BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Clover Rd A.B.C (9:52)
2. Devonshire Crescent (2:58)
3. Combination Head (5:03)
4. Blue Waters (2:34)
5. The Bonk (5:03)
6. Clover Rd def (4:23)
7. Fourteen (3:52)
8. For What (4:18)

FORMATION :

Paul Birchall

(claviers)

Keith Ashcroft

(basse, guitare)

Paul Burgess

(batterie, percussions)

Carl Hutchinson

(batterie [2,8])

Phil Knight

(batterie [3])

COMBINATION HEAD

"Combination Head"

Royaume-Uni - 2006

S.A.M Records - 38:03

 

 

Le nom de Combination Head ne vous dit peut-être rien, et pourtant il flotte autour de cette nouvelle formation britannique comme un parfum de ‘mini’ super-groupe, ne serais-ce que parce que celle-ci réunit en son sein quelques fortes personnalités musicales ayant déjà pas mal bourlingué de leur côté, et que peu de choses semblaient à priori devoir rassembler. Certes, on n’y recense aucune ‘super-star’ du milieu progressif (encore que...), mais la genèse de ce projet présente tout de même quelques points communs avec celle du défunt Frost* : à l’image de ce dernier groupe, Combination Head est le fruit d’un musicien de studio, occasionnellement producteur, le claviériste Paul Birchall, réputé pour son travail avec de nombreux artistes de la sphère pop-rock (M People, B*Witched, The Corrs, Cher, Geri Halliwell, pour ne citer que les plus connus). Pas de panique, car notre homme s’avoue en effet avant tout influencé, depuis sa prime jeunesse (qui remonte quand même à la fin des années 60), par des artistes comme Emerson, Lake & Palmer ou les Beatles. On peut donc comprendre que celui-ci, se sentant sans doute un peu bridé par ses contraintes professionnelles, ait eu envie d’exprimer plus librement ses penchants les plus progressifs.

Entouré de quelques acolytes de studio expérimentés, Paul Birchall a finalement opté pour la formule du trio, au moins sur ce premier album - l’entreprise, nous le verrons, ayant déjà pris une certaine ampleur... -, constitué du bassiste/guitariste Keith Ashcroft et, succédant à deux autres titulaires éphémères (encore présents tout de même sur 3 des 8 titres de l’album), du batteur Paul Burgess, connu pour son travail avec 10cc durant les années 70/80, mais aussi pour sa participation éphémère à Jethro Tull et Camel (notamment sur Pressure Points, Stationary Traveller et Dust & Dreams). L’expérience et le professionnalisme de nos trois baroudeurs est d’ailleurs immédiatement perceptible à l’écoute de ce premier opus, qui bénéficie d’une production précise, d’une netteté impeccable (on ne dira malheureusement pas autant de bien du livret, terne et peu informatif). Quant à la formule choisie et aux références explicites à ELP, s’il est vrai que celles-ci peuvent faire redouter le pire - à savoir une énième resucée de ‘power-trio’ à la ‘rentre-moi-dedans-vas-y-comme-j’te-pousse’ -, force est de constater que Paul Birchall nous prend plutôt à contre-pied, en nous proposant une musique chaleureuse à dimension humaine, certes totalement instrumentale, mais qui met brillamment la mélodie et l’émotion au centre de son discours.

Le titre d’ouverture, «Clover Rd A.B.C.» (divisé, comme son nom l’indique, en trois sous-parties), donne d’ailleurs tout de suite le ton, avec son introduction sensuelle, ses nappes d’orgue capiteuses, son pont chaloupé, et son torride dialogue final guitare/claviers. Quel accueil ! D’autant que les titres suivants, bien que plus concis, confirment brillamment cette excellente impression : le style est fluide, gorgé de belles harmonies profondes et de mélodies aussi fraîches qu’inventives. L’ombre de Keith Emerson plane pourtant bien à quelques reprises sur cette musique à la fois lascive et entraînante, notamment à travers quelques passages d’orgue Hammond sèchement martelé, mais celle-ci est comme diluée au sein d’une fusion sonore et stylistique presque intemporelle, dans la mesure où elle se nourrit de toutes les époques de notre genre de prédilection (y compris un ‘trip-hop’ atmosphérique très contemporain) sans en privilégier aucune. Imaginez, pour vous en faire une idée plus précise, ce que pourrait donner un mélange instrumental harmonieux entre Camel (celui de The Snow Goose) et le ELP le plus mélodieux, mâtiné de petites touches ‘électro’ des plus envoûtantes...

Evidemment, comme vous devez vous en douter, il faut aimer les claviers, puisque ceux-ci constituent l’essentiel de l’ossature des huit compositions de Combination Head, sous à peu près toutes leurs formes possibles (piano, orgue enveloppant, synthés tour à tour éthérés ou tranchants, avec une prédilection marquée pour la chaleur des timbres analogiques). Paul Burgess, de son côté, s’exprime à travers un jeu très économe, entièrement voué au soutien des compositions, laissant à Keith Ashcroft le soin d’illuminer sporadiquement les titres à travers quelques effusions lyriques renversantes (à noter, le bouillant solo de «Combination Head», ou le final sus-mentionné de «Clover Rd A.B.C.»). Mais la situation pourrait bien changer à l’avenir, puisque Combination Head compte désormais deux membres supplémentaires, le guitariste/chanteur Gareth Moulton et le bassiste Dominic Finley. On attends donc avec impatience de voir ce que donnera cette nouvelle alchimie sur le nouvel album du groupe, Songs For The New World, qui devrait paraître en cours d’année.

A suivre, comme dit la formule consacrée, mais à grandes foulées plutôt qu’en traînant les pieds...

Olivier CRUCHAUDET

(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)