BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Mind Over Depth pochette

PISTES :

1. A Million Choices (11:49)
2. Godspeed (9:05)
3. The Smoke and the Flame (6:48)
4. Sharks (8:17)
5. Goodbye to All Illusions (9:30)

FORMATION :

Robin Armstrong

(chant, guitares, claviers, composition, production)

INVITÉS

Colin Edwin (O.R.k.)
(basse [1,2)

Kyle Fenton
(batterie, choeurs)

COSMOGRAF

"Mind Over Depth"

Royaume-Uni - 2019

Autoprod. - 45:29

 

 

Depuis son apparition sur la scène progressive il y a 10 ans, Cosmograf est parvenu à se bâtir une solide renommée, que chaque nouvel album vient confirmer et amplifier. Sans surprise donc, la sortie de Mind Over Depth s’accompagne d’une large médiatisation, à l’échelle progressive bien sûr, qui fait désormais de son auteur une sorte de marque référentielle, synonyme de qualité et de charisme. Robin Armstrong, multi instrumentiste de talent, demeure toujours aux commandes du projet, secondé ici, non pas par une ribambelle d’invités comme c’était le cas ces dernières années, mais seulement par une section rythmique de haute volée : Colin Edwin à la basse et Kyle Fenton à la batterie.

Ces derniers mois, Robin Armstrong a claironné son désir de ne pas reproduire éternellement la même recette musicale. Il a ainsi décidé de faire de ce septième album, sinon un nouveau départ stylistique, du moins de lui offrir un terrain de jeu parallèle, enrichi diront les plus positifs d’entre nous... Le cru 2019 de Cosmograf possède ainsi des saveurs inédites que le multi instrumentiste anglais a voulu amalgamer à son propos habituel dans le but de l’enrichir et non de le dénaturer bien sûr.

Cette évolution, on en saisit mieux les contours dès le premier titre de l’album. "A Million Choices" (11:50) nous plonge dans un univers spatial, introduit par un passage clairement cinématique puis prolongé par quelques séquences plus pesantes, heavy pourrait-on dire, évoquant le meilleur Ayreon, celui de Into The Electric Castle ou de The Dream Sequencer par exemple.

De manière générale, la musique découverte sur Mind Over Depth s’avère plus sombre que par le passé, comme si son auteur cherchait à la nourrir de sa propre introspection. On ne s’en plaindra pas d’ailleurs, car c’est souvent de ce genre de questionnement existentiel que chacun, l’âge avançant, tente de faire jaillir la lumière, le sens ou la possibilité d’un sens pour demeurer dans un contexte philosophique. Cette lumière, Robin Armstrong semble la chercher tout au long des compositions suivantes, dépassant clairement son atavisme floydien pour lui conférer des atours hard symphoniques. Rapprocher désormais le Cosmograf actuel de Riverside apparaît comme une évidence, les deux formations ayant réussi à trouver un équilibre entre l’aérien et le terrien, entre la prise de hauteur et le pragmatisme.

Cosmograf clôt son propos sur une note plus positive, musicalement tout au moins, car le titre ("Goodbye To All Illusions") du dernier morceau de Mind Over Depth ne laisse que peu de doutes sur l’état d’esprit de Robin Armstrong... La plus grande présence des claviers (boucles et solo), associée à cette nouvelle urgence musicale, font de cette pièce une parfaite conclusion, notamment si son but est de montrer combien la mue, souhaitée initialement par son auteur, peut prendre une forme réellement probante.

Doit-on parler au final d’évolution ponctuelle, de transition, de nouvelle orientation ? Robin Arsmtrong est le seul bien sûr à pouvoir répondre pour l’heure à cette question. Ce qu’il est simplement possible d’affirmer  aujourd’hui, c’est que Mind Over Depth est une tentative concluante pour Cosmograf de "moderniser" son propos. Ce terme est réducteur bien sûr, avant tout car il n’exprime qu’une seule facette des choix artistiques de Robin Armstrong, mais il clarifie néanmoins bien l’évolution sonore dont nous sommes ici les témoins. Cosmograf s’inscrit donc dans le sillage de Riverside, Ayreon voire Porcupine Tree, perdant certainement un peu d’originalité au passage. Mais les hautes aptitudes des 3 musiciens donnant vie à Mind Over Depth permettent de compenser très largement cette perte, et rend vraiment curieux quant au futur du groupe...

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°106 - Mai 2019)