
PISTES :
1. The Devil's Paintbrush (4:35)
2. Stryker (4:44)
3. Anaphase (3:54)
4. Variables (3:56)
5. Invasion (4:12)
6. Skydiving With A Life Preserver (4:53)
7. Vendetta (6:58)
8. Knocking On 9 (2:21)
9. Vanilla (2:37)
10. Solar (5:26)
11. Kick (3:48)
FORMATION :
W. Heyward Sims
(guitares, claviers, boucles, chant)
Bill Elliott
(batterie, percussions, chant)
Geoff Maxey
(basse, claviers, chant)
BOLT
"Movement & Detail"
États-Unis - 2006
10t Records - 47:30
La signature de cette nouvelle formation américaine chez le jeune label 10t Records (qui compte également comme poulains Little Atlas ou Frogg Café) nous permet de découvrir ici son second album, le premier (Circadian Rhythm en 2003) étant passé inaperçu, faute d'une distribution digne de ce nom. Trois musiciens composent Bolt, mais ce sont surtout W. Heyward Sims (guitares, programmations) et Geoff Maxey (basse), qui en constituent le cœur, les deux se partageant également les claviers. Ils sont donc complétés par le batteur Bill Elliott, plutôt considéré comme invité si on se fie aux crédits du livret minimaliste accompagnant le cd.
10t Records emploie sur son site Internet les mots «Riff Rock» pour définir la musique de Bolt, terme qui constitue un bon point de départ pour présenter ce qui s'offre à nos oreilles ici. La majorité des morceaux est en effet construite autour d'un riff de guitare principal, qui en constitue généralement le fil conducteur, et plus généralement, c'est la guitare qui mène l'essentiel des débats (presque exclusivement instrumentaux). Bien sûr, tout n'est pas si évident et les cassures de rythmes et breaks en tout genres, initiés par une paire basse/batterie qui s'en donne à cœur joie, abondent pour pimenter ce schéma par trop simpliste. Pour autant, à l'inverse, certains titres adoptent une trame plus volontiers répétitive, évoquant le courant post-rock («The Devil's Paintbrush», en ouverture), mais sans toujours arriver à retenir l'attention sur la longueur.
Un petit défaut heureusement rare, et surtout limité par les durées ramassées (entre 2 et 6 minutes) qu'affichent les 11 titres. Car ce qui ressort le plus souvent est une énergie très rock, doublée d'un souci d'efficacité indéniable (finalement très américain). La structure des compositions se veut toujours relativement «lisible», malgré son indéniable sophistication, si bien que peu d'écoutes suffisent à rentrer dans l'album. Le son est puissant et dense, grâce à un travail de production remarquable mettant parfaitement en valeur chaque instrument.
Au jeu des références, si la formule du Power-trio et la tonalité parfois quasi-hard rappellent Rush (avec une batterie sèche et précise à la Neil Peart), on pense surtout à King Crimson, celui des années 80-90 tout particulièrement. Ces arabesques de guitare en son clair entremêlées, ces riffs sombres particulièrement évocateurs («Skydiving with a Life Preserver»), mais également des ambiances un peu froides et cliniques, sont autant de points communs avec la bande à Robert Fripp. De même, les claviers restent dans la grande majorité des cas relégués à un rôle de soutien, prenant essentiellement la forme de nappes synthétiques. Un rock progressif qui se veut donc mâtiné de modernité à travers également ces touches éléctro qui ponctuent régulièrement l'album (programmations rythmiques, en complément de la batterie, bidouillages et effets divers...); bien que toujours secondaires, elles apportent une agréable variété à l'ensemble.
On notera enfin un sens de l'humour sympathique affiché par le groupe : ainsi les rares parties de chant n'en sont pas vraiment au sens conventionnel du terme, puisqu'il s'agit plus de «cris» volontairement grotesques ponctuant certains breaks instrumentaux ! Dans le même registre, sur la fin de «Vendetta», l'on entend un message (qu'on espère imaginaire...) laissé sur un répondeur par un auditeur, qui conseille vivement au groupe d'arrêter la musique et de trouver plutôt un vrai travail, car ils sont visiblement incapables d'écrire de «vrais chansons» ! Un second degré réjouissant, car finalement pas si commun dans notre courant de prédilection...
Bref, des petites choses qui mises ensemble donnent à Bolt plus de personnalité que ce que sa formule instrumentale somme toute limitée aurait pu laisser présager. Bien que restant définitivement ancré en terre rock, le trio apporte suffisamment de nuances à son art pour le rendre captivant sur la (quasi) totalité de l'album. Une belle révélation donc au final, qui ne devrait pas avoir trop de mal à trouver son public...
Clément CURAUDEAU
(chronique parue dans Big Bang n°64 - Hiver 2006-2007)

