BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Parte I : In Forma Di Vita
2. Parte II : La Nuova Stagione
3. Parte III : Volo Nella Notte
4. Parte IV : Risveglio
5. Parte V : Dal Tempo Vissuto
6. Parte VI : La Natura Dentro
7. Parte VII : Memoria
8. Parte VIII : Il Buio

FORMATION :

Enzo Capuano

(guitares, chant)

Mario Panseri

(claviers)

Giovanni D'Aquila

(batterie, percussions)

Mario De Luigi Jr

(paroles)

ENZO CAPUANO

"Storia Mai Scritta"

Italie - 1975

Mellow Records - 38:11

 

 

C'est une bien belle surprise que nous offre (c'est intéressant en ces périodes de fêtes) Mellow Records en rééditant l'unique album d'Enzo Capuano. Et pourtant au début, ça pouvait paraître anodin, avec cette pochette bien marquée par les années 70 sur laquelle on voyait le portrait chevelu, barbu et moustachu de notre homme dans un paysage champêtre; la typographie utilisée aussi était typique de l'époque : bref, on pouvait croire avoir affaire à l'équivalent transalpin de Jean Ferrat !!! Ajoutons à cela la réputation inexistante du vinyl originel; la masse de rééditions dont la majorité sont à peu près sans le moindre intérêt; nous avions alors là un parfait exemple d'enregistrement obscur ressucité qui a priori ne devait pas sortir de son anonymat.

Heureusement Big Bang, par l'intermédiaire de votre serviteur, est là pour vous avertir que vous risquez de passer à côté d'une petite perle ! Storia Mai Scritta est, à mon avis, une œuvre qui mériterait d'être reconnue comme l'une des plus sincères du mouvement progressif.

Compositeur brillant, Enzo Capuano a créé une œuvre en tout point (et à tout instant) sobre et délicate de laquelle se dégage un troublant caractère. Les guitares classiques et 12 cordes de maître Enzo sont les reines qui gouvernent ce doux symphonisme, qu'elles soient seules, démultipliées ou bien intégrées dans la formation globale, elles sont toujours d'une sensibilité extrême. Les claviers (string-synth, orgue, moog, piano) de Mario Panseri sont eux les sources du somptueux élément orchestral, et les percussions de Giovanni D'Aquila sont a la fois discrètes et efficaces (un peu comme Giles). Malgré les limites potentielles dues à la taille réduite de cette formation et à son manque (volontaire ?) de moyen matériel, le travail d'arrangement en optimise toutes les possibilités : des passages pour guitare(s) seule(s) alternent naturellement avec d'autres plus orchestraux pour le trio. Mais toujours les mélodies sont bouleversantes de beauté. Ainsi l'auditeur est bercé dans des horizons variés, généralement mélancoliques, parfois plus tendus ou encore calmes.

Pour vous donner une petite idée de la musique, je la situerais vaguement entre un Sebastian Hardie ôté de sa composante électrique pour la délicatesse symphonique (écoutez par exemple le court solo d'orgue de «Memoria») et un Harmonium plus instrumental pour l'inspiration acoustique.

Cette (savoureuse) galette est, sur le papier, composée de huit titres; mais après écoutes, on imagine facilement qu'il s'agit en fait d'une seule et même œuvre, la cohérence stylistique étant indéniable. Le subtil enchaînement des morceaux et la récurrence de certains thèmes mélodiques ne sont ici que d'autres indices minimes pour confirmer cette hypothèse (ne maîtrisant pas du tout l'italien, je ne pourrai vous confirmer la cohérence des textes de Mario De Luigi Jr). Présent uniquement sur les titres d'introduction et de conclusion, le chant est un autre jalon remarquable de cet album. Chantant dans sa langue maternelle, Enzo nous touche profondement avec sa voix profonde et ses sobres mais travaillées mélopées. On notera aussi les quelques vocalises Wyattiennes sur «Il Buio». Alors que chez certains, cet exercice apparaîtrait comme ridicule, l'authenticité de ces parties (comme toutes celles chantées par ailleurs) ne nous incite même pas à sourire.

Storia Mai Scritta est bien le genre d'album (un peu comme ceux de Carpe Diem par exemple) dont on n'attendait pas grand chose, mais l'humilité, la sincérité et l'aboutissement qui en découlent en font un enregistrement vraiment charmant et attachant dont on peut regretter qu'il n'ait eu de successeur.

Olivier VIBERT

(chronique parue dans Big Bang n°18 - Hiver 1996/97)