BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Solstice pochette

PISTES :

1. Back In The Days (6:11)
2. If Man Is Still Alive (3:20)
3. Norwaii Five-O (5:00)
4. The Spirit Of The Airborne Hogweed (9:06)
5. Under The Gaze Of Gods (2:49)
6. Neon Darkness (3:06)
7. Brimstone For Sale (4:53)
8. Back In The Days II (4:26)
9. Where Is Your Love (6:31)

FORMATION :

R. Edwards

(guitares électrique et acoustique, sitar, bouzouki, chant)

Øyvind Gronner

(piano, Rhodes, orgue à soufflet, Hammond B3, claviers, congas, chant)

Truls «Biff» Eriksen

(basse)

Erling Halsne Juvik

(guitares écoustique et électrique)

Thomasar

(batterie, percussions)

INVITÉS

Oystein Fosshagen
(violon [1,2,3,6,7])

William Hut
(chant [1,4])

Bjarte Ludvigsen
(claviers, bruiteur)

EXTRAITS AUDIO :

THE BRIMSTONE SOLAR
RADIATION BAND

"Solstice"

Norvège - 2005

Big Dipper Records - 45:28

 

 

On l'a eu ! On a ramé mais on l'a eu ! Souvenez-vous, c'était il n'y pas si longtemps, oh ! Un numéro à peine... on avait écrit tout le bien que l'on pensait du premier essai discographique (et après un mini CD en 2003) de The Brimstone Solar Radiation Band. En guise de conclusion : le labeur à venir pour capturer, littéralement, le second album, uniquement distribué en Norvège à ce jour. Ça n'a pas été facile, certes, l'attente a été longue, mais, en vertu du mouvement symbiotique qui rapproche toujours la «vedette» de son admirateur, ben, on l'a eu.

Et, vous pouvez nous croire, il méritait hautement tout ce travail acharné, ce Solstice. Déjà, vous avez dû remarquer que le groupe s'est échappé du cloisonnement stylistique de la rubrique «psychédéclique». Normal, c'était déjà un peu le cas auparavant, mais désormais le clou est enfoncé : Brimstone dépasse toute forme de carcans stylistiques, rock progressif y compris, d'ailleurs. Il fait SA musique. Joyeuse, festive, mélancolique, planante, virtuose, humoristique, charmante, accueillante, complexe, fumeuse, populaire, surprenante, dépendante, jouissive elle combine autant d'éléments pop, rock, psychédélique, progressif, jazz et folk sans pour autant tomber dans un fourre-tout sans nom. Non, non, la musique de Brimstone, c'est tout ça à la fois, et à chaque mesure !

On attendait un peu la suite de l'histoire de Lenny, au centre du concept de l'œuvre précédente, qui laissait une fin ouverte. Ce n'est pas le cas. Un peu pour nous prendre à contre-pied ou pour porter l'accent sur ses multiples influences et humeurs, nos Norvégiens ont opté pour neuf titres bien distincts (aux durées comprises entre trois et neuf minutes), même les «Back In The Days», morceaux en deux parties en tête et en huitième position, sont assez différents, dans les mélodies comme dans les textes. On avait loué précédemment la qualité de la prise de son de la formation, c'est encore plus le cas ici. Ample, profond, percutant et chaud sont les adjectifs collant le mieux au son Brimstone.

Bref, on l'espérait sans vouloir véritablement y croire, Solstice améliore le premier album. Plusieurs explications à cela. Tout d'abord, l'arrivée d'un cinquième membre, un claviériste à part entière, Oyvind Gronner occasionne de véritables merveilles sonores lorsqu'il s'empare des touches de son Fender Rhodes (mamma mia ! Quel son !) et de son Hammond B3 (ça fuzze !).

