BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Insekt pochette

PISTES :

1. Taxonomic Days (5:29)
2. Mashed Potato Mountain Man (6:52)
3. The Secret (6:20)
4. Pressure (7:13)
5. Sliding Down A Slippery Slope (4:59)
6. My Index Finger (6:27)
7. Slow Corrosion Of Character (5:53)
8. Evening Sadness (5:57)
9. Where Your Thoughts Move With Ease (4:59)
10. Big Surprise (6:54)
11. Stressless (4:07)

FORMATION :

Carl Westholm

(piano, synthétiseur, melodica, vocoder, cymbales)

Niclas Flinck

(chant)

INVITÉS

Ulf Edelönn
(guitares, basse)

Cia Backman
(chœurs)

Jejo Perkovic
(batterie)

Stefan Fandén
(guitare, basse)

Jonas Waldefeldt
(tambourin, percussions)

Oivin Tronstad
(chœurs)

Trollhättan Chamber Choir
(chœurs)

EXTRAITS AUDIO :

CARPTREE

"Insekt"

Suède - 2007

Fosfor Creation - 65:15

 

 

En voilà un groupe qui n'a pas fini d'être surprenant. Et nous de nous dire qu'il n'y a décidément pas de justice en musique ! Avec des formations aussi créatives et originales que Carptree, comment le rock progressif peut-il encore rester enfermé dans son écrin d'ombre ? Pourquoi un public plus nombreux ne peut-il pas avoir accès à ce genre de groupe ? Pourquoi les médias s'entêtent-ils à ne voir dans le terme progressif que des horreurs sans nom ? Car Carptree n'a franchement rien d'effrayant : pas de solos à n'en plus finir, pas de lutins ou trolls en balade, mais au contraire, des textes contemporains empreints de thèmes universels et une musique soucieuse d'aller à l'essentiel en gardant une constance mélodique (donc relativement facile à appréhender). Ce mystère restera entier à jamais...

Le duo Carl Westholm - Niclas Flinck a une nouvelle fois réalisé des prouesses. Pourtant, les onze morceaux de l'album (de 4:08 à 7:13) ne se laissent pas apprivoiser aussi facilement que sur les œuvres précédentes. Pour résumer, on pourrait dire qu'Insekt est à la croisée des chemins entre Superhero et Man Made Machine, moins symphonique que ce dernier, plus complexe que le premier ! On reconnaît néanmoins leur style dès les premières secondes, avec ce démarrage tout en douceur, dominé par le piano et la voix, puis cette sensation d'étouffement qui mènera lentement à une explosion pleine de puissance, procurant une libération salvatrice (n'est-ce pas là la définition d'une musique jouissive ?). Toujours épaulé par le No Future Orchestra (ensemble à géométrie variable comprenant guitariste, bassiste, batteur et choristes), les deux amis semblent s'être recentrés sur leurs capacités propres, à savoir le chant de N. Flinck et les claviers de C. Westholm. La plupart des morceaux s'articulent ainsi autour d'un schéma unique : introduction apaisée, lent crescendo instrumental, comme si une force cachée se tenait prête à surgir brutalement pour tout balayer sur son passage, puis retour à l'accalmie du départ. La batterie, souvent lourde et presque martiale, crée un climat plus qu'elle n'impose un rythme; les claviers aux sources multiples (Moog, Mellotron, piano, synthés) louvoient, tournoient et s'immiscent partout où le chant (toujours aussi beau) n'est pas déjà installé. La guitare et les grands chœurs de Man Made Machine sont moins présents, ramenant le propos musical d'Insekt vers des contrées moins spectaculaires, et décidément plus intimistes. Dans cet ordre d'idée, on entend beaucoup plus de voix féminines "isolées" en soutien au chant de Niclas Flinck.

Et bien sûr, si je vous parle d'un schéma général, cela ne signifie pas que tous les morceaux se ressemblent. Trois exemples au moins se démarquent : «Sliding Down A Slippery Slope» est plus linéaire et léger tant dans sa musique que sa construction, le bien nommé «Big Surprise» démarre sur un riff blues-heavy rock surprenant; enfin le dernier titre, l'excellent «Stressless» est en parfaite adéquation dans son texte et sa musique : conclusion apaisante cherchant à nous faire relativiser l'importance de chaque chose.

Une fois encore, ce duo Suédois réussit à surprendre tout en imposant durablement ses marques. Le groupe enrichit sa discographie à intervalle régulier (quatre albums en sept ans) sans montrer la moindre baisse d'inspiration, ce qui est déjà remarquable en soi. Carptree est bien de ces formations dont la carrière se suit avec un bonheur renouvelé à chaque album.

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)