BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Madame Zelle pochette

PISTES :

1. Margaretha (14:42)
2. Indonesia (5:15)
3. Occhio dell'alba (4:53)
4. Fascino proibito (7:11)
5. Eleganza perfetta (6:24)
6. H-21 (7:35)
7. Doppio gioco (5:32)
8. Da sola (5:34)
9. Ad occhi alti (8:15)

FORMATION :

Simona Rigano

(chant, claviers)

Natale Russo

(batterie, percussions)

Sabrina Rigano

(flûte, saxophone)

Mario Pollino

(guitares)

Gianluca Villa

(basse)

EXTRAITS AUDIO :

CONQUEROR

"Madame Zelle"

Italie - 2010

Ma.Ra.Cash Records - 65:57

 

 

Parmi la multitude de nouveaux albums qui me sont tombés sous la main dernièrement, celui des italiens de Conqueror m'a plu immédiatement. Madame Zelle est un album concept basé sur la vie de Margaretha Geertruida Zelle, la mythique Mata Hari qui a connu une fin tragique en mourant exécutée après avoir été injustement reconnue coupable d'être un agent double.

Dans un style qui s'apparente parfois à un néo-progressif à la IQ, Madame Zelle est un opus agréable et très mélodique avec une sonorité moderne même si on sent un attachement profond aux traditions italiennes des années 70. Bien que les textes (en italien) soient abondants, le groupe a pris soin d'aménager de nombreuses parties instrumentales qui donnent du corps à sa musique d'autant plus que les solos de claviers sont d'un calibre fort respectable. Chacun des musiciens s'acquitte très bien de sa tâche, mais le rôle de Simona Rigano est à mettre en exergue. En plus de chanter fort bien avec une voix chaude et passionnée, la dame s'acquitte des abondantes parties de claviers qui incluent le piano dont elle joue avec une sensibilité à fleur de peau. De plus, elle a écrit la plupart des textes et participé à toutes les compositions. De là conclure à un certain leadership, il n'y a qu'un pas.

Mais Simona Rigano n'est pas seule et Madame Zelle ne serait pas ce qu'il est sans la participation de sa sœur Sabrina dont la flûte traversière est aussi omniprésente qu'envoûtante. Le trio guitare, basse et batterie complète la formation avec un talent qui ne saurait être mis en doute, mais il est un peu dans l'ombre des frangines. Les neuf pièces (5 à 15 minutes) ou chapitres de la vie de l'héroïne, sont toutes intéressantes et aucune ne fait vraiment ombrage aux autres. Parmi les sommets, on trouve la très belle "Margaretha" (14:42) qui ouvre l'album avec de multiples variations de climats. La flûte en introduction donne d'emblée une touche orientale qui sied à merveille au sujet. Le jeu de piano de Simona fait preuve d'une belle sensibilité et son chant mélancolique traduit bien la gravité du sujet. Dans les passages plus rapides, la guitare électrique prend sa place mais ce sont généralement les claviers, avec des solos qui font intervenir une panoplie impressionnante de sonorités, et la flûte qui forme généralement la trame de fond. Le final en forme de boléro ajoute un côté dramatique qui fait sans doute référence au peloton d'exécution auquel a fait face l'héroïne à la fin de sa vie. Cette très belle composition montre assurément que Conqueror ne manque pas de caractère. L'instrumentale "Indonesia" (5:15) poursuit sur une note exotique avec la participation d'Ottavio Leo au sitar et la flûte de Sabrina joue encore une fois un rôle prépondérant.

Suite à l'écoute de ces vingt premières minutes, il est tentant de penser que Madame Zelle sera parmi les meilleurs albums de l'année. Pourtant, à l'écoute des sept autres compositions, un léger malaise s'installe. Ce n'est pas que celles-ci soient moins intéressantes puisque chacune d'elles recèle de très bons passages instrumentaux et que le chant en italien est toujours aussi envoûtant. À mon avis, le problème (si c'en est un) vient du fait qu'il aurait été préférable d'aménager des parties instrumentales pour faire la transition entre les pièces, ce qui aurait favorisé l'unité du concept. En fermant ainsi chacun des chapitres, l'attention est plus difficile à maintenir d'autant plus que le modèle intro/chant/instrumental prévaut sur l'ensemble. Mais ceci n'enlève rien à la qualité de l'œuvre surtout que les nombreuses envolées instrumentales sont souvent magnifiques avec une grande variété de claviers et quelques solos de guitare d'un lyrisme très prenant.

Malgré la réserve énoncée plus tôt, Madame Zelle est à considérer comme une des excellentes parutions de ces derniers mois. Conqueror a fait des choix artistiques qui n'enlèvent rien à la qualité de son œuvre et puis, cette perception est bien personnelle. Si la pochette qui a été conçue par Mario Pollino, le guitariste du groupe, c'est le livret de 16 pages qui attire particulièrement l'attention; il est vraiment magnifique avec des photos monochromes artificiellement jaunies qui représentent le sujet. Avec Madame Zelle, Conqueror confirme donc un savoir-faire indéniable ! Impossible pour l'heure de situer précisément Madame Zelle dans la discographie du groupe italien, mais cet opus est une indéniable réussite, impeccable sur (presque) toute la ligne.

Jean-François LAMARRE

(chronique parue dans Big Bang n°77 - Octobre 2010)