Son arrivée permet également aux quatre autres musiciens de se concentrer uniquement sur leurs instruments (on se rappelle qu'ils partageaient les parties de claviers, il n'y a pas si longtemps de cela). Et si la cohésion reste la pièce maîtresse de Brimstone, ils se permettent quelques échappées en solitaires du meilleur effet, la basse de Biff ronronne de plaisir, Thomastar survole ses toms, les guitares, banjo, mandoline, bouzouki, sitar de Erling Haslne Juvik et R. Edwards nous prennent au dépourvu à chaque apparition. Ajoutés à ce groupe bien en place, des intervenants extérieurs plein d'allant : le violon d'Oystein Fosshagen, présent sur cinq titres, en rajoute dans l'aspect folk nord-américain toujours présent ici (allié au banjo, il virevolte sans cesse) ou dans le côté planant et mélancolique. Quant au chanteur pop William Hut, il offre le contrepoint parfait à la voix toujours aussi impeccable et charismatique de R. Edwards.

Avec Solstice, nos lascars s'émancipent quelque peu de la base pop auparavant omniprésente et de longues envolées instrumentales font leurs apparitions, en introduction (célestes) ou en final (déchaînées) de morceaux, elles sont toutes plus sublimes les unes que les autres, la palme revenant pourtant à «The Spirit Of The Airborne Hogweed» et ses neufs minutes commençant le plus calmement possible pour terminer dans une maestria dénuées de chant de plus de quatre minutes durant lesquelles, sur un fond rythmique des plus solides, sitar et Rhodes offrent de purs moments d'extases. Le morceau précédent nous avait pourtant préparés à ce changement, puisque «Norwaii Five-0» n'est nanti que d'une courte phrase chantée, le reste part dans tous sens avec le violon survolté, cité plus haut, en tête d'affiche. On peut lui appliquer tous les adjectifs qualificatifs égrainés au court de cette chronique !

Les autres passages instrumentaux restent peut-être moins marquants mais ne manquent aucunement de charme. Ils finissent peut-être porteurs des influences les plus apparentes de Brimstone sur ce Solstice, le Pink Floyd des débuts («Back In The Days» I & II) et The Doors période LA Woman (hmmm, ce piano électrique échappé de «Riders On The Storms» sur «Where Is Your Love»). Ce qui termine de nous faire penser que cette galette pourrait sans restriction aucune être conseillée aux amateurs de Porcupine Tree. D'ailleurs, on a retrouvé le groupe en tête d'affiche au côté de Amplifier et Riverside lors d'un festival d'automne en Allemagne, une preuve, d'une part que nos amis d'outre-Rhin ont décidément bon goût, et d'autre part que Brimstone est à même de rallier un nombre conséquent d'amateurs ouverts et divers à sa cause.

The Brimstone Solar Radiation Band, l'album, était conceptuel et l'une de ces forces demeurait sa construction allant crescendo dans la qualité et dans une relative complexité. Solstice est construit différemment, et si les premières écoutes donnent tort à Brimstone quant à l'agencement des morceaux ; difficile de suivre dans la qualité à «The Spirit Of The Airbone Hogweed» placé en milieu d'album. Ce que l'on pourrait prendre de prime abord pour un ventre mou avec deux/trois titres plus power-pop apparaît au fil des écoutes comme une habile transition, une respiration bien venue avant les deux morceaux finaux renouant avec les fastes musicaux de la première moitié.

Donc, vous voyez, même en creusant profondément, difficile de trouver le moindre défaut à Solstice qui allie qualité formelle (la production, le livret, tous deux d'obédiences professionnelles) rigueur mélodique (un des nombreux points forts de Brimstone) et à propos technique (en continuelle amélioration, même si ce n'est pas le credo numéro un du groupe), le tout allié à cette petite touche de folie perpétuelle et latente... bourrée de charme. Et le plus enthousiasmant, c'est que malgré ce dithyrambe, on sent le groupe encore capable de s'améliorer, en combinant cette ambition nouvelle avec une base conceptuelle, par exemple... allez hop, au boulot !

Fabien CLAIR
(remerciements à Yann CARREAU)

(chronique parue dans Big Bang n°60 - Décembre 2005)