BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Expedition (7:13)
2. Timecode (8:25)
3. Half Empty, Half Fool (11:27)
4. Child Of Hope (6:21)
5. Living In The Human Race (8:09)
6. Ferengi Lover (5:30)
7. Have A Break (8:45)
8. When The Night Begins (7:41)
9. Mountain High (10:14)

FORMATION :

Martin Eden

(chant)

Udo Lang

(guitares)

Tobias Budnowski

(claviers, guitares)

Stephan Scholz

(basse, guitares)

Tom Jarzina

(batterie)

CHANDELIER

"Time Code"

Allemagne - 1997

Inside Out - 73:47

 

 

Après deux albums qui auront marqué le début des années 90 (Pure en 1990, inégal mais qui laissait deviner un potentiel créatif tout à fait intéressant dans le registre «néo-progressif», et surtout le superbe Facing Gravity en 1992, qui amorçait un virage plus symphonique), revoici Chandelier pour un troisième opus qui sort de façon totalement inattendue.

Quatre ans de silence (depuis son concert parisien en avril 1993), mais pas d'inactivité (cf. entretien), et quelques changements dans la formation, avec l'arrivée d'une nouvelle section rythmique : Stephan Scholz (également co-ingénieur du son) à la basse et Tom Jarzina (quant à lui concepteur de la pochette) à la batterie. On le voit, ces deux musiciens ne sont pas que des faire-valoir, et leur apport à tous les niveaux s'avère conséquent.

En effet, dès la première écoute de ce nouvel album, on est frappé par la puissance de la section rythmique, et de la batterie en particulier, qu'on pourra accuser d'ailleurs d'une présence un peu envahissante et d'un certain manque de finesse. Il est d'ailleurs important de remarquer que pas un seul morceau acoustique (au contraire des deux albums précédents) ne figure sur ce Time Code. L'électricité règne en despote, avec en particulier la guitare d'Udo Lang présente sur tous les fronts... Mais qui s'en plaindra ? Certes, son jeu évoque certains «clichés» progressifs, mais son style fluide, coulé, rayonne sur bon nombre des compositions, et on lui doit assurément les meilleurs moments de l'album. Au hasard, on citera le plaintif chorus de «Half Empty, Half Fool», le très beau thème de «Time Code» et plus encore, le long solo final du dernier morceau, «Mountain High», certainement le meilleur morceau de l'album (qui compte neuf titres, de 5:30 à 11:27).

Chandelier excelle d'ailleurs toujours dans les parties finales instrumentales de beaucoup de morceaux. Il est simplement dommage que la structure des compositions n'équilibre pas un peu plus ces points forts, et que tous ne bénéficient pas de ceux-ci ! Un titre comme «Child Of Hope», même s'il n'est pas foncièrement désagréable, n'est quand même pas ce que le groupe a de plus intéressant à proposer. Peut-être doit-on y voir une éventuelle quête de reconnaissance commerciale ?

Par contre, la déception vient de la relative inexistence des claviers de Tobias Budnowski. Certes, ils n'ont jamais été très extravertis dans la musique de Chandelier, mais ici, même en accompagnement, ces instruments (symboles plus que tout autre du rock progressif...) sont relégués au tout dernier plan. Tout juste peut-on entrevoir quelques nappes ici et là, quelques notes de piano («When The Night Begins»), un orgue un peu déluré, mais tout cela reste très discret.

Heureusement, l'autre grande qualité du groupe (avec la guitare donc) est toujours bien là : la voix de Martin Eden, très identifiable et qu'il serait vain de vouloir comparer avec celle d'autres interprètes. Ce chanteur excellent (l'émotion paraît lui fragiliser la voix dans le très mélancolique «Mountain High» déjà cité) se révèle n'être jamais envahissant (on souhaiterait presque le voir chanter un peu plus, c'est vous dire !), mais participe au contraire à la cohérence des morceaux, intervenant à point nommé pour les relancer avant qu'un solo ne vienne faire décoller l'ensemble ! Ses textes évoquent souvent le temps passé, l'enfance, l'adolescence, de façon assez mélancolique, mais l'humour n'est jamais très loin (et tous ceux qui se rappellent du concert parisien du groupe il y a quatre ans se remémoreront sans peine ses facéties), comme sur l'entraînant «Ferengi Lover».

