
PISTES :
1. Heroes Cry (6:41)
2. In Your Eyes (14:04)
3. Lovely Day (5:11)
4. Living In The Moonlight (4:43)
5. The Blues (7:17)
6. Wings In The Night (11:12)
7. Moonshine (12:50)
8. War Is Over (5:27)
FORMATION :
Robert Amirian
(chant, guitare acoustique)
Mirek Gil
(guitares)
Krzysztof Palczewski
(claviers)
Wojtek Szadkowski
(batterie)
Piotr Mintay Witkowski
(basse)
COLLAGE
"Moonshine"
Pologne - 1994
SI Music - 67:26
Au cours des tribulations de son inspiration, Marillion conserva constamment une balise stylistique en la personne de Steve Rothery. Cet instrumentiste, tel un phare perforant d'épaisses brumes marines, permit aux fans du groupe, voguant sur les flots de leur désappointement, de se repérer grâce à la forte personnalité de son jeu de guitare.
Avec Collage, tout jugement comparatif mis à part, vous constaterez le même phénomène. Dès la première écoute de Moonshine, vous vous trouverez plongés quatre ans en arrière quand Basnie révélait à (presque) tous le talent de ce groupe polonais. Vos souvenirs s'organiseront en effet rapidement car, à l'instar de Marillion donc, Collage possède un guitariste qui ne s'est nullement départi de son style original au fil du temps (nous y reviendrons, bien sûr).
Cependant, cet "arbre" ne doit nullement vous cacher une quelconque "forêt", car un certain nombre d'événements sont intervenus depuis le premier album de la formation de Varsovie. Outre les différents disques sortis sous le nom de Collage - 9 Songs Of John Lennon (1993) et la compilation d'inédits Zmiany (1993) - ou celui auquel il a participé - la compilation italienne Fafnir - ces changements concernent avant tout le line-up du groupe. En effet, des musiciens qui ont donné vie à Basnie, Moonshine n'abrite plus que les deux membres fondateurs (en 1986) du groupe : Mirek Gil (notre ami guitariste) et Wojtek Szadowski (d/pc), compositeurs de la très large majorité des titres.
Ce noyau dur, symbole du Collage que nous connaissions, s'est donc "entouré" de trois nouvelles particules qui ont inévitablement modifié la charge finale de Moonshine. S'il n'y a pas grand-chose à dire sur Piotr Mintay Witkowski (b), si ce n'est qu'il s'intègre sobrement à la section rythmique en se contentant de compléter le jeu déluré de Szadowski, Krzystof Palcewski (kb) et surtout Robert Amirian (v) nous invitent par contre à plus d'attention concernant leurs apports respectifs. Le claviériste, par sa tâche - quasi exclusive - d'agencement et de mise en relation des grands thèmes mélodiques, n'a finalement et globalement pas plus de singularité à faire valoir sur Moonshine que son prédécesseur (Jacek Korzeniowski) sur Basnie.
En fait, la nouvelle appréciation que vous porterez sur Collage résultera immanquablement de la façon dont vous allez appréhender la personnalité vocale de Robert Amirian, et plus généralement la saveur particulière qu'elle donne aux huit compositions (de 4:43 à 14:04) du présent album. Le musicien en question (il joue également de la guitare acoustique et de la mandoline) possède une voix claire et agréable. Mais il la dénature quelque peu en l'affublant de tendances maniérées en forçant le découpage syllabique des mots qu'il marie à la musique. Associé à une excellente diction de l'anglais (langue dans laquelle la totalité des textes est écrite), ce chant manquant de plénitude peut néanmoins vous séduire, ou en tout cas ne nullement vous décourager. Et cela, même s'il confère à Moonshine ce petit côté pop que les parties instrumentales n'ont de cesse de contredire. Il sera de toute façon difficile de ne pas jeter des regards nostalgiques vers les paroles polonaises de Basnie, qui symbolisaient idéalement le brassage culturel dont cet album se faisait avec bonheur l'écho.
Quant à la musique, elle n'offre pas - d'un point de vue intrinsèque - de profondes variations par rapport à celle gravée sur le disque étrennant la carrière de Collage. Comme je vous l'ai précisé plus haut, vous serez même très certainement sensibilisés par les immuables (ou presque) sonorités guitaristiques. Mirek Gil possède un jeu à ce point acéré et distant qu'il confère une dimension spectrale à son instrument. Vous avez certainement du mal à comprendre mes propos, mais c'est avant tout parce qu il est non moins ardu de décrire les nuances qui, à l'arrivée, sont les éléments constituants de l'originalité... Les apparitions de la guitare, nombreuses donc à la base de la structure des morceaux, semblent prendre leur source dans un second plan sonore, et assaillent l'auditeur de phrases mélodiques aux accents métalliques et tranchants. N'allez pas croire pour autant que le style de Mirek Gil soit dépourvu d'humanité; il est au contraire le fruit de la grande sensibilité de son auteur, sensibilité qui s'exprime à coup de grands riffs fédérateurs. C'est en effet cette guitare inventive qui réunira certainement un large public autour de Collage, car elle parvient - soutenue dans cette tâche par des claviers introvertis mais irréprochables - à rendre anecdotiques les velléités "pop" des séquences vocales.
Moonshine, en étirant son propos musical (trois titres de plus de 10 minutes, morceaux enchaînés) a sensiblement édulcoré l'urgence dans laquelle Basnie faisait vivre ses huit compositions (de 3:20 à 10:00 pour un total de 45 minutes). Ce que Collage a perdu en spontanéité rock, il l'a gagné en ampleur symphonique. Ce groupe s'est visiblement donné les moyens d'exprimer pleinement ses idées en se souciant de prime abord d'offrir à sa musique une apparence formelle impeccable (la production, ici intelligente et soignée, est à ce titre à citer !). Basé sur un souci mélodique de tous les instants, le rock néo-progressif (de qualité !) de Collage a donc pris une dimension symphonique qui lui sied parfaitement dans la mesure où elle amplifie les contrastes musicaux de ses compositions. Moonshine permettra alors, il me semble, à son géniteur de s'attirer les faveurs de nouveaux admirateurs sans pour autant le priver de ses fans de la première heure.
Collage effectue donc brillamment son retour en terre progressive (après son escapade du côté de John Lennon...), et démontre avec son nouvel album que le département de SI Music destiné à promouvoir ce genre de musique Red Jasper, Citizen Cain, Cyan...) semble reprendre une activité normale. Et quand on sait que la "normalité" pour nos amis hollandais n'a, dans l'absolu, pas une signification progressive des plus profondes, c'est bien la moindre des choses qu'on puisse exiger d'eux...
Olivier PELLETANT
(chronique parue dans Big Bang n°9 - Janvier/Février 1995)

