BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Perhaps Next Record (1:25)
2. Viva Bomma (2:35)
3. Nog verder (4:32)
4. Boehme (3:17)
5. Flamboya (7:33)
6. In Lulu (4:08)
7. L'Idiot Léon (10:48)
8. Ixelles (5:02)
9. Mon Rebis (titre bonus) (6:03)
10. Reine De La Vallée (titre bonus) (4:17)
11. Nog Verder (démo) (7:22)
12. Fanfan La Tulipe (improvisation vocale) (2:38)

FORMATION :

Pascale Son

(chant, hautbois)

Alain Goutier

(basse)

Daniel Schell

(guitares électrique et acoustique, flûtes basse et alto)

Guy Lonneux

(batterie)

Marc Hollander

(claviers, clarinette basse, saxophone alto)

INVITÉS

Bob Dartsch
(batterie, percussions)

Denis Van Hecke
(violoncelle)

Jean-Louis Haesevoets
(percussions)

Marc Mouli
(minimoog)

Roger Wollaert
(batterie)

Willy Masy
Jackey Mauer
(batterie, improvisations vocales)

COS

"Viva Boma"

Belgique - 1976

Muséa - 60:29

 

 

De la scène progressive belge des années 70, la postérité retiendra surtout l'école dite des «musiques nouvelles», dont le plus célèbre des représentants demeure Univers Zéro (qui, comme vous le savez sans doute, vient de se reformer après une décennie de silence). Une école dont le signe distinctif était de mêler, en une sorte de néo-classicisme parfois hermétique, les apports de groupes comme King Crimson ou Magma, et des emprunts stylistiques à certains compositeurs contemporains d'Europe de l'Est comme Bela Bartok.

Bien que lié généalogiquement à cette scène musicale, Cos proposait une musique beaucoup plus accessible et, sans pour autant déroger aux règles de l'audace et de l'originalité, était finalement plus proche des canons progressifs, ne serait-ce que dans la composition même du groupe, plutôt conventionnelle - un quintette avec chant, guitare, claviers et section rythmique.

Deux éléments concourrent à l'originalité de la démarche de Cos : la voix très particulière de la chanteuse Pascale Son, et les compositions du guitariste Daniel Schell. Ce couple (à la scène comme à la ville, du moins à l'époque) sera d'ailleurs l'unique trait d'union entre les nombreuses incarnations du groupe et en assurera la continuité stylistique.

On pourrait présenter Pascale Son comme une sorte de pendant féminin et «positif» de Robert Wyatt. Son style de chant, utilisant la voix comme un instrument (pratiquement pas de textes), relève en tout cas d'une même et exceptionnelle originalité, et s'avère tout aussi envoûtante : tour à tour ingénue, volontaire, acidulée, charmeuse, enfantine... D'une totale sincérité et pourtant parfaitement maîtrisées, ses interventions (tantôt écrites, tantôt improvisées) sont le point de mire du groupe.

Les compositions, quant à elles, célèbrent un rock progressif à dominante instrumentale, légèrement teinté de jazz, évoquant à ce titre le versant le plus accessible de l'école de Canterbury (cf. le solo d'orgue trafiqué de «L'Idiot Léon»). Par rapport au premier album, Postaeolian Train Robbery (1975), on peut noter la quasi-disparition des références à Magma (tout juste quelques plans de basse, sur «Boehme» notamment); du même coup, le côté rugueux et expérimental s'est fortement atténué. Par contre, la complexité demeure, en particulier dans les structures à tiroirs des compositions les plus longues, mais un souci mélodique accru et l'à-propos des différentes interventions solistes maintient constamment l'intérêt de l'auditeur en éveil.

Bref, Viva Boma est l'occasion ou jamais de découvrir, sous un angle particulièrement séduisant, cette scène parallèle aux mille richesses. Espérons que Muséa saura le comprendre et n'attendra pas à nouveau sept ans (!) pour nous livrer le prochain épisode de cette (luxueuse : livret complet et titres bonus sont évidemment au rendez-vous) digitalisation...

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°20 - Mai/Juin 1997)