BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Le Soleil Est Une Bombe Atomique pochette

PISTES :

1. Atomic Disco (5:31)
2. Tokamak (3:35)
3. Dementielle (5:44)
4. Feedback (6:05)
5. Un Dimanche Soir à St-Zenon (1:03)
6. Caterpillar (5:17)
7. Tunnel Nomero (2:51)
8. Delirium (6:17)
9. Jouer Encore (6:31)
10. Brainstorm (7:32)

FORMATION :

Marc-André Blanchard

(guitares)

François Blanchard

(guitares)

Philippe-Antoine Bernard

(basse)

Maxime Brisebois

(batterie)

EXTRAITS AUDIO :

CAPHARNAÜM

"Le Soleil Est Une Bombe Atomique"

Canada - 2007

Unicorn Records - 50:42

 

 

Si Le Soleil Est Une Bombe Atomique est le premier album de ce quatuor québécois, la formation du groupe remonte, elle, à dix ans en arrière, avec jusqu'à présent comme seule trace discographique une démo auto produite parue en 1999 et simplement intitulée Instrumental (dont aucun morceau n'est d'ailleurs repris ici). Une sortie que l'on doit à Unicorn Digital, label progressif qui a décidément le vent en poupe en ce moment (Karfagen, The Gourishankar, pour ne signaler que deux de ses poulains...).

Vous l'aurez compris, la musique de Capharnaüm est totalement dénuée de chant, et sa particularité est d'être menée par les deux guitares des frères Blanchard, complétées comme il se doit par l'indispensable section rythmique (Phillipe-Antoine Bernard à la basse et Maxime Brisebois à la batterie). Oui, les claviers brillent par leur absence, à l'exception de quelques notes de piano sur «Tunnel n°6», mais alors qu'on pourrait s'attendre à une musique plutôt musclée avec un tel line-up, les dix morceaux (de 1:07 à 7:32) déroulent un rock instrumental qui surprend par une certaine sobriété, en tout cas un refus évident de l'esbroufe. A mille lieues de toute démonstration de virtuosité individuelle, les quatre musiciens font corps autour d'un son compact qui traduit une volonté de se mettre au service de la composition, et non l'inverse.

Les deux guitares se complètent ainsi à merveille, et si quelques passages évoquent le King Crimson des années 80, une réelle personnalité se dégage de ces échanges tour à tour sinueux, planants, lumineux, ou acérés. Quelques solos bien sentis finissent de convaincre, si besoin était, que les frérots sont tout sauf des manchots. La section rythmique abat quant à elle un gros travail tout au long de l'album, en l'imprimant d'une présence énergique et versatile. Le tout est servi par une production de qualité, qui donne à chaque instrument la place qu'il mérite, même si on ne pourra s'empêcher de la trouver un peu clinique.

Progressif, Le Soleil Est Une Bombe Atomique l'est en tout cas assurément, car outre une écriture à la fois solide et sophistiquée, il bénéficie d'un sens des contrastes bienvenu, qui pour les moments les plus calmes passe par un soin apporté aux atmosphères («Un Dimanche Soir à St Zenon», court interlude contemplatif à la basse). Mais la machine sait aussi s'emballer, des titres plus denses comme «Delirium» ou «Brainstorm» arborant les atours d'un heavy prog à la Rush, jonglant entre acrobaties rythmiques et décharges électriques ultra efficaces. Ce n'est pas forcément ce que le groupe propose de plus personnel, mais ces moments n'en restent pas moins parmi les plus spectaculaires et accrocheurs de l'album. Malgré toutes ces qualités, une certaine lassitude peut exister sur un ou deux titres plus monolithiques, du fait d'une palette sonore qui reste finalement limitée, mais aussi d'un manque d'accroches ou de mélodies fortes.

Si on ne se risquera pas à dire que ce Soleil est une véritable Bombe Atomique, il n'en reste pas moins bourré de qualités, en particulier celle, pour Capharnaüm, d'avoir réussi à se forger une identité propre loin de toute références trop envahissantes dès son premier album. A découvrir...

Clément CURAUDEAU

(chronique parue dans Big Bang n°67 - Automne 2007)