BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Internal Cut pochette

PISTES :

1. Lacroix
2. Tobe 6
3. Mas Rapido
4. Still Sand
5. Rock 11
6. Internal Cut
7. Areknamés
8. Until Trance
9. Riders On The Storm

FORMATION :

Alberto Pietropoli

(saxophone, flûte)

Enrico Giuliani

(basse)

Roberto Caramelli

(samples)

Riccardo Lolli

(claviers, boucles, chant)

Andrea Ventura

(batterie, percussions)

CENTRAL UNIT

"Internal Cut"

Italie - 2004

MP Records - 68:35

 

 

Fondé à Bologne en 1980, Central Unit a réalisé un EP puis un album éponyme en 1983, produit par Peter Principle de Tuxedomoon et récemment réédité, avant de disparaître prématurément. Deux décennies plus tard, la formation italienne se reforme autour de trois de ses ex-membres et sort, sur un nouveau label, Internal Cut (notez au passage le subtil anagramme). La musique découverte tout au long des neuf compositions (de 4 à 14 minutes) présente une fusion de genres, entre tradition et modernité, toutefois très éloignée de l'orthodoxie progressive. Ici, le jazz côtoie l'ambient, l'électro, le funk et la pop abstraite. La première écoute risque donc d'en déstabiliser plus d'un. Il serait toutefois dommage de s'en tenir là tant Central Unit fait montre de maîtrise et d'audace.

Saxophone, flûte, claviers (synthés, piano), basse, samplers et loops constituent le noyau dur de chaque morceau. Trompette et guitare électrique, tenus par des invités, font quelques apparitions, la première dans un registre typiquement jazzy, la seconde apportant une touche rock. Le chant, pour sa part, est somme toute anecdotique et bien qu'il entre en scène à plusieurs reprises, n'est pas là pour délivrer des refrains aguicheurs. Posé et souvent transformé par des effets divers, il contribue à l'élaboration d'une pop atmosphérique et surréaliste. Séquences enlevées et passages apaisées se succèdent sur fond de boucles électro, de nappes vaporeuses ou orchestrales pour donner corps à une œuvre contrastée dont les mélodies s'immiscent peu à peu dans notre cerveau. Les thèmes sont très réussis, notamment celui, superbe, joué par le saxophone sur l'éthéré «Still Sand».

L'utilisation de samplers et de programmations, même si elle sera loin de faire l'unanimité, confère à l'ensemble une certaine spécificité. Sur le premier titre de l'album, «Lacroix», Demetrio Stratos (le charismatique chanteur d'Area) est ainsi ressuscité. Ses vocalises, greffées sur un groove rythmique et une trompette agile, sont intégrées de façon fort pertinente au contexte. Ailleurs, l'échantillonnage prend plutôt la forme de sons futuristes, de bruitages et autres voix, mais n'est jamais purement gratuit. Soulignons enfin que parmi les neuf compositions deux sont en fait des reprises. Il s'agit de «Areknamés» de Franco Battiato et du célèbre «Riders On The Storm» des Doors. Les versions proposées par le quintette italien sont personnelles et modernes, agréables à défaut d'être réellement enthousiasmantes.

Un temps d'adaptation est nécessaire pour apprécier Internal Cut à sa juste valeur. Si les amateurs du brassage stylistique évoqué plus haut et les esprits curieux pourront être tentés, la singularité du propos aura sans doute du mal à convaincre la majeure partie de la communauté progressive. Mais peu importe. Central Unit effectue un retour gagnant en nous livrant une œuvre éclectique et finalement très plaisante, dont la fraîcheur est la vertu première. Et c'est bien là l'essentiel.

Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)