BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Wide Awake And Dreaming (8:45)
2. Not The Future I Ordered (4:55)
3. Rome (7:41)
4. Walking On Air (4:05)
5. Safe Sex (4:21)
6. Moving Out (3:42)
7. Immigrant Song (2:51)
8. Flintridge (6:45)

FORMATION :

Stewart Meredith

(chant)

Mark Barton

(claviers)

Joey Backenstoe

(guitares)

Steve Sklar

(batterie, percussions)

BLUE SHIFT

"Not The Future I Ordered"

États-Unis - 1997

MayDay Records (édit. européenne : Muséa) - 43:10

 

 


Il existe des exceptions qui poussent à la transgression de règles bien établies, règles qui (dans le cas de Big Bang par exemple) peuvent consister à se préserver d'un trop-plein d'enthousiasme pour éviter les erreurs de jugement... Le risque étant bien sûr d'entraîner les autres avec soi dans cette voie mal fondée. Néanmoins en l'occurrence, pas question de réfréner mon emballement.

Ce n'est certes pas le livret qui peut attirer l'attention initialement, car on peut dire sans ménagement que celui-ci n'est guère encourageant, la laideur et le mauvais goût étant au rendez-vous...

C'est donc sans réel enthousiasme et encore moins d'a priori positifs que l'on se lance dans l'écoute de «Wide Awake And Dreaming» (8:45). Et pourtant, ce premier titre du quatuor américain est dévastateur ! C'est avec un extrême professionnalisme que tout est ici mis en œuvre pour combler l'amateur de rock progressif chevronné comme le plus novice... De prime abord, les réminiscences yessiennes ne manquent pas, époque 90125 notamment, c'est à dire nourrie d'arrangements sophistiqués et d'une énergie servie par une technique exceptionnelle. Mais, au delà de cette évidente référence, le style demeure original et passionnant...

Et si la voix de Stewart Meredith se ballade aisément dans les aigus, il faut définitivement se débarrasser de nos réflexes pavloviens. Qu'un chanteur digne de ce nom puisse avoir une tessiture haut-perchée n'en fait pas nécessairement un ersatz d'Anderson ! Le chant est certes singularisé par son filet cristallin, mais n'apparaît pas fragile pour autant... La démonstration en sera faite tout au long de l'album...

Et la musique ? Dans un contexte mélodique constant, les moments les plus échevelés alternent avec des plages beaucoup plus calmes. Les portes de l'accessibilité (dénuée ici d'artifices racoleurs) sont donc ouvertes... Il en sera de même pour la majorité des autres titres. Ecoutez «Moving Out» (3:42), avec son refrain lyrique et les chœurs magnifiques, «Not The Future I Ordered» (4:56) où le claviériste Mark Barton est une nouvelle fois époustouflant de précision, ou bien encore «Walking On Air» (4:06), le plus enjoué de tous au refrain envoûtant. Les musiciens sont en parfaite symbiose et la maîtrise de leur instrument ne fait aucun doute. Si le claviériste domine un tant soit peu la situation, son collègue guitariste Joey Backenstoe et lui rivalisent néanmoins d'ingéniosité. Quel duo !

Quant au batteur Steve Sklar, il s'avère un élément fondateur du style proposé, dans la mesure où il offre la possibilité de délires non convenus, maîtrisés et emballants.

Il est, malgré tout, nécessaire de préciser que cette musique risque (mais rien n'est moins certain...) de ne pas rallier les «puristes», car elle s'affilie avant à une modernité d'obédience néo-progressive. Néanmoins, si la durée trop courte des huit titres s'avère parfois un peu frustrante, cela ne fait aucunement ombrage aux qualités indéniables de ce groupe.

En guise de conclusion, il est tentant de recommander spécialement Not The Future I Ordered à tous ceux que Open Your Eyes a déçus... Blue Shift a en effet réalisé une œuvre exceptionnelle, commençant ses investigations artistiques là où Yes a stoppé les siennes pour enfanter son tout nouvel album studio... Vous voyez la nuance : si le premier, en dépit d'un caractère accessible indéniable, est progressif, le deuxième ne l'est assurément pas...

Frédéric BELLAY

(chronique parue dans Big Bang n°23 - Novembre/Décembre 1997)