Au total, ce nouvel album tient encore le haut du pavé dans la catégorie «néo-progressive», grâce à ses réelles qualités mélodiques et émotionnelles. Il n'est pas exempt de défauts, et l'on peut espérer voir les musiciens à l'avenir tâcher d'un peu plus uniformiser leurs compétences. Il devrait néanmoins ravir tous les amateurs de rock mélodique dominé par la guitare et un chant irréprochable et très personnel.

Christian AUPETIT et Frédéric BELLAY

Entretien avec Martin EDEN :

Vous êtes un groupe très secret. Personne n'attendait ce nouvel album, on vous croyait disparus à jamais...

Non, nous ne sommes pas si secrets que ça ! Seulement, nous ne sommes pas assez célèbres, c'est tout ! Nous ne sommes pas des musiciens professionnels, et nous avons tous un travail à côté. Nous jouons, composons, enregistrons chaque note sur notre temps libre, alors évidemment, ça peut prendre beaucoup de temps ! Après Facing Gravity, Henry et Christoph nous ont quittés pour raisons personnelles. Nous sommes toujours bons amis, néanmoins. Mais il a fallu que nous leur trouvions des remplaçants, que nous répétions avec eux les anciens titres, puis que nous nous mettions à composer de nouveaux morceaux. Tout ça ne se fait pas en un mois ! Voilà pourquoi tant de temps s'est écoulé entre l'album précédent et Time Code.

Tom et Stephan sont très impliqués dans ce nouvel album...

Thomas Jarzina est un vieil ami. Il a toujours été très proche du groupe, et c'est un superbe artiste pour tout ce qui est graphique. Il a des idées qui sortent des conventions habituelles... et c'est un excellent musicien aussi ! Il était l'un des concepteurs de la pochette de Pure et il a fait celle de Facing Gravity. En plus, il a beaucoup d'humour et il nous apporte beaucoup de ce point de vue. Stephan est un musicien stupéfiant et il a joué dans plein de groupes, du blues au funk. En fait, le studio où nous avons enregistré Time Code lui appartient pour moitié. Il connaissait Udo depuis longtemps, donc on a vite pensé à lui pour remplacer Christoph. Il est très sûr, et on ne veut pas le perdre.

Tes textes sont souvent mélancoliques. Penses-tu que notre époque manque de rêves et que les artistes peuvent apporter une aide par leurs œuvres?

C'est vrai, certains de mes textes sont mélancoliques, mais je crois que cela amène une atmosphère plutôt positive. Dans Time Code, mes textes sont plus remplis d'espoir et de joie de vivre qu'ils ne l'ont jamais été ! L'essence de nombreux morceaux est : «Ne laissez jamais tomber ! Allez de l'avant !». «Ferengi Lover» est du pur amusement, et c'est une sorte de «salut !» à tous les fans de «Star Trek» dans le monde ! Mais pour en revenir à votre question, bien sûr qu'il y a un manque de rêves, de sourires et d'amour chez beaucoup de nos semblables. Bien sûr, nous tous, et pas seulement les artistes, sommes invités à tendre la main vers ceux qui en ont besoin. Il n'y a aucune utilité à pleurer et à se plaindre, seul dans son coin. Si nous oublions de rire et de nous faire plaisir, nous oublions de vivre ! Alors mes textes ne seront jamais un guide pour les gens qui veulent en finir en sautant d'un pont... Mais peut-être pourront-ils aider à sauter au-dessus de ces ponts, à construire des ponts à l'intérieur du coeur des auditeurs...

II y a plus de guitare sur ce nouvel album. Etait-ce votre intention dès le départ ?

Chandelier n'a pas de chef, pas de patron au-dessus de lui. Toutes les décisions sont prises ensemble, et le processus de création, d'arrangements se fait très simplement, entre nous. Nous ne disons jamais : «hé, les gars, on va faire un album avec plus de guitare !». Ce qui arrive arrive, c'est tout...

Pour terminer, faudra-t-il attendre cinq ans avant d'avoir un nouvel album de Chandelier ?

J'espère bien que non ! Dans quelques mois, nous allons rééditer le premier album, Pure, qui est épuisé depuis longtemps. Cet hiver, nous devrions jouer avec Spock's Beard en Europe... et nous espérons à ce propos venir à nouveau en France ! Et puis, nous avons déjà commencé à travailler sur de nouvelles compositions. Donc... à bientôt !!!

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°21 - Juillet/Août 1997)