (3:34)
9. The Hole In Me (2:47)
10. Hello (3:09)

FORMATION :

Aviv Geffen

(chant, guitares)

Steven Wilson

(chant, guitares)

Daniel Salomon

(claviers, chœurs)

Seffy Efrati

(basse)

Chris Maitland

(batterie, chœurs)

EXTRAITS AUDIO :

BLACKFIELD

"Blackfield"

Israël/Royaume-Uni - 2004

Helicon - 36:57

 

 

Plus qu'un simple projet parallèle du leader de Porcupine Tree, Steven Wilson, Blackfield s'apparente à une véritable collaboration entre ce dernier et Aviv Geffen. Aviv Geffen est un artiste très réputé dans son pays, l'Israël, il y est l'auteur de plusieurs disques d'or. Il est fan de Porcupine Tree depuis le milieu des années 90, à un point tel qu'il invita le groupe en 2000 pour une tournée dans son pays. Steve Wilson et lui-même se lient alors d'amitié et entament, dés l'année suivante, une collaboration qu'ils nomment Blackfield. Après plus de deux années d'enregistrements entre différents studios, à Tel-Aviv ou en Angleterre, un album éponyme voit le jour.

Sur cet album, Steven Wilson officie au chant, à la guitare et à la basse tandis que Aviv tient également le chant et les claviers. Un quatuor à cordes, The Illusion Quartet, ainsi que plusieurs batteurs sont également présents. C'est par ailleurs un réel plaisir que de retrouver Chris Maitland, l'ancien batteur de Porcupine Tree, sur une poignée de titres. Il est devenu depuis le batteur attitré de Blackfield pour la scène. Aviv Geffen a, depuis, repris deux titres de Blackfield («Sears» et «Cloudy Now») et les a chantés en hébreux. Ils sont rapidement devenus des hits en Israël, on peut donc en déduire que Blackfield demeure plus proche de la pop que du progressif. C'est effectivement le cas, nous avons affaire là à une pop extrêmement sophistiquée et travaillée à l'excès, la durée des titres le confirme : ils tournent tous autour des quatre minutes; quant aux développements instrumentaux, ils sont ici réduits à la portion congrue.

Mais Blackfield ne manque aucunement de charme, loin de là. On peut évidemment rapprocher les dix morceaux de cet album des titres les plus pop de Porcupine Tree. La production est superbe et les mélodies sont magnifiques, Steven Wilson chante en lead sur huit des dix chansons (oui, c'est ça, ce sont des chansons !) et ses guitares, électriques comme acoustiques, sont toujours aussi délectables. Des claviers, ce sont surtout un impérial Mellotron et le piano qui dominent et on atteint le summum de la pop sophistiquée lorsque les cordes (souvent doublées avec le Mellotron) font leur apparition. Les plus grandes différences avec la formation britannique viennent de la mélancolie encore plus présente et d'un léger, et pas désagréable, côté FM apporté par le chant d'Aviv. Une mélancolie très prégnante, donc, qui transparaît au détour de ces mélodies ciselées (pas une note en trop !) et des textes, emprunts de tristesse, voire même d'une certaine noirceur. Un aspect sombre visible également par l'intermédiaire du livret ou du clip vidéo (dont on peut voir des images sur le site du groupe), tous deux œuvre de l'artiste Danois Lasse Hoile.

Aussi la sensation intense qui me vient à l'écoute de l'album et au cours de sa description est la suivante : les amateurs des cinq derniers albums en date d'Anathema vont adorer Blackfield ! Et je n'émettrai qu'une seule petite réserve : mieux vaut attendre l'automne pour apprécier pleinement cet album qui, même s"il reste, encore une fois, très éloigné des canons du rock progressif, ne se présente pas moins comme une agréable respiration après l'écoute de groupes à la complexité plus affirmée. Mais où et quand s'arrêtera la créativité de Steven Wilson ?

Fabien CLAIR

(chronique parue dans Big Bang n°54 - Juillet 2004)