
PISTES :
1. Ouverture (6:00)
2. Mosaico Di Colori (5:13)
3. No Photo (7:07)
4. Pagine Di Poesie (6:45)
5. Klaus (5:42)
6. Morgana (31:16)
I) Il Sogno Rivive
II) Il Castello
III) Negli Abissi
IV) Morgana "Theme"
V) Puri Zaffiri
VI) Immagini A Distanza
FORMATION :
Simona Rigano
(chant, claviers, synthétiseurs)
Tino Nastasi
(guitares)
Sabrina Rigano
(flûte, saxophone)
Fabio Ucchino
(basse)
Natale Russo
(batterie, percussions)
INVITÉS
Antonella Cernuto
(harpe [1,6])
Vincenzo Cavalli
(chœurs [4])
CONQUEROR
"Storie Fuori Dal Tempo"
Italie - 2005
Ma.Ra.Cash Records - 61:59
En NBA, la ligue professionnelle de basket aux États-Unis, on élit chaque année le joueur ayant le plus progressé au cours de la saison ("the Most Improved Player"). Si l'on devait faire de même dans le courant progressif, nul doute que Conqueror serait un candidat des plus sérieux à cette distinction ! En fait, entre ses deux premiers opus, le groupe italien a davantage changé de terrain d'action qu'il ne l'a véritablement exploré avec une acuité plus intense... Istinto était en lui-même un excellent premier opus, parcourant l'univers néo-progressif avec une classe certaine, l'enrichissant même d'une délicate teinte typiquement italienne (la langue bien sûr, mais aussi une approche baroque à la Nuova Era). Mais Storie Fuori Dal Tempo, s'il ne prospecte en effet pas les mêmes gisements, représente bel et bien un bond tout à la fois latéral et en avant...
Cette gymnastique, quelque peu acrobatique, engendrerait la chute de bon nombre de formations ou d'artistes, mais pas de ces jeunes italiens imprévisibles. Équilibriste de génie, affrontant le vide créatif avec une assurance et une maestria incroyables pour un groupe aussi peu expérimenté, Conqueror nous délivre ici plus d'une heure d'un progressif 'seventies' de la meilleure étoffe. Empruntant bon nombre d'éléments du symphonisme précieux des maîtres du genre (PFM et Pierrot Lunaire en tête), Storie Fuori Dal Tempo ne se contente pas de les aménager à sa manière, et leur apporte au contraire une saveur toute personnelle. Une sorte d'évidence traverse ainsi en permanence la musique de Conqueror, la laissant s'écouler sans accroc d'aucune sorte.
Faut-il chercher l'explication de ce succès dans la place centrale au sein du groupe de Simona Rigano, aussi à l'aise derrière le micro (sa voix évoque parfois Maïko d'Arrakeen) que derrière ses multiples claviers (piano, moog, orgue hammond, etc.) !? Sorte de grande prêtresse du rite progressif intemporel, elle nourrit les 6 compositions de Storie Fuori Dal Tempo d'une dimension lyrique des plus enthousiasmantes. Simona Rigano n'est d'ailleurs pas la seule femme, bien au contraire même, puisque Sabrina Rigano, flûtiste/saxophoniste nouvellement arrivée au sein du groupe, joue également un rôle non négligeable dans cette formidable réussite.
La mutation/maturation de Conqueror est à ce point probante, que l'on se trouve très vite démuni pour l'expliquer. Sorte d'état de grâce spontané, Storie Fuori Dal Tempo se compose formellement de deux sections. La première comporte 5 morceaux plutôt courts (de 5 à 7 minutes), dont le premier, sublime ouverture instrumentale, nous éclaire d'entrée sur les splendeurs qui vont jalonner cet album de bout en bout... Car la longue suite (31 minutes) qui clôt Storie Fuori Dal Tempo ne fait finalement que confirmer tout le bien que l'on pense déjà de son auteur, sauf bien sûr qu'elle permet à ce dernier de lâcher la bride à son inspiration la plus 'typiquement' progressive.
Chant sensuel et envoûtant, claviers multiformes, flûte volubile, guitare voluptueuse, saxophone soutenant les autres instruments de courtes et lyriques interventions, harpe soyeuse (jouée sur 2 titres par une troisième femme, invitée celle-ci mais tout aussi performante), voilà la base du progressif de Conqueror, tout à la fois fin et recherché, distingué et flamboyant, latin dans son essence et intemporel dans sa réalité... Conqueror apparaît ainsi au final, selon moi tout au moins, comme "The Most Improved Band" de l'année...
Olivier PELLETANT
(chronique parue dans Big Bang n°60 - Décembre 2005)

