BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Mindscape pochette

PISTES :

1. The Corridor Of The Time (11:19)
2. A Gentle Scenery (4:58)
3. A Breeze (2:40)
4. The Tropic (7:52)
5. The Hill Of Water (9:16)
6. The Sea Without A Shore (12:33)
7. Departure For The Fortune (1:57)

FORMATION :

Hiromi Fujimoto

(chant)

Yushihiko Kitamura

(synthétiseur, ocarina)

Masaki Mashimo

(basse, synthétiseur)

Tokiko Nakanishi

(violon, violon alto)

Tohru Ohta

(guitare, synthétiseur)

Hirozaku Taniguchi

(batterie)

CINEMA

"Mindscape"

Japon - 2004

Muséa - 50:38

 

 

Après deux albums sympathiques mais qui n'ont pas vraiment marqué les esprits au-delà des nippophiles avertis, Cinema continue malgré tout son petit bonhomme de chemin en proposant là sa troisième livraison (rappelons que le groupe compte dans ses rangs trois ex-membres de Fromage, «mythique» formation des années 80).

Totalement hors des modes, le groupe propose de nouveau sur ce Mindscape un progressif au symphonisme délicat et raffiné, qu'on pourra au choix trouver désuet ou délicieux... L'instrumentation se fait ainsi très acoustique, ce qui accentue la dimension classisante de la musique (violon, violoncelle, piano), intégrant aussi des instruments plus «exotiques» comme le bouzouki et l'ocarina, créant ainsi un environnement sonore d'une douceur rarement dérangée.

En effet, la composante rock reste bien minoritaire, les vingt premières minutes de l'album étant même, hormis quelques percussions sur le premier morceau, quasiment dénuées d'élément rythmique. Quelques envolées plus dynamiques ponctuent néanmoins le développement des sept morceaux présents (de 4:58 à 12:33, plus deux courts instrumentaux de 2 minutes), comme sur la partie centrale de «The Tropic» et son duo clavier/guitare virevoltant ou celle de «The Sea Without A Shore».

Mais ces dernières se comptent sur les doigts d'une main, car Cinema est avant tout un groupe qui privilégie - avec un talent certain - la création d'ambiances oniriques à la beauté palpable, comme autant d'incitations au voyage intérieur (le titre de l'album pourrait d'ailleurs se traduire par «paysage mental»). On pense parfois ainsi à Mike Oldfield, et plus particulièrement à son homologue japonais (pour aller vite) Asturias, dans ce mélange de parties acoustiques et synthétiques (c'est particulièrement évident sur l'excellent instrumental d'ouverture, «Corridors Of Time») et dans la féerie des climats.

La sobriété est donc de mise dans le jeu des musiciens, le seul qui se démarque vraiment étant le guitariste Tohru Ohta. Ses envolées solistes électriques pleines de fougue et de lyrisme sont un régal, dans un style qui évoque bien souvent le Steve Rothery de la grande époque. La section rythmique reste donc très discrète, tandis que les claviers, bien qu'occupant une place essentielle dans le son du groupe, restent surtout cantonnés à un rôle d'accompagnement et d'ambiance. La voix très particulière de Hiromi Fujimoto, avec son timbre chevrotant et ses intonations parfois proches d'une chanteuse lyrique, ne fera par contre sûrement pas l'unanimité, et ce y compris chez les amateurs confirmés de chant «à la nippone». Mais au bout de quelques écoutes, la gêne initiale a tendance à s'estomper, d'autant plus que les développements instrumentaux restent majoritaires. Alors bien sûr, on n'échappe pas parfois à une certaine linéarité et à un côté new-age, mais le soin apporté aux mélodies permet dans l'ensemble de prévenir toute lassitude chez l'auditeur (seul «The Hill Of Water» peut paraître trop contemplatif), les quelques accélérations citées jouant aussi leur rôle à ce niveau-là en apportant un peu de variété rythmique.

Il est à noter enfin «The Sea Without A Shore» est en fait une reprise du titre de Fromage «Kishibe No Nai Umi», qui était présent en version démo sur l'album Ondine. Bonne idée en tout cas que d'avoir «repêché» ce beau morceau, habité par une douce mélancolie : il bénéficie ici, évidemment, d'une qualité sonore bien supérieure à l'originale (la structure restant globalement la même, a l'exception du solo de guitare final considérablement rallongé), et se place comme un des moments forts de ce Mindscape.

Un album qui au final se situe donc tout à fait dans la lignée de ses devanciers, et qui aura peut-être encore du mal à toucher un large public, de par son côté très typé (le chant notamment) et sa quasi-absence d'aspérités. C'est dommage, car sans révolutionner quoi que ce soit, ces cinquante minutes distillent un charme nostalgique et précieux assez unique, qui touchera au moins, à coup sûr, les plus rêveurs d'entre vous...

Clément CURAUDEAU

(chronique parue dans Big Bang n°57 - Avril 2005)