BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. La cour des miracles (11:25)
2. Insomnies (9:10)
3. Delenda Est (6:57)
4. April Thème (9:48)
5. La Citadelle (2:50)
6. Postérité Partie I & II (15:42)

FORMATION :

Christophe Houssin

(claviers)

Patrick Jobard

(guitares, chœurs)

Philippe Ladousse

(guitares, chant)

Jean-Christophe Lamoreux

(basse, sitar)

Herve Morel

(batterie, percussions)

INVITÉS

Charly Guillon

(hautbois)

Nathalie Lefèbre

(flûte)

Benoit Trémolières

(uillean pipes)

CAFÉINE

"La Citadelle"

France - 1994

MSI - 55:52

 

 

Avec ce premier album, Caféine fait une arrivée remarquée dans le paysage progressif français, puisque c'est l'un des rares nouveaux groupes de l'hexagone. Depuis le début de l'année, à part Chance, qu'avons-nous eu de neuf en matière de progressif français à nous mettre sous la dent ?

Mais j'exagère peut-être un peu. Il est vrai que Caféine n'est pas à proprement parler un nouveau groupe, puisque sa naissance remonte à 1988. Il était alors composé de Patrick Jobart (guitare), ancien leader du mythique Ma Banlieue Flasque, Christophe Houssin (claviers), Laurent Houssin (basse), Bertrand Peyrat (batterie) et Jean Chiriaux (chant). Christophe et Laurent, qui sont frères, sont aussi les neveux de Patrick : une histoire de famille !

Ce n'est qu'en 1990 que Caféine prend sa forme actuelle, avec le départ du bassiste, du batteur et du chanteur : la famille s'est disloquée... mais une autre se recompose avec l'arrivée de Jean-Christophe Lamoureux (basse) et Hervé Morel (batterie). Reste le problème du chanteur, dont l'absence trouble le fonctionnement du groupe. Certains sont "essayés", mais ne restent pas... En 1992, Caféine en profite pour mixer les compositions instrumentales de l'album à venir ("Delenda Est" et "La Citadelle"), ainsi qu'une version d'essai d'"April Theme" qu'a écrit Patrick et qu'il chante pour l'occasion.

Cependant, Caféine trouve enfin son chanteur durant l'été 1993 : il ne nomme Philippe Ladousse. Voilà de quoi ravigoter le moral des troupes et terminer l'enregistrement, fin 1993, du reste du CD. Fin février, tout est bouclé : il ne reste qu'à mixer la chose au studio du groupe (rebaptisé en la circonstance... "La Citadelle" !). Homme d'expérience, Christophe est aux manettes, s'étant déjà fait la main sur "Aujourd'hui C'est La Fête Chez L'Apprenti-Sorcier" pour la compilation A Propos D'Ange.

Le temps était maintenant venu de s'occuper de la distribution. Pour cela, le groupe était en contact avec MSI/Ugum qui était prêt à sortir et diffuser l'album, bien que voulant écouter les morceaux finis avant de donner l'ultime feu vert. Hélas, les choses s'éternisaient et Caféine décida d'opter pour l'autoproduction, réussissant d'ailleurs un véritable tour de force (son correct, livret complet, CD coloré... si ce n'est le logo, pas génial). La distribution, elle, est bien dévolue à MSI (exit Ugum, semble-t-il), à qui le CD plaît beaucoup, paraît-il... Mais qu'en est-il, plus précisément ?

Nos cinq compères nous proposent avec La Citadelle sept titres aux inspirations diverses, aussi variées que les goûts de chacun (qui vont de la chanson au jazz-rock, mais s'orientent globalement vers le rock progressif des années 70); et cela s'entend sur l'album. On y note des accents jazz-rock (section rythmique, guitare), des passages symphoniques dominés par les claviers du jeune prodige Christophe Houssin (qui est l'élément charnière dans la création des morceaux, et qui a composé à vingt ans "Delenda Est" !). Le chant évoque quant à lui Hécénia. Les textes en français et les tonalités vocales y sont pour beaucoup. Alors, évidemment, tout le monde n'aimera pas... Passages classisants, plus progressifs par les cassures de rythme ou par les (courtes) envolées instrumentales, ou plutôt jazz-rock, s'enchaînent pour former un album singulier et attachant. Les morceaux peuvent paraître un peu décousu; c'est pourtant là l'originalité de Caféine : ils vont parfois un peu dans tous les sens ("Delenda Est" (6:57) ou "Postérité" (15:42)), s'amusant à nous surprendre avant de nous remettre sur le chemin de la mélodie initiale. On songe, pour jouer le jeu des comparaisons, à Atoll (l'intro de "April Theme" (9:48)), voire UK ou Yes à certains moments. Toutefois, le résultat est finalement assez personnel. Sans doute pas complètement mature, mais tout de même réussi, sur des titres comme "La Cour des Miracles" (11:25) et la suite "Postérité" (15:32). Ce dernier s'avère même être une pièce superbe, très riche, comme si les musiciens y avaient mis tout leur talent, augmentant les effets sonores par l'ajout d'instruments folkloriques (ulleian pipes, castagnettes...). Ce morceau, joué à Paris - Bercy (euh... disons au "143 rue de..." !) fut d'ailleurs de toute beauté.

Ce premier album, sans être une révolution parmi les nouveautés actuelles, a de quoi plaire tant il associe facilité et complexité. On espère tout de même que le prochain sera plus cohérent, plus mûri dans son ensemble, car c'est sans doute ce qui manque pour l'instant.

Nos sympathiques franciliens ont déjà prévu un second album, sur lequel devrait figurer "Le Général Blanc", fruit d'un travail commun du groupe. Les compositions devraient être différentes, puisque l'équipe créatrice a changé, et que Philippe Ladousse va prendre une part plus active dans ces naissances musicales.

Alors, Messieurs, nous vous attendons !

Régis THÉVENARD

(chronique parue dans Big Bang n°8 - Novembre-Décembre 1994)