BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. December 17th (3:22)
2. Good King Friday (2:38)
3. Spiders (4:57)
4. Sleeping (1:17)
5. Neither (2:54)
6. Copper Ink (9:51)
7. Conversations With Elvis (3:43)
8. Coal Boxes And Daisy Cutters (3:35)
9. Lincoln (5:23)
10. Jupiter (7:42)
11. The Miller's Tale (1:18)
12. The Quince Tree (5:07)

FORMATION :

Shawn Persinger

(guitare)

Matt Eiland

(basse)

Greg Hiser

(violon)

Rocky Cancelose

(batterie)

BOUD DEUN

"Astronomy Made Easy"

États-Unis - 1997

Cuneiform / Orkhestra - 52:25

 

 

Ce quatuor américain est décidément totalement à part sur la scène progressive actuelle. La parution de son second album (faisant suite à Fiction & Several Days, sorti fin 1995 en autoproduction) chez Cuneiform est à ce titre un élément éclairant. Sa musique est, on l'aura compris, d'un abord plus "difficile" que la moyenne. Il s'agit pourtant, avec les Français de Philharmonie, de la formation la plus proche des 'canons' progressifs ayant jamais été prise sous contrat par Steve Feigenbaum.

Le principal (et peut-être le seul "défaut" de Boud Deun est une certaine austérité dans la forme, qui découle assez largement de ses options musicales. Les quatre musiciens ont en effet choisi d'oeuvrer, autant que possible, "dans les conditions du direct", c'est à dire en privilégiant la spontanéité et le dialogue à un quelconque raffinement au niveau des arrangements (ce qui n'exclut nullement un souci mélodique, servi par un réel talent de composition). D'où l'absence de claviers, fournissant généralement un tapis confortable aux ébats des solistes.

La notion de confort semble en fait aux antipodes des conceptions musicales des quatre musiciens. En fait de tapis, c'est sur des braises ardentes (personnifiées par une section rythmique exubérante, de laquelle se dégage une énergie incroyable) que doivent s'élancer Shawn Persinger (guitare) et Greg Hiser (violon), qui ne trouvent le répit que lors de courtes et épisodiques pauses plus intimistes. on les visualise très bien, mentalement, bondissant d'abord de leurs starting-blocks sans trop savoir dans quelle direction aller, puis retrouver leurs réflexes de sportifs aguerris, de sorte que l'entité collective instable trouve rapidement son rythme de croisière.

Le résultat n'est aucunement le fouillis indescriptible que l'on aurait pu craindre. Le groupe se fait manifestement plaisir, mais ce plaisir est largement communicatif. Et il n'y a pas besoin d'être musicien pour le ressentir. N'oublions pas que la démarche de Boud Deun, captée ici en studio pour la postérité, a vocation à ne donner sa pleine mesure que sur scène : une musique égocentrique n'aurait aucune chance d'y parvenir. Simplement, elle exige de l'auditeur une implication active que celui-ci n'est pas forcément désireux de fournir s'il voit dans l'écoute de la musique une pratique avant tout contemplative...

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°19 - Mars/Avril 1997)