
PISTES :
1. Ciccada (4:38)
2. Isabella Sunset (6:09)
3. A Child In The Mirror (6:00)
4. A Storyteller's Dream (7:08)
5. Raindrops (4:16)
6. An Endless Sea (5:27)
7. Epirus - A Mountain Song (4:58)
8. Elisabeth (7:08)
9. The Moment (3:14)
10. A Garden Of Delights (8:23)
FORMATION :
Evangelia Kozoni
(chant, claviers)
Nicolas Nikolopoulos
(flûtes, orgue, Mellotron, piano)
Giorgos Mouchos
(guitares électrique et acoustique)
Omiros Komninos
(basse)
Christos Zelelidis
(batterie)
Panagiotis Gianakkakis
(piano)
EXTRAITS AUDIO :
CICCADA
"A Child In The Mirror"
Grèce - 2010
Fading Records - 57:27
Celui qui cherche la prochaine merveille n'aura sans doute pas le réflexe de regarder du côté des Balkans et c'est sans doute à tort. Mais à part La Tulipe Noire, on ne peut pas dire que la Grèce a été un terreau fertile pour la musique progressive au cours des dernières années. Il y a bien eu Aphrodites Child, Akritas et Socrates dans les années 70 mais c'est loin tout ça. Même Vangelis s'est fait discret depuis plusieurs années et son appartenance au mouvement progressif est aussi subjective qu'épisodique. Cependant, avec la parution récente de A Child in the Mirror, il y a lieu de croire que Ciccada s'est fixé comme objectif de faire honneur à son pays et de rattraper le temps perdu et ce, de très belle façon.
Ce trio hellénique formé de Yorgos Mouchos (guitares et voix), Evangelia Kozoni (voix, accordéon et percussions) et Nicolas Nikolopoulos (flûtes, claviers, percussions et voix) a été fondé à Athènes en avril 2005 avec l'idée de transformer leurs rêves et leurs espoirs en mots et en sons dans le but de raconter leurs histoires. C'est du moins ce que nous apprend le magnifique livret et force est d'admettre que le résultat est à la mesure des ambitions affichées. Le noyau de base de Ciccada est toutefois augmenté d'une foule d'invités qui varient d'une pièce à l'autre.
Et pourtant, une première écoute m'a vaguement donné l'impression d'avoir affaire à un bon groupe italien du genre de Conqueror, par exemple. Un beau son feutré, une très belle voix féminine et une flûte assez présente m'ont donné cette fausse idée. Je n'étais pourtant pas totalement dans le champ puisque la lecture des crédits explique en partie cette impression. En effet, l'album a été enregistré principalement à Milan avec le support de AltrOck et de quelques musiciens liés à l'organisation italienne dont l'excellent batteur Alberto De Grandis (DFA). Cependant, une écoute plus attentive révèle une foule de détails et une profondeur insoupçonnée au premier abord. On se rend alors compte que Ciccada ratisse large au risque de s'égarer, ce qu'il évite heureusement par une compétence plutôt rare pour une formation débutante.
Le fer de lance de cet album est l'utilisation des instruments à vent tels que la flûte traversière, la flûte à bec et surtout la clarinette tenue par deux protagonistes qui se partagent la tâche. La pièce d'ouverture qui a donné son nom au groupe (déformation par un double c du mot cigale en anglais) est un instrumental qui contient déjà tous les ingrédients de la sauce Ciccada avec justement cette clarinette qui s'impose dès le départ. Peu à peu, la musique gagne en puissance par l'arrivée de l'orgue Hammond et du mellotron qui s'intègrent progressivement. Mais voilà que tout bascule vers un passage où règne le folk à la Gryphon qui cède ensuite la place à une guitare électrique pour un passage plus rock. Parfois électrique mais plus souvent acoustique, la guitare n'est jamais envahissante mais elle sait aussi donner un petit côté hard dans des moments stratégiques. Aussi étrange que ça peut paraître, tous ces styles cohabitent de façon cohérente et donnent un résultat qui tient de la magie.
Sur ces 10 pièces (3:14 à 8:24), le son de Ciccada rappelle certains groupes anglais comme Jethro Tull, Gryphon et Renaissance à cause du mélange de rock, de folk et de musique de chambre. Mais à aucun moment on a l'impression d'avoir affaire à un clone de ces groupes. Il faut dire que la voix de Evangelia Kozoni donne une personnalité au groupe et que la touche de jazz, dont ne se prive pas Ciccada, le rend un peu singulier par rapport à ses contemporains. Écoutez la pièce titre en particulier, chantée en grec de surcroît, où la musique du groupe prend une couleur typique du style Canterbury.
Le deuxième instrumental de l'album "A Storyteller's Dream" (7:09) compte parmi les meilleurs moments de l'album avec des séquences de folk celtique, d'orgue Hammond, de guitare acoustique et des arpèges de piano dignes des meilleures solos de John Tout. Le folk celtique revient régulièrement mais le groupe fait aussi référence à ses origines avec 2 pièces teintées de folklore grec ("Epirus" et "I Stigmi"), une influence qui s'intègre naturellement à sa musique. Bien que chaque composition recèle son lot de trouvailles passionnantes, l'excellente "A Garden of Delights" qui ferme l'album est à mettre en exergue avec son intro en forme de clin d'œil à Jethro Tull et ses mutiples rebondissements. On y retrouve même une référence à Van der Graaf Generator qui se manifeste durant quelques mesures vers le milieu de la pièce où les plus observateurs remarqueront aussi une légère saveur d'After Crying.
Ciccada apparaît donc comme une jeune formation talentueuse qui frappe fort dès le départ avec un album riche en subtilités et interprété avec beaucoup de virtuosité. Et malgré toutes les références, sa musique n'a rien d'élitiste puisqu'elle demeure très accessible. La façon de s'approprier toutes ces influences lui assure d'emblée une certaine adhésion en créant des repères pour l'auditeur mais cela aurait également pu jouer contre lui. Nous avons affaire à des musiciens en pleine possession de leurs moyens et qui savent s'entourer. Il serait donc vraiment dommage que ce premier essai demeure sans suite.
Jean-François LAMARRE
(chronique parue dans Big Bang n°78 - Décembre 2010)


