
PISTES :
1. Soaked (9:02)
2. The Missing Spark (9:02)
3. Into My Cartoon (4:08)
4. The Age Of Glass (5:53)
5. Fearless (3:57)
6. Daisies In The Sunshine (2:31)
7. The Cloister (5:46)
8. The Nineteenth Hole (8:42)
9. Sweet Smelling Wood (2:46)
10. Fear (10:53)
FORMATION :
Aluisio Maggini
(chant)
Marco Cerulli
(guitares, saxophone)
Philip Hubert
(claviers)
Andy Thommen
(basse)
Pietro Duca
(batterie, percussions)
CLEPSYDRA
"Fears"
Suisse - 1997
Autoprod. - 62:55
Pour un groupe en pleine maturation, perdre l'un de ses membres (a fortiori quand il s'agit de l'un de ses leaders) peut s'avérer rédhibitoire pour la suite de sa carrière. Lele Hofmann, guitariste émérite des deux premiers albums, a donc quitté Clepsydra, laissant le quintette suisse face à un double challenge : d'une part, faire du nouveau venu (Marco Cerulli, qui joue également du saxophone sur un titre) un digne successeur du musicien absent, et d'autre part emprunter à nouveau la route ascensionnelle suivie depuis bientôt dix ans...
Clepsydra, depuis la reddition de Galaad (sous sa forme la plus connue au moins), est de plus devenu le principal représentant de la scène progressive helvétique. Ce nouvel album revêt donc une importance particulière, liée à l'hégémonie nationale de son auteur.
Mais ne tergiversons pas davantage : Clepsydra se montre digne de notre attente du début à la fin des dix compositions (de 2:31 à 10:53) de Fears. Le mouvement progressif, de par son arrivée à maturité, a cessé de réclamer d'incessantes progressions à ses formations, et nous permet aujourd'hui de plébisciter celles qui offrent un discours authentique et inspiré à défaut d'être novateur... Nos amis suisses entrent parfaitement dans cette catégorie.
Leur rock néo-progressif aux fortes effluves symphoniques n'invente strictement rien mais offre un visage sincère et généreux. Les musiciens ont à nouveau progressé (mention particulière au chanteur Aluisio Maggini, à l'accent anglais désormais irréprochable), et contournent les limites du style qu'ils ont choisi par une sophistication mélodique de tous les instants. Ce perfectionnisme m'incite d'ailleurs à faire de Clepsydra le proche parent du IQ de Subterranea, d'autant plus que la production de Fears est elle aussi magistrale. Le propos musical coule de source, offrant donc une fluidité mélodique dans laquelle viennent se mouvoir une guitare volubile et des claviers pluriels. Les séquences instrumentales, pleines de vigueur ou de colorations atmosphériques, offrent donc des contrastes, saisissants vecteurs d'une large palette d'émotions chez l'auditeur. Ce dernier, s'il ne rechigne pas à emprunter une route balisée (et néanmoins superbe), découvrira donc un groupe au sommet de sa forme, charmant et charmeur au possible...
Vous l'avez compris, le double challenge évoqué en introduction a trouvé ici des réponses hautement positives. Au point que Clepsydra est désormais amené à jouer un rôle inédit pour lui : celui de leader, au même titre que IQ, Arena ou Pendragon (pour l'heure, la notoriété en moins...), d'un courant néo-progressif qui connaît depuis quelques temps déjà une fort belle seconde jeunesse.
Olivier PELLETANT
Trois questions à Andy THOMMEN :
Votre musique est caractérisée par ses contrastes entre séquences énergiques et atmosphériques, qui évoquent souvent un groupe comme IQ. Vous sentez-vous issus de cette tradition ?
Je ne sais pas vraiment. Nous avons formé Clepsydra en 1989. A cette époque, nous ne connaissions que Genesis, Yes et Marillion. Nous n'avons découvert qu'un an après la sortie de notre premier album, Hologram, qu'il existait encore une scène progressive ! Au regard de l'évolution de celle-ci au cours des dernières années, je serais tenté de dire que nous représentons une tradition en voie de disparition, celle du «vieux néo-progressif». Nous ne sommes en effet plus beaucoup à jouer dans ce style, tous les jeunes groupes, trop à mon avis, optent pour le hard-prog...
Fears est un produit très professionnel à tous points de vue. Misez-vous sur cet aspect pour toucher un public qui dépasse celui des initiés ?
Non, c'est avant tout une exigence personnelle. Nous accordons une grande importance à la qualité de ce que nous faisons. C'était d'autant plus le cas avec cet album, car nous enregistrions pour la première fois dans notre tout nouveau studio digital. Nous savions que nous devions prouver beaucoup. La réalisation de cet album fut un processus très intime. Pour les précédents, il y avait toujours des gens dans le studio qui donnaient leur avis, nous disaient de faire ceci ou cela. Cette fois, nous étions les seuls juges. Personne en dehors du groupe n'a entendu une seule note de l'album avant sa sortie - y compris ma femme ! (rires)
Peux-tu nous parler du thème des textes de Fears ? S'agit-il d'un concept-album ?
En quelque sorte, oui. Les textes parlent de choses qui me sont assez personnelles, mais qui concernent aussi les autres membres du groupe. Ils parlent de notre enfance commune, lorsque nous fréquentions un collège privé très strict à Ascona, dans lequel tous les professeurs sont des religieux. C'est durant cette période que nous avons fait l'apprentissage des difficultés de la vie. Nous avons appris combien l'enfance est fragile («The Age Of Glass»), nous avons perdu un camarade de classe qui est mort à 16 ans d'une leucémie, et dont le sport préféré était le golf («The Nineteenth Hole»), nous avons fait beaucoup de cauchemars qui nous empêchaient de dormir la nuit («Soaked»). Cette école était construite autour d'un vieux cloître («Cloister») dans lequel nous avons passé beaucoup de temps à discuter la question de l'éternité d'un point de vue religieux («Fear»). Voilà, pour vous résumer brièvement...
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°23 - Nov-Décembre 1997)

