BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Voyage du Non-Retour (3:48)
2. Réincarnation (12:50)
3. Jeux du Siècle (10:10)
4. Publiophobie (9:54)

FORMATION :

Christian Truchi

(claviers, chant)

Gilbert Abbenanti

(guitare)

Alain Bergé

(basse)

Alain Faraut

(batterie)

Claude-Marius David

(flûte, saxophone soprano, percussions)

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PISTES :

1. Couleurs (21:38)
2. Naissance (3:23)
3. Le Miracle de la Saint-Gaston (3:38)
4. Laure (2:44)
5. Tramontane (3:37)
6. Divertimento (3:56)
7. Rencontre (Extrait de Couleurs - Version Anglaise) (3:22)

FORMATION :

Christian Truchi

(orgue, claviers, chant)

Giorgio Giorgi

(chant, flûte, piccolo)

Gilbert Abbenanti

(guitare)

Alain Bergé

(basse)

Alain Faraut

(batterie)

Claude-Marius David

(flûte, saxophone soprano, percussions)

CARPE DIEM

"En Regardant Passer Le Temps"

France - 1976 - Muséa - 36:54

"Cueille Le Jour"

1977 - Muséa - 42:36

 

 

Parmi les albums réalisés par le label Arcane-Crypto dont Muséa réédite actuellement le catalogue, ceux de Carpe Diem sont sans doute ceux qui, paradoxalement au nom du groupe, ont le mieux résisté à l'usure du temps.

La maxime épicurienne bien connue (dont la traduction française constitue d'ailleurs te titre du second album) n'a manifestement pas influé négativement sur la capacité de la musique du groupe niçois à transcender l'époque de sa conception.

Une analyse clinique des éléments constitutifs du "style Carpe Diem" contredit pourtant, a priori, tout jugement de ce genre : sonorités 'cosmiques' des claviers, textes datés, parties vocales noyées et réverbérées, batterie débridée vaguement jazzy, saxophone soprano surgi de nulle part...

Carpe Diem est né dans l'effervescence du début des années 70, à l'époque où la scène progressive française connut pendant deux ans une véritable euphorie, hélas de courte durée suite à l'interdiction des grands festivals qui permettaient aux nouvelles formations de se faire connaître d'un large public.

Peu de groupes survécurent à cette épreuve. Après avoir sorti en 1971, de manière confidentielle, un 45 tours, puis participé avec succès au fameux tremplin du Golf Drouot à Paris, Carpe Diem connaît trois ans de galères jusqu'à ce que, soudainement, la chance lui sourie en la personne de... Danièle Gilbert ! La célèbre présentatrice de l'émission de télé "Midi Première" invite en effet les cinq musiciens à y jouer une de leurs compositions.

La prestation aurait pu rester sans lendemain si Jean-Claude Pognant, manager d'Ange et patron du label Arcane, n'avait été ce jour-là devant son poste. Enthousiasmé, il convie Carpe Diem à participer à un festival qu'il organise, puis le signe.

Nous sommes début 1975, et le line-up du groupe, qui vient d'adopter le statut de professionnel, s'est stabilisé autour du fondateur Christian Truchi (claviers et chant), de ses lieutenants de longue date, Gilbert Abbenanti (guitare) et Alain Bergé (basse), et de ses deux plus récentes recrues, Claude-Marius David (saxophone soprano et flûte) et Alain Faraut (batterie). Cette formation sera à l'origine des deux seuls albums publiés au cours d'une carrière pourtant longue de neuf ans.

En Regardant Passer Le Temps (1975) est un premier essai qui, malgré son immaturité, jette déjà les bases de la personnalité unique du groupe. Une musique essentiellement instrumentale, au grand raffinement mélodique, s'exprimant dans des fresques épiques (trois des quatre morceaux durent 10 minutes ou plus) aux atmosphères contrastées mais cohérentes par leur caractère "cosmique".

Ce dernier est essentiellement imprimé par les sonorités de claviers, mais aussi par le caractère planant et évanescent des mélodies tissées par le saxophone soprano, qui est en fait la principale spécificité sonore de Carpe Diem, celle qui le rend reconnaissable immédiatement, comme l'orgue trafiqué d'Ange ou les rythmes oppressants de Magma.

Outre ses parties chantées très datées, voire franchement ridicules (heureusement, elles sont rares et ne doivent par conséquent pas être dissuasives !), on peut trouver ce premier album encore immature, et dénué de vraie "pièce de résistance".

Ce n'est pas le cas de Cueille Le Jour (1977), comprenant la suite "Couleurs" (21:38), qui restera comme l'une des plus belles réussites progressives françaises de l'époque, réussissant la prouesse de combiner une inspiration mélodique exceptionnelle (thèmes épurés et évidents) et une interprétation parfaite et personnelle. La section rythmique est désormais parfaitement huilée, la guitare possède un son beaucoup plus pur, et la production, excellente, fait mieux ressortir chaque instrument, et en particulier le sax et la flûte de Claude-Marius David.

Le chant de Christian Truchi (toujours excellent aux claviers par ailleurs) ne dérange même plus; il s'avère ici plus "inclassable" que vraiment désuet (abstraction faite des textes toujours aussi "années 70"), voire même attachant. On ne le retrouve de toute façon qu'à deux reprises sur l'ensemble de l'album !

Les cinq courts morceaux (de 2:44 à 3:56), constituant la face 2 originelle, sont dans l'esprit de "Couleurs" (hormis le titre de clôture, "Divertimento", superbe duo piano/sax), et malgré le caractère plus ramassé, ne la déparent en rien. Réellement, ce second album est une belle réussite !

Alors, comment se fait-il que Carpe Diem ne lui ait jamais donné de successeur ?

Il y eut d'abord le départ de Gilbert Abbenanti, à l'automne 1977, puis quelques semaines plus tard, celui d'Alain Bergé, qui préféra se consacrer au management du groupe. Ils furent respectivement remplacés par Gérald Macia (également violoniste, plus tard dans Step Ahead aux côtés de Christian Robin et Claudie Truchi, la sœur de Christian) et Georges Ferrera (également chanteur).

Dans le courant de l'année 1978, le projet d'un troisième album est évoqué, mais dans l'attente de conditions d'enregistrement plus satisfaisantes que celles de Cueille Le Jour, que Crypto ne peut lui accorder, seule une démo est enregistrée.

Hélas, les jours du groupe sont comptés, et après avoir accompagné le chanteur Jean-Louis Caillat sur son album Les Chiens, Carpe Diem cesse toute activité en octobre 1979, sans avoir pu graver son troisième album.

La démo subsiste malgré tout, et l'on ne peut qu'espérer que Muséa, qui pour une fois n'a pas adjoint de titres bonus à ces deux rééditions, publiera les bandes inédites enregistrées en 1978 !

En attendant, précipitez-vous sur Cueille Le Jour... et nul doute que l'acquisition de son prédécesseur vous sera vite indispensable. Un pan essentiel du patrimoine progressif français, à redécouvrir !

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°10 - Mars/Avril 1995)