BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Ångloksångest (4:27)
2. Fifth Dimension (7:57)
3. Infinite (5:27)
4. Endearment (6:27)
5. Infertile Ground (7:46)
6. Tender Contempt (5:41)
7. Fading From Grey (4:47)
8. Den Trettonde Månaden (8:45)

FORMATION :

Mattias Reinholdsson

(basse, chant)

Per Broddesson

(guitare, claviers)

Henrik Johansson

(batterie, claviers)

Mikael Zell

(claviers, guitares)

INVITÉ

Stefan Zell
(chant)

BOOK OF HOURS

"Art To The Blind"

Suède - 1999

Record Heaven - 52:14

 

 

En dépit de quelques nouveaux-venus plus que prometteurs - Sinkadus en tête - et de la survivance d'une partie de la première vague du début de la décennie (Morte Macabre, et les nouveaux opus à venir d'Anekdoten et Landberk), force est de constater que la scène progressive suédoise n'affiche plus actuellement la même santé qu'il y a quelques années. S'est-elle, à l'instar d'un certain cinéma britannique, laissée griser par son rapide succès ? Ou aurait-elle fait sien, à l'instar d'Änglagård, le fameux slogan de Neil Young, «it's better to burn out than to fade away» ?

Quelques flambeaux isolés entretiennent cependant l'espoir d'un second souffle. Book Of Hours est assurément de ceux-là, car ce jeune groupe (il a vu le jour en novembre 1996) affiche dès sa première réalisation une sacrée maturité. Il faut dire qu'il a eu, contrairement à d'autres, la sagesse de passer par la bonne vieille étape des démos pour se faire la main avant le grand saut digital : Previously Unreleased à l'automne 1997 puis We Find Your Lack Of Faith Disturbing fin 1998. Ces galops d'essai lui valurent en janvier dernier d'être contacté par Record Heaven, intéressé de publier un album, que nous découvrons donc aujourd'hui.

Le label de Michael Ivarsson peut bel et bien s'enorgueillir de compter avec Book Of Hours une nouvelle formation phare du progressif scandinave. S'il revendique une certaine continuité par rapport à ses devanciers (l'influence d'Anekdoten est évidente sur «Endearment» et sa séquence centrale gorgée de Mellotron, et un thème de «Fading From Grey» fait plus qu'évoquer la fin de «Valentinsong» de Landberk), il n'en affirme pas moins une forte singularité, qui tient à la culture musicale de ses membres, pour la plupart amateurs d'Iron Maiden ou Dream Theater. S'il est le seul à revendiquer des influences purement progressives (VdGG et Gentle Giant en tête), le batteur Henrik Johansson n'en bride pas moins suffisamment les velléités rageuses de ses collègues pour que l'overdose de décibels et autres guitares sursaturées nous soit épargnée. Il faut dire qu'il est l'auteur de la quasi totalité des compositions.

Comme souvent lorsque la section rythmique est aux commandes (le seul morceau non signé par Johansson l'est par son alter-ego bassiste Mattias Reinholdsson), on est assuré que la machine tourne impeccablement, et c'est du reste lorsqu'il se laisse aller à de somptueuses échappées collectives dominées par les interventions à corps perdu du guitariste Per Broddeson. Malgré la présence d'un titre totalement instrumental (qui ouvre d'ailleurs l'album), le cœur du discours de Book Of Hours ne s'en situe pas moins au niveau des parties vocales, tenues avec un indéniable charisme par Stefan Zell.

C'est en cela que le quatuor se distingue notamment d'un Anekdoten : la relative soumission aux structures chanson l'incite à un discours plus policé, moins expérimental, et par ailleurs moins marqué par l'influence dominante de King Crimson, présente ici de manière finalement assez... anecdotique, c'est le mot ! Une fois n'est pas coutume, Book Of Hours semble s'épanouir au sein de ces limites (auto) imposées. Ou du moins il a, encore une fois, la sagesse de ne pas précipiter les choses. Après ce premier album impeccable mais peut-être un peu timoré, souhaitons qu'il nous revienne totalement extraverti... Ça pourrait alors faire très mal !

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°32 - Octobre 1999)