BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Infinite Symphony pochette

PISTES :

1. Movement I (10:58)
2. Movement II (8:40)
3. Movement III (12:28)
4. Movement IV (8:45)
5. Movement V (10:56)
6. Movement VI (9:17)
7. Movement III (Radio Edit) (5:47)

FORMATION :

Cyrille Verdeaux

(piano, claviers)

Peter McCarthy

(guitares [1,2,4,6])

Dan Shapiro

(basse [1 à 5])

Shaun Guerin

(batterie, percussions [1 à 6], chant [3])

Didier Malherbe

(saxophone [1,2], doudouk [1,6], flûte [2])

Trevor Lloyd

(violon électrique [1,4,5])

Hom Nath

(tablas [1,6])

Gene Stopp

(Moog [6])

John Thomas

(guitares [2,3,5])

Cory Wright

(saxophone ténor [3])

Matt Brown

(chœurs [3])

Richard Hardy

(saxophones ténor et soprano [4], flûte [4,5], tin whistle [4], clarinettes basse et ténor [5])

CLEARLIGHT

"Infinite Symphony"

France - 2004

Clearlight Music - 66:48

 

 

Bien que la sortie, l'an passé, de la compilation fleuve Kalevala incluant un titre signé Clearlight, en ait quelque peu désamorcé la surprise, c'est tout de même une sacrée bonne nouvelle de constater que Cyrille Verdeaux est allé au bout de son projet, à savoir réactiver Clearlight sur la base de sa légendaire Clearlight Symphony.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette œuvre, dont la première publication remonte à 1975, il convient de rappeler que celle-ci proposait, à partir de thèmes très forts (quasi magmaïens), de multiples péripéties instrumentales assurées par quelques pointures de la scène progressive française de l'époque (issues pour la plupart de Gong) et associait au progressif symphonique les acquis hypnotiques de l'école planante allemande.

Le succès fut tel que l'on vit en Cyrille Verdeaux une sorte de pendant français et pianistique de Mike Oldfield, qu'il rejoignit au sein de l'écurie Virgin. Par-delà des évolutions de carrière divergentes, la destinée de leurs premières œuvres respectives allait présider à la résurgence de ce parallèle lorsqu'en 1990, deux ans avant le Tubular Bells II du guitariste, Symphony II allait proposer une première relecture actualisée de Clearlight Symphony. Malgré un travail remarquable, notamment au niveau mélodique, cette version apparaît malheureusement plus datée que l'original (dont une moitié avait été intégrée, très artificiellement, au CD). Plus que l'affiliation new-age, alors à son apogée, c'est davantage (comme trop souvent dans ce courant) l'abus des sons numériques, qui, à l'évidence, a rendu nécessaire une nouvelle tentative. Cette étape n'aura pourtant pas été vaine, puisqu'Infinite symphony s'en abreuve aujourd'hui autant que de la source originale.

On retrouve notamment la décomposition en six mouvements (d'une dizaine de minutes environ pour chacun) ainsi que certains éléments plus substantiels. On peut d'autre part considérer que la rectification de ses erreurs est aussi à mettre à l'actif de l'expérience Symphony II. Et c'est d'ailleurs de ce cheminement, le parti-pris sonore qui frappe le plus lors des premières écoutes. L'intégration massive d'instruments acoustiques - flûtes et saxophones, avec notamment la participation de Didier Malherbe, guitare et clarinettes viennent renforcer l'habituel piano de Cyrille Verdeaux - crée un équilibre parfait avec la partie électrique (guitares, synthés, basse, violon...). Le confort auditif qui en émane participe de l'impression de beauté tranquille où les contrastes, moins développés que dans les versions précédentes, s'accommodent d'ambiances chaleureuses et finement nuancées.

Finalement, Clearlight trouve là une sorte de voie salutaire plus à même de rassembler que les dernières propositions de son principal compositeur. Il est vrai qu'on peut tout de même être réfractaire à l'aspect répétitif ou trop délayé de cette musique, de même qu'on peut aussi lui préférer la folie électrique du premier album, la densité de son propos, et la poésie des sons de claviers analogiques qui le sublimaient (ah ces nappes de mellotron !, ces sons magiques de trompette !...); il n'empêche que s'il l'a redéfinie, Cyrille Verdeaux conserve bien à sa création un aspect tout à fait original. Certes les spécificités de cette refonte incluent bien une certaine indolence, mais il suffit d'en accepter la règle pour en faire du rêve, ou du moins trouver dans ces notes apaisantes une plénitude que bien des albums de new-age n'ont jamais atteinte. Par ailleurs, certains esprits chagrins jugeront sans doute sans intérêt la réexploitation d'anciennes compositions. Le concept de chantier perpétuel (que traduit d'une certaine façon le titre de l'album) m'apparaît, au contraire, totalement en phase avec les valeurs progressives; bien plus, en tous cas, que ces innombrables 'live', aussi fastidieux que superfétatoires.

En son sein, Infinite symphony, possède les germes d'autres évolutions possibles. Ainsi en va-t-il du chant inattendu du regretté Shaun Guerin, extraordinairement proche de celui de Peter Gabriel, qui s'il est parfaitement intégré à l'ensemble, semble montrer, avec l'étendue des variations proposées, de nouvelles directions possibles. L'une d'elles, en particulier, pourrait bien recroiser les visées frustrées des Contes du Singe Fou, qui auraient tant bénéficié d'un tel chanteur. Reste à trouver quelqu'un d'aussi talentueux que Guerin, disparu on s'en souvient peu après la fin de l'enregistrement.

Bref, les bases sont bel et bien jetées pour un avenir propice où les acquis positifs d'aujourd'hui peuvent à la fois s'épanouir et s'affranchir de leurs références.

Laurent MÉTAYER

(chronique parue dans Big Bang n°55 - Octobre 2004)