
PISTES :
1. Stories(2:54)
2. Patterns (8:37)
3. Isolation (5:00)
4. The Battle Of Brighteye Brison (6:57)
5. Elenah (1:14)
6. Late (5:22)
7. Life Inside (5:31)
8. All Love (9:02)
9. We Wanna Return (5:33)
10. Stories (reprise) (1:50)
FORMATION :
Linus Kåse
(claviers, chant, saxophone)
Johan Öijen
(guitares)
Kristofer Eng
(basse, taurus, theremin, flûte, chant)
Daniel Kåse
(batterie, chant, trompette)
Per Hallman
(chant)
BRIGHTEYE BRISON
"Stories"
Suède - 2006
Progress Records - 52:01
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Brighteye Brison, groupe suédois pourtant composé d’instrumentistes chevronnés, issus pour certains de la scène jazz, fut fraîchement accueilli dans nos colonnes lors de la sortie de son premier album éponyme en 2003 (cf. Big Bang n°49). Avec le recul, j’ai tout de même le sentiment que mon camarade Philippe Babo (auteur de ladite chronique) a eu la dent un peu dure, même si ses remarques restent dans l’ensemble parfaitement pertinentes : encore mal maîtrisées, la plupart des compositions ressemblent à un joyeux bric-à-brac, sans compter quelques passages un peu kitsch et un chant de piètre qualité, voire insupportable lorsque des chœurs s’en mêlent. Mais le fort potentiel du groupe était déjà nettement perceptible, et aurait peut-être mérité d’être davantage souligné, d’autant qu’il donne enfin sa pleine mesure sur ce nouvel album. Dans leur grande majorité; les erreurs de jeunesse sus-mentionnées sont en effet corrigées.
Premier constat, notre quatuor est devenu quintette, enrichi d’un chanteur, Per Hallman (également ingénieur du son et producteur du groupe), dont l’utilité reste à démontrer puisqu’il n’officie en soliste que sur un seul titre («Life Inside»), et ce sans brio particulier. Le chant, sur les autres titres, est donc partagé à tour de rôle entre trois membre différents (Daniel Kåse, en outre batteur et trompettiste, Kristofer Eng, bassiste/flûtiste, et Linus Kåse, claviériste/saxophoniste, frère du premier), sans qu’aucun d’entre eux ne fasse preuve non plus de compétences exceptionnelles, mais avec une agréable unité de timbre qui contribue à homogénéiser l’album. Globalement, le chant est tout de même d’assez bonne tenue (on s’éloigne de la justesse approximative qui plombait le premier opus), et ne dessert en aucune façon des compositions qui, par ailleurs, ne se concevraient pas sans un efficace support vocal.
En effet, Brighteye Brison a également recentré son propos, en nous proposant cette fois des titres nettement plus concis, plus proche de pop-songs sophistiquées que de la suite à rebondissement à laquelle il s’était dans un premier temps maladroitement essayé, sans pour autant sacrifier totalement la dimension instrumentale de sa musique. Entièrement centrés sur la mélodie, les huit titres qui constituent Stories (si l’on excepte un court intermède au piano et la reprise finale du thème d’introduction), d’une durée allant de 5 à 9 mn, s’apparentent donc à de belles chansons hautes en couleurs, quelque part entre Kansas, Chicago et le Genesis de Wind And Wuthering. Bien sûr, ces références ne sont évoquées que pour vous donner une idée de la tonalité générale de l’album, car on ne peut pas dire que Brighteye Brison soit directement affilié à l’un de ces groupes, mais son instrumentation très organique, saupoudrée de cuivres, de flûte, d’orgue ou de mellotron (voire de theremin, ce fameux ancêtre du synthétiseur), lui confère une chaleur toute particulière, à vrai dire assez inclassable.
Le parcours académique de certains membres du groupe (Linus Kåse et Kristofer Eng ont tous deux étudié la musique en faculté d’art à Stockholm) explique peut-être le côté assez précieux des compositions, voire un certain classicisme mélodique, notamment lorsque l’orgue d’église se mêle aux autres instruments pour dessiner d’authentiques fioritures baroques. Quant à l’influence du jazz, celle-ci reste assez présente, sans jamais être envahissante, à travers quelques descentes d’accords typiques, un swing discret et une basse occasionnellement slappée. Ce mélange acquiert toute sa saveur sur des titres comme «The Battle Of Brighteye Brison», pièce contrastée dotée d’une séquence instrumentale cuivrée furieusement groovy, «All Love», langoureuse ballade gorgée de saxophone, au surprenant pont de guitare bluegrass, ou encore «Late», et son bouillant solo de guitare électrique encadré par un refrain sautillant.
Au demeurant, la joliesse de certains thèmes n’échappe pas à une certaine naïveté, d’autant que les paroles, assez mièvres et inconsistantes dans l’ensemble (mais qui s’en soucie ?), accumulent les clichés à l’eau de rose. Pour peu que l’on apprécie cet aspect gentiment sucré (qui, avec jeu de mot, fait tout le sel d’une icône pop-rock comme Supertramp), voilà donc un album au charme délicatement suranné, solide et cohérent, qui permet de passer un excellent moment. Avouez que, par les temps qui courent, ce n’est déjà pas la moindre des qualités.
Olivier CRUCHAUDET
(chronique parue dans Big Bang n°62 - Été 2006